DEBATE / PALESTINE – Le Hamas dépassé, le Fatah disqualifié, l’incertitude…

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Alors qu’il est depuis longtemps évident que le processus d’Oslo n’a été qu’un leurre qui a permis à l’État d’Israël de gagner du temps pour étendre la colonisation en Palestine, et que ni la gauche israélienne, ni la droite menée par Benjamin Netanyahou n’ont l’intention de jamais restituer les territoires palestiniens annexés au terme de la troisième guerre israélo-arabe de 1967, un mouvement de ras-le-bol apparemment spontané a commencé de parcourir la population palestinienne depuis l’automne 2015.

Un mouvement qui révèle l’état de désespérance d’une partie des Palestiniens et dénonce par le fait la banqueroute morale et politique des deux principales formations palestiniennes : le mouvement islamiste Hamas, qui contrôle (souvent par le terreur) la Bande de Gaza ; et le Fatah, héritier de Yasser Arafat (le leader de l’Organisation de Libération de la Palestine – OLP), qui domine l’Autorité palestinienne en charge d’administrer sous tutelle israélienne les « territoires autonomes », basée à Ramallah, en Cisjordanie. Empêtrées dans l’impasse historique de la lutte palestinienne pour l’indépendance qui dure depuis soixante-dix ans et a déjà englouti plusieurs générations, le Hamas et le Fatah se querellent et se combattent dans la corruption et pour le pouvoir, parfois au détriment de leur propre population.

On a ainsi vu apparaître des actions isolées, parfois suicidaires, de la part d’individus désormais décidés à prendre l’initiative en dehors des cadres traditionnels de la résistance palestinienne, aujourd’hui dépassés par les événements.

Le premier acte de ce que certains observateurs avaient cru pouvoir identifier comme la « troisième Intifada » palestinienne a eu lieu en septembre 2015, lorsque, peu avant le début des festivités du nouvel-an juif, les autorités israéliennes avaient décidé de renforcer la présence policière sur l’Esplanade des Mosquées (Mont du Temple) à Jérusalem, alors que la garde des lieux saints islamiques de Jérusalem-Est est, depuis les accords de 1967, du ressort du Wafq, organisation musulmane qui dépend de la Jordanie. Après de nombreuses échauffourées entre la police israélienne et les manifestants palestiniens, la situation a dégénéré : le 1er octobre 2015, un couple d’Israélien est assassiné dans sa voiture prise en embuscade ; le 3 octobre, un Palestinien poignarde plusieurs Israéliens à proximité de la vieille ville de Jérusalem, le bilan est de deux morts et plusieurs blessés…

C’est le début d’une vague d’attaques au couteau, partout dans les territoires occupés, où des militaires et colons israéliens, principalement, sont pris pour cibles ; d’autres formes d’attaque ont également lieu, toujours menées par des individus agissant seuls et sans ordre. Le Hamas, qui se sent exclu du jeu et veut y revenir, encourage alors l’insurrection, appelant les candidats à l’action à remplacer les attaques au couteau par des attentats à la voiture-bélier. Plusieurs attaques de ce genre s’ensuivent alors, tandis que la police et l’armée israéliennes reçoivent l’autorisation de riposter systématiquement ; le nombre des morts augmente rapidement des deux côtés.

La nouvelle forme de résistance à l’occupation s’amplifie ainsi jusqu’à l’hiver 2016 où le phénomène apparu spontanément semble se dissiper… Jusqu’à ce que le mouvement reprenne de plus belle après que, le 8 janvier 2017, un Palestinien a lancé son camion sur des soldats israéliens dont quatre seront tués.

Le 14 juillet 2017, à Jérusalem-Est, deux policiers israéliens sont abattus et un troisième, blessé.

Les autorités israéliennes commettent alors la même erreur qu’en septembre 2015, qui avait été à l’origine de ce « soulèvement populaire » palestinien : toucher à l’Esplanade des Mosquées…

Le gouvernement israélien décide en effet d’installer des portiques de contrôle à l’entrée du lieu saint, ravivant l’hostilité des Palestiniens et relançant le phénomène d’insurrection qui entre ainsi dans une nouvelle phase.

Les manifestations agressives qui ont suivi l’installation de ces points de contrôle ont été durement réprimées par les forces de l’ordre israéliennes, occasionnant plusieurs morts (cinq Palestiniens ; et deux policiers et trois colons israéliens)et des centaines de blessés côté palestinien ; et attisant davantage encore le mouvement insurrectionnel.

 Au point que, après une séance du Conseil de Sécurité de l’ONU, réuni pour trouver une solution à cette situation aux conséquences de plus en plus imprévisibles, le gouvernement israélien, le 25 juillet 2017, a décidé de démonter les portiques.

Cependant, les leaders religieux musulmans de Jérusalem ont appelé à ne pas cesser le mouvement de protestation…

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Pierre Piccinin da Prata

Historian and Political Scientist - Chief Editor / Rédacteur en Chef

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