URGENT / ARABIE SAOUDITE – Épuration confessionnelle aux confins du Royaume

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Après avoir craint un temps de se voir abandonné par son grand allié et protecteur de toujours, les États-Unis d’Amérique, le trône de la famille Saoud se sent depuis peu repousser les ailes, depuis que le président Trump a réaffirmé la solidarité énergétique et militaire qui prévaut donc toujours entre Washington et Riyad.

Ainsi, alors que les promesses du « pétrole de schiste » semblaient assurer aux États-Unis une autonomie énergétique et un avenir dès lors dégagé de l’emprise des lobbies pro-saoudiens, dès son premier mandat, le président Obama avait commencé de prendre ses distances avec la plus puissante des monarchies du Golfe, préférant tenter de rétablir des relations de bonne entente avec l’Iran et par le fait rééquilibrer la politique états-unienne dans la région, tout en se retirant progressivement de ses obligations militaires au Moyen-Orient.

Il s’avère aujourd’hui, cependant, que le pétrole de schiste n’a pas tenu ses promesses et que la dépendance énergétique des États-Unis envers le royaume saoudien n’est pas près de prendre fin. Aussi, bien qu’ayant durant toute la campagne électorale fustigé sans ménagement les Saoudiens, qui « utilisent l’argent des Américains pour financer le terrorisme contre l’Amérique », le successeur de Barack Obama a effectué un virage à 180° dans les quelques jours qui ont suivi l’élection, choisissant Riyad et Tel-Aviv comme destination de son premier voyage officiel et agressant verbalement l’Iran, ce qui a pleinement rassuré Israël et l’Arabie.

Donald Trump, ainsi, fermant les yeux sur le désastre humanitaire et les massacres de civils que l’intervention de la coalition sunnite menée par les Saoudiens a provoqués au Yémen, a confirmé le plein soutien des États-Unis à la dictature pétrolière qui, dans un soupir de soulagement, lui a en contrepartie immédiatement acheté de phénoménales quantités d’armes.

Depuis lors, Riyad se lâche, comme par exemple en punissant le Qatar dont les tentatives de normalisation des relations diplomatiques avec Téhéran ont soulevé l’ire du roi Salmane, tandis que la guerre s’intensifie au Yémen, contre les Houthis soutenus par l’Iran, avec une rage effrénée qui ne tient plus aucun compte du sort des civils écrasés sous les bombardements de la coalition arabe.

Et l’audace dont peut désormais faire preuve la famille Saoud se déploie jusque dans son propre pays, à l’encontre de la minorité chiite dont Riyad a apparemment l’intention de se débarrasser purement et simplement.

Dans la province orientale de Qatif, les forces de l’ordre, appuyées par des unités de blindés de l’armée, ont en effet attaqué la population civile de la ville d’Awamiya, principal foyer chiite du pays, provoquant l’exode de la population dont une partie s’est toutefois retranchée dans le centre historique et tente de résister.

La ville avait d’abord été privée d’eau et d’électricité, avant l’intervention armée et la destruction des habitations par des équipes de bulldozers. Par ailleurs, des promoteurs privés proches du palais ont reçu des mandats de réquisition des terrains. L’objectif du pouvoir est clair : disperser la communauté chiite de la région, voire la pousser à l’exil, pour la remplacer par une population sunnite.

Cette nouvelle étape dans la guerre interne que Riyad mène contre les citoyens de confession chiite poursuit la politique d’épuration confessionnelle qui avait pris de l’ampleur, en 2015, avec la vague d’attentats menée contre des sites religieux chiites, dans la province d’al-Charqiya notamment, et dont l’exécution du cheikh Nimr (originaire d’Awamiya), célèbre figure du chiisme en Arabie saoudite, avait, en 2016, annoncé la radicalisation qui se concrétise désormais.

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Pierre Piccinin da Prata

Historian and Political Scientist - Chief Editor / Rédacteur en Chef

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