EDITORIAL – Version française

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Tortures, viols et menaces dans les prisons. Arrestations arbitraires cautionnées par un pouvoir judiciaire aux ordres. Disparitions forcées. Répression militaire des revendications kurdes. Arrestation des militants des Droits de l’Homme. Interdictions des médias d’opposition ; incarcérations, intimidations et expulsions des journalistes étrangers… La dérive autocratique se poursuit inexorablement en Turquie, dans la quasi-indifférence de la communauté internationale et, tandis que les rares intellectuels qui se montrent plus critiques à l’égard du régime s’exilent les uns après les autres pour ne pas finir au cachot, dans l’aveuglement généralisé de la grande masse des citoyens turcs comme hypnotisés par les discours-fleuve de leur gourou… À moins qu’ils n’adhèrent en fait, en toute conscience, au projet politique et religieux qui se réalise dans leur pays. Il y aurait peut-être bien quelque mérite à repenser la question en ces termes…

Telle est l’image qui se dessine donc de cette grande nation musulmane, malade chronique de son islamisme latent, lequel a ressurgi avec plus de virulence que précédemment et que l’armée turque, anciennement garante des principes de la démocratie laïque édifiée au tournant de l’après-première guerre mondiale, n’a plus été en mesure d’endiguer et de réduire comme elle le fit régulièrement tout au long du XXème siècle, laminée de l’intérieur qu’elle fût par l’habileté perverse des partisans d’un État islamique à la mode des Frères musulmans depuis qu’un certain Recep Tayyip Erdogan en a pris la tête et le commandement.

Plus aucun obstacle ne semble désormais pouvoir encore empêcher les islamistes de parvenir à leurs fins ; et ces derniers de faire preuve d’une arrogance politique décomplexée et sans retenue, narguant l’Union européenne et rajoutant à leur morgue par des provocations nouvelles à chaque fois qu’une voix se fait entendre pour en dénoncer les abus.

Ainsi, il se passe quelque chose de surprenant, en Turquie, que les observateurs n’ont pas vu venir et qui se révèle soudainement aujourd’hui, et dont certains n’ont même pas encore bien pris la mesure. Une chose assez extraordinaire, si l’on en juge par l’échec global du « Printemps arabe »…

Tandis que les Frères Musulmans ont été d’emblée laminés en Syrie, puis éjectés d’Égypte par une dictature militaire impitoyable après qu’ils avaient cependant cru leur heure arrivée, et qu’ils peinent à s’imposer par les urnes en Tunisie… Avec la conquête de la Turquie, c’est de l’un des pays les plus puissants du monde arabo-musulman que la confrérie s’est emparée.

Or, contrairement à la conjoncture qui prévalait au Caire après l’élection de Mohamed Morsi, Reccep Tayip Erdogan et l’AKP ne doivent craindre la réaction d’aucun contre-pouvoir.

La grande aventure de l’État islamique dans sa version « soft » a commencé…

Verra… Qui vivra !

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Pierre Piccinin da Prata

Historian and Political Scientist - Chief Editor / Rédacteur en Chef

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