OPINION COLUMN (Islam) – L’islamisation, un tabou pour la droite française ?

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Je n’ai jamais autant eu l’impression que le clivage politique droite/gauche avait aussi peu de sens qu’en cette année 2017, particulièrement depuis qu’Emmanuel Macron est devenu le Président de la République française et qu’il a su doter son parti En Marche de la majorité absolue des sièges de députés à l’Assemblée Nationale.

Que sont donc devenus les deux principaux partis politiques français que l’imaginaire collectif assimile bon gré mal gré à « la droite », à savoir Les Républicains (une droite sans chef qui se sent de plus en plus le besoin de rappeler qu’elle est compatible avec le centre de la vie politique française) et le Front National (une droite qui n’arrive pas à se défaire du qualificatif diabolisant « extrémiste » que lui accole la totalité des médias de masse) ? Des groupes d’intérêts philosophiques en perdition, en quête de sens et d’un renouveau, loin des doutes et des contradictions que semblent de plus en plus percevoir en eux leurs électorats respectifs ?

Durant son quinquennat, François Hollande a enterré le semblant de frontière idéologique qui séparait une droite libérale, européofédéraliste et communautariste qui attendait son tour « alternatif » en 2017, d’une gauche tout aussi libérale, européofédéraliste et communautariste qui a toujours préféré le confort de l’opposition aux comptes à rendre allant de pair avec les responsabilités. L’avènement hégémonique d’En Marche, qui mit Au Tapis le favori Les Républicains dès le premier round et mettra sans doute bientôt En Vente Solférino, eut fini de rendre caduque le clivage droite/gauche que beaucoup supposaient sur la question économique.

Le Parti Socialiste était ringardisé par une gauche insoumise qui le reniait tandis que Les Républicains étaient dispersés par une droite nationaliste qui les moquait. Si Benoît Hamon n’avait pas inclus le revenu universel dans son programme à la dernière élection présidentielle, en quoi aurait-il été plus de gauche que François Fillon ? Les Républicains n’avaient-ils donc pas de meilleurs arguments à opposer à En Marche lors de la dernière élection législative, en dehors du chantage apocalyptique à la CSG, afin de prouver à leur électorat que le parti présidentiel menacerait les intérêts de la droite ? Je le voyais venir de plus en plus et je les entendais, dans un monde médiatique de plus en plus consensualiste, tous ces NKM, Valls, Bayrou, Montebourg et autres Raffarins de la politique, ces apparatchiks interchangeables qui ne se disputent plus que sur des modalités techniques, pour des questions de taxes trop élevées ou de budgets insuffisamment conséquents.

Vous connaissez sans doute cette distinction entre la droite et la gauche voulant que les partisans de la droite défendent avant tout la liberté là où les partisans de la gauche défendent avant tout l’égalité. Je crois de moins en moins en l’existence d’un clivage entre la droite et la gauche sur l’échiquier politique français, mais j’ai remarqué une chose très intéressante ces dernières années autour de moi.

En général, les gens que je côtoie et qui se définissent comme des gens « de droite » ont tendance à défendre leurs convictions en se basant essentiellement sur des arguments matériels, factuels, et donc rationnels. Même leur nostalgie vis-à-vis d’une Histoire révolue et regrettée est d’une manière ou d’une autre tournée vers des considérations d’ordre matériel qui se jugent à des résultats quantifiables, comptabilisables.

A contrario,  ceux que je côtoie et qui se revendiquent comme étant « de gauche » ont plutôt tendance à chercher à me convaincre en se basant sur des principes intellectuels, mais plus encore sur des valeurs morales dont la condition théorique révélerait des projets perpétuellement inachevés.

À gauche, on n’échoue pas face à un idéal perfectible, évolutif, que l’on ne pourra jamais réellement atteindre. On persévère, on essaie encore et encore, parce qu’en politique, c’est bien connu, les bonnes intentions mènent nécessairement aux meilleurs résultats. La droite française se meurt pour une raison sur laquelle peu de commentateurs de la vie politique s’attardent : elle résume l’être humain à un consommateur, un travailleur ou un rentier et mesure sa propre efficacité en se servant uniquement de graphiques et de pourcentages.

Les gens qui se pensent habités par une conscience de droite cherchent selon moi trop souvent à convaincre sur le plan de la rationalité factuelle, économique ou matérielle, même lorsqu’il s’agit de critiquer l’islamisation de la France, au point qu’ils en arrivent à délaisser l’émotion, l’esthétique et la culture, contrairement à la gauche qui depuis plusieurs décennies domine ou influence les programmes scolaires, le cinéma, la littérature, la télévision, la chanson, la publicité et les commémorations.

La plupart des Français qui vivent aujourd’hui en France n’étaient pas encore nés ou avaient moins de 20 ans en 1968. Ces différentes générations influencées d’une manière ou d’une autre par l’idéologie de mai 68 qui sévit plus que jamais depuis notre monde globalisé et globaliste actuel partagent un défaut que j’ai moi-même beaucoup plus que je ne le voudrais : cette habitude de croire que la façon de se raconter la réalité ou de la décrire définit la réalité. Ces générations peuvent suivre chaque année à la télévision ou à la radio des commémorations durant lesquelles les commentateurs de la vie politique française prennent soin de rappeler que le nazisme prouve la dangerosité de l’extrême-droite. Le nazisme était pourtant un impérialisme totalitaire et socialiste (comme la gauche) plus qu’un souverainisme isolationniste qui se contente d’échouer aux élections nationales (comme le Front National). Ces générations se transmettent des programmes scolaires de plus en plus réfractaires à l’égard des nations et de plus en plus euphoriques devant les empires continentaux mutualisant des intérêts culturels divers et variés au nom du Dieu Économie. La démocratie à échelle locale est pourtant beaucoup plus directe et performante qu’une démocratie globale déracinée dans laquelle des politiciens habitués à des palais dorés éloignés de tout appréhendent la vie des hommes avec des statistiques et des budgets plus qu’avec un attachement affectif.

Je peux décliner le même constat concluant au triomphe de la gauche dans le roman sociétal français à travers le marketing, la presse ou le divertissement. Des univers dans lesquels un enjeu qui m’inquiète au plus haut point comme l’est l’islamisation de notre société occidentale est célébré au nom de la diversité, de la tolérance, et même parfois insidieusement au nom de la « colonisation humanitaire » d’une France éternellement coupable.

Avez-vous entendu les principaux partis politiques français dits de droite (Les Républicains, le Front National ou Debout la France) s’émouvoir clairement et concrètement de l’islamisation sociale et culturelle de notre pays ?

Ceux-ci préfèrent plutôt critiquer tous les communautarismes en même temps, tout en espérant que les gens comprendront qu’ils iront solutionner demain des problèmes qu’ils ne sont même pas capables de simplement nommer aujourd’hui. Marine Le Pen ne s’interroge ainsi jamais publiquement sur l’islamisation populationnelle et culturelle de la France. Son mantra chanté à tue-tête « fondamentalisme islamiste » donnerait presque l’impression que l’islam populaire et civil n’aurait pour elle pas de lien avec l’islam en tant que doctrine politique, ce qui est curieux dans la mesure où, en démocratie, c’est la quantité et non la qualité qui décide.

Pourquoi d’ailleurs ne pointer du doigt que le degré fondamentaliste de l’islamisme ? L’islamisme tout court, cet islamisme moins fondamental, serait-il donc à ce point-là si étranger à l’islam originel ?

Le 11 septembre 2016, sur TF1, Marine Le Pen en a surpris plus d’un (dont moi) en déclarant croire que l’islam est compatible avec la République. L’islam repose pourtant sur la parole d’un Dieu (Allah) ayant transmis aux hommes des lois impérieuses (celles du Coran) valables en tous temps, en tous lieux et ce jusqu’au jour du Jugement dernier. Ce système juridico-dogmatique immuable est tout sauf démocratique et républicain ! Marine Le Pen a choisi d’emprunter une voie que Les Républicains ex-UMP ont emprunté avant elle, une stratégie risquée que je pensais être plutôt habile à condition d’avoir un programme économique rassurant et qui tient la route. Confortée dans l’idée qu’elle arriverait bien au second tour de l’élection présidentielle de 2017 par la quasi-totalité des sondages les plus sérieux réalisés à ce sujet durant l’année 2016, la leader frontiste a choisi de s’accommoder d’une réalité devant laquelle d’autres leaders de droite du XXIème siècle ont fini par céder bien avant elle : loin des fausses statistiques publiques mensongères, les Musulmans de France sont si nombreux et leur islamité les fait voter d’une façon tellement monolithique durant un second tour d’élection se résumant à un choix binaire qu’elle a préféré officiellement jouer la carte de l’indifférence libérale et libertaire face à l’islamisation sociale et culturelle de la société française.

Cependant, en n’étant pas suffisamment explicite sur son hypothétique volonté (ne serait-ce qu’indirecte) de lutter contre l’islamisation de la France, ce sujet avant-gardiste qui aurait pu l’aider à se distinguer des autres droites (et même de tous les partis politiques en général), ce sujet sensible qui aurait pu l’aider à détourner l’attention de ses faiblesses programmatiques, ce sujet explosif qui lui aurait permis de beaucoup plus rassembler autour de son (pré)nom au second tour de la dernière élection présidentielle, le Front National qu’elle dirige s’est réduit à une seule spécificité, le rejet de l’Euro, un sujet technique, spéculatif, clivant, et par conséquent peu fédérateur.

Le seul moyen pour la droite française de renaître et d’avoir du sens sur l’échiquier politique français macronisé est de s’attaquer au sujet de l’islamisation de la France, sujet majeur encore trop sous-estimé par les grands partis politiques sous la Vème République.

Cette entreprise politique ne nécessite pas nécessairement de devoir critiquer frontalement l’islam voire de se positionner clairement contre l’islamisation de la France. Réclamer que l’agora politico-médiatique française fasse le procès de l’islam n’est en rien l’expression d’une prise de position. Un procès n’est en effet en rien une conclusion de culpabilité dans un État de droit.

Prétendre vouloir écouter les inquiétudes des Français sur ce fait indéniable qu’est l’islamisation de notre société afin d’y répondre et de se conformer à l’avis majoritaire résultant de cet audit, en quoi est-ce prendre parti dans une opposition binaire opposant le camp des pour à celui des contre ?

Les différentes chapelles se revendiquant de la droite ou du gaullisme peuvent continuer de s’écharper sur les symptômes « burkini » ou « hallal » en attendant que le pays soit majoritairement peuplé de Musulmans et que le parti ultra-majoritaire (En Prosternation) de cette France de demain ne leur rappelle qu’en démocratie, c’est la majorité qui décide. Elles le peuvent et le feront hélas pendant encore un long moment et ce pour une raison très simple : le peuple français a la classe politique qu’il mérite.

Certes, la majorité des Français d’aujourd’hui refuserait que la République Française laïque ne devienne une République islamique et la majorité des Françaises d’aujourd’hui a compris que l’islam fait plus régresser ses libertés que l’islamophobie… Pour autant, le peuple français dans son ensemble demeure encore persuadé que l’économie est le plus grand des dangers pour la politique et en même temps le meilleur moyen de sauver cette même politique. Depuis ce curieux paradigme, cet ordre systémique contradictoire et hautement manichéen qui fait l’alpha et l’oméga des débats politiques de notre pays, comment voulez-vous que l’enjeu de l’islamisation de la France puisse motiver les abstentionnistes à voter ou convaincre les votants de voter pour leur civilisation sans leur donner l’impression de voter contre leurs intérêts personnels ?

Le jour où la majorité des Français aura compris que tout ne s’achète pas et que la cohérence culturelle est un facteur de paix sociale supérieur à la croissance économique, alors émergera de nous, par nous, pour nous, une classe politique qui osera parler de cet islam qui n’a pas toujours fait partie de l’histoire de France et qui est loin d’être une fatalité inéluctable pour notre société.

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Majid Oukacha

Écrivain - Spécialiste de l'Islam (www.majidoukacha.com)

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