PALESTINE – Moscou face à Washington dans le conflit israélo-palestinien

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Depuis son intervention militaire et politique appuyée en Syrie, initiée en 2015, la Russie tente d’accélérer son retour sur la scène internationale en s’imposant au Moyen-Orient, et notamment dans le cadre du conflit israélo-palestinien, en proposant sa médiation aux deux parties.

Certes, les tentatives russes ne sont pas aussi essentielles que celles des Américaines, qui sont toujours les médiateurs privilégiés des Israéliens, mais le Kremlin pèse nénamoins sur le conflit israélo-palestinien au travers d’initiatives diverses, de rencontres, de visites et de propositions qui visent à favoriser le rapprochement entre Palestiniens et Israéliens

La Russie, désormais, profite de ses bonnes relations avec les deux camps, économiques en ce qui concerne Israël, politiques par rapport aux Palestiniens, pour convaincre les deux parties d’avancer dans le processus de paix et de régler un conflit laissé jusqu’à présent à la gestion des seuls Américains et aux Européens en tant que bailleurs de fonds et garants économiques.

En 2016 et début 2017, la Russie a accru son activité dans les territoires palestiniens et en Israël, multipliant les rencontres, peut-être en profitant du désengagement temporaire de Washington de ce dossier à la faveur de la fin de mandat de Barack Obama. Face à l’échec des Européens à relancer le processus de paix, la Russie a su se positionner dans un contexte difficile, alors que la dégradation de la situation dans les territoires palestiniens, en proie à un soulèvement populaire spontané face aux surenchères de l’occupation israélienne, exigeait l’intervention d’un acteur extérieur fort capable de sauver ce qu’il restait encore du processus de paix.

Un autre facteur de cet intérêt russe pour la Palestine, c’est que la Russie considère le conflit israélo-palestinien comme le préalable de toute solution aux tensions et conflits qui ébranlent la région et, plus largement, le Monde arabe. Par ailleurs, l’intervention russe en Syrie va forcément prendre fin un jour et la mainmise russe sur le pays sera rendue plus difficile par l’arrivée de Donald Trump à la Maison blanche, mais aussi du fait des critiques que font entendre plusieurs États arabes et musulmans sunnites à propos l’intervention militaire russe en dans ce pays.

Contrairement aux Américains, les Russes pourraient s’imposer dans un rôle primordial dans le conflit israélo-palestinien, car ils ont une position à la fois claire et équilibrée à l’égard des deux parties : côté israélien, la Russie a signé un accord de coopération militaire avec Israël en 2015, pour cinq ans, un accord renouvelé en 2016 ; côté palestinien, Moscou a de bons contacts avec presque toutes les tendances du paysage politique palestinien.

Dans le cadre de cette médiation, la Russie, en 2016, a accueilli à deux reprises le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abass ; et le premier ministre russe Dmitri Medvedev a visité à trois reprises les territoires palestiniens, entre février 2016 et mars 2017, témoignant ainsi de son intérêt pour la question. De même, l’envoyé spécial de Vladimir Poutine pour le Moyen-Orient s’est rendu deux fois dans les territoires palestiniens.

Moscou également tenté de faire se rencontrer en tête-à-tête les deux dirigeants Abass et Benjamin Netanyahou, le premier ministre israélien, un sommet prévu en octobre 2016 et qui aurait dû avoir lieu dans la capitale russe, afin de relancer le processus de paix en plein échec. En vain, car la rencontre a été court-circuitée par la tenue d’une conférence internationale de paix, à Paris, initiée par l’Union européenne ; et aussi par l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, lequel a comme donné un blanc-seing au gouvernement de Netanyahou, qui s’est empressé de reprendre la construction de colonies dans les territoires palestiniens.

La Russie a même joué les médiateurs dans le dialogue inter-palestinien, en favorisant la rencontre, en mars 2017, à Moscou, des différentes composantes politiques palestiniennes, y compris le Hamas et le Jihad Islamique, pour essayer d’avancer dans la réconciliation. La tentative ne fut cependant pas couronnée de succès, étant en cause la perpétuelle non-volonté des deux principaux rivaux, le Fatah et le Hamas, de faire les concessions nécessaires à un accord. Cela étant, le fait que toutes les parties ont accepté l’invitation de Vladimir Poutine démontre que la Russie bénéficie du respect et de la confiance des partis politiques palestiniens.

La position russe a l’avantage d’être sans ambiguïté : elle est en faveur de la solution de deux États, en prenant pleinement en compte les droits légitimes du peuple palestinien, dans l’objectif de promouvoir la paix et la stabilité au Moyen-Orient.

Les Palestiniens y sont bien sûr favorables, qui qualifient la Russie de médiateur plus crédible que les États-Unis ; les Israéliens, en revanche, qui comptent sur le soutien permanent des Américains à leur politique de colonisation, se montrent moins réceptifs à l’égard des initiatives russes ; et d’autant moins dorénavant que la priorité du président Trump étant de lutter contre le terrorisme international, ce dernier n’a pas plus l’intention de faire pression sur Israël que les administrations américaines précédemment.

Et de fait : la Russie a voté en décembre 2016 au Conseil de Sécurité de Nations-Unies une résolution qui dénonçait la colonisation israélienne ; un vote qui a énervé les Israéliens, mais fut salué par les Palestiniens. Ce vote, qui n’est qu’un premier pas dans la mise en œuvre du plan russe pour résoudre le conflit, semble indiquer que Moscou sera fidèle à ses principes politiques dans la région et pourrait adopter une attitude de plus en plus ferme à l’égard d’Israël.

Il est bien évident que la Russie ne dispose pas d’une baguette magique qui lui permettrait de résoudre en un tour la question israélo-palestinienne qui s’éternise depuis près de 70 ans…

Néanmoins, la volonté de Vladimir Poutine de restaurer la puissance russe sur le plan international qui n’a de cesse de s’amplifier depuis les années 2000 pourrait bien avoir trouvé en Palestine un nouveau terrain où s’affirmer, voire un moyen de contrarier les intérêts américains, rendant dans le même temps un peu d’espoir au peuple palestinien.

 

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Ziad Medoukh

Directeur du Département de langue française à l'Université Al-Aqsa de Gaza (Territoires Autonomes Palestiniens)

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