DEBATE / IRAN – Un « printemps iranien » au rabais…

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N’en déplaise aux nostalgiques de la dictature du Shah et aux ennemis de tout poil du régime des ayatollahs, la république islamique et le président Hassan Rohani ne sont ni conspués ni remis en question par les slogans des manifestants qui déferlent dans les rues des grandes villes d’Iran depuis le 28 décembre 2017.

C’est bien, en revanche, le manque d’emploi et le marasme socio-économique qui énervent les foules. Une conjoncture qui résulte certes de l’état de corruption endémique grevant le tissus sociopolitique iranien, mais aussi des « sanctions » économiques voulues par Washington à l’encontre de Téhéran et partiellement avalisées par l’ordre onusien.

Ainsi ne faut-il pas commettre les mêmes erreurs qui ont émaillé les analyses à l’emporte-pièce doctement produites par de nombreux pseudo-experts qui, dans la presse mainstream, avaient attribué plusieurs des révoltes arabes de 2011 à un mouvement de fond appelant à la démocratisation des régimes contestés.

Les événements qui surviennent en Iran s’inscrivent en effet bel et bien dans la logique des « printemps » tunisien et égyptien : les milieux populaires en situation de précarité réclament de meilleures conditions de vie ; le régime politique les indiffère.

C’est l’explosion d’un ras-le-bol populaire, donc, qu’ont libéré sans le vouloir quelques ultrareligieux aux visées obscurantistes qui ont eu la malheureuse intention de faire pression sur le président Rohani…

Maladroitement menée, leur machine infernale leur a explosé entre les doigts, faisant sauter le couvercle de la boîte de Pandore…

C’est effectivement à Machhad, un des fiefs des ultraconservateurs de la République islamique, que la « révolte » a été fomentée, par quelques mollahs grincheux qui reprochent à Hassan Rohani, qualifié idiotement de « réformateur » par les chancelleries occidentales, de ne pas être suffisamment conservateur (en matière religieuse ; cela s’entend), alors que, sur le plan politique, le régime s’est durci depuis l’ouverture des frontières aux investissements étrangers et à l’arrivée d’agents occidentaux.

Immédiatement, l’excitation, ainsi provoquée, s’est diffusée aux grandes villes du pays, donnant aux mécontents l’occasion de se défouler, de même qu’il en fut boulevard Bourguiba et place Tahrir. Et il ne faudrait pas prendre des vessies pour des lanternes en focalisant l’attention sur les quelques voix appelant au renversement du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.

Seuls les culs-terreux sont sortis dans les rues, par poignées, et non par vagues (n’en déplaise aux médias mainstream occidentaux qui enfument l’événement et le grossissent et l’enflent à plaisir) ; on est bien loin des manifestations-fleuves de la Révolution verte de 2009 : la jeunesse dorée et la classe moyenne qui revendiquaient à l’époque la fin de la République islamique restent à la maison, et aucun leader charismatique n’entraîne les foules.

Les journalistes américains et européens ont beau marteler avec insistance par un slogan cousu de fil blanc que « les manifestants protestent contre le marasme économique… et contestent le pouvoir », seul le premier des deux compléments coordonnés de leur proposition est avéré.

Le retour au calme ne tardera pas… à s’imposer…

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Pierre Piccinin da Prata

Historian and Political Scientist - Chief Editor / Rédacteur en Chef

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