DEBATE / MONDE ARABE – Qatar, le mouton noir du Golfe ?

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Le Royaume d’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis annoncent la rupture de leurs relations diplomatiques avec le Qatar. Ces monarchies du Golfe persique accusent leur voisin de complaisance avec le terrorisme… et Téhéran.

Le Bahreïn, satellite saoudien, l’Égypte du maréchal-président Abdel Fatah al-Sissi (dont l’équilibre économique dépend du financement saoudien), le gouvernement yéménite en exil et l’un des deux gouvernements libyens (celui basé à Al-Baïda et soutenu par Le Caire) ont emboîté le pas aux deux puissances du Golfe.

Le communiqué officiel de l’Arabie Saoudite affirme que le Qatar accueille sur son territoire des organisations terroristes, Al-Qaïda, Daesh et la confrérie des Frères musulmans. Toujours selon le même communiqué, le royaume saoudien accuse son voisin qatari de soutenir les activités de groupes chiites – soutenus de facto par l’Iran aussi – dans sa province de Qatif, dans le nord-est du pays, à majorité chiite, ainsi qu’au Bahreïn, royaume sous protection saoudienne dont la population est majoritairement chiite et s’insurge régulièrement contre la famille royale sunnite.

Plusieurs mesures ont été prises à l’encontre du Qatar… Rupture des relations diplomatiques : l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis rappellent leurs diplomates. Fermeture des frontières terrestres, maritimes et aériennes : les exportations du Qatar vers son grand voisin sont désormais interdites. Les frontières aériennes ne sont pas non plus épargnées et la compagnie Emirates suspend tous ses vols vers Doha ; le Qatar répond en suspendant tous les vols de Qatar Airways vers l’Arabie Saoudite. Expulsion des ressortissants : l’Arabie Saoudite demande à tous les ressortissants qataris vivant dans le Royaume de quitter le pays. Seuls seront autorisés à rester sur le sol saoudien les Qataris qui effectuent le pèlerinage à La Mecque. Exclusion du Qatar de la coalition militaire arabe intervenant au Yémen, sous commandement saoudien.

A première vue, il semblerait que le Qatar paie son implication plus que douteuse dans la déstabilisation dans la région, mais la fracture avec le voisin saoudien est plus profonde et plus ancienne.

Après que l’Arabie Saoudite avait étendu son influence en promouvant le salafisme dans le petit émirat, le Qatar a décidé, dès les années 90, de prendre ses distances et de négocier directement avec les États-Unis d’Amérique pour la construction de la base militaire d’Al-Udeid. Cette stratégie avait mis en rage le Royaume Saoudien, qui s’était dès lors impliqué dans le coup d’État de 1995, par lequel l’émir Cheikh Khalifa bin Hamad al-Thani avait été chassé du pouvoir par son fils, Hamad bin Khalifa al-Thani.

Depuis lors, par le biais de sa chaîne de télévision, Al-Jazeera, et par une politique d’activisme intense dans le soutien des révolutions arabes, le Qatar semblait vouloir reprendre la main.

Il est clair que le royaume saoudien veut maintenant mettre le Qatar sous embargo régional et conserver son rang de première puissance du Golfe.

N’apprécierait-on pas, à Riyad, qu’une grenouille veuille se faire plus grosse qu’un bœuf ?

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Anass El Azhar Idrissi

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