DEBATE / PALESTINE – Avant d’accuser Israël…

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Rien de nouveau sous le soleil de Gaza. Des gens meurent dans des hôpitaux sous-équipés, non pas tant par manque d’argent, mais parce que matériel médical et produits pharmaceutiques ne peuvent franchir en quantité suffisante la frontière toujours sous contrôle de l’armée israélienne.

La communauté internationale n’a plus l’habitude de réagir depuis longtemps ; elle laisse faire, de plus en plus, sans même protester désormais.

On se souviendra ainsi des bombardements d’une violence inouïe qui avaient détruit durant l’été 2014 la plupart des infrastructures civiles de la Bande de Gaza et, surtout, avaient tué plus de 2.000 civils palestiniens (deux mille !). Quelques voix s’étaient élevées, pour le principe, mais rien de concret n’avait été entrepris pour faire cesser le massacre ; comme si tous les gouvernements, comme lassés par ce conflit vieux de soixante-dix ans, estimaient que, en fin de compte, les massacres de populations civiles palestiniennes par l’armée israélienne faisaient partie du quotidien de Gaza et de la Cisjordanie. Une habitude que le temps aurait peu à peu inscrit dans la norme, en somme…

Par ailleurs, les crises majeures qui se déroulent à quelques kilomètres à peine de Gaza et de Ramallah, en Syrie, à Mossoul, entre Riyad et Téhéran, ont fait passé la question palestinienne au énième rang des préoccupations de la diplomatie internationale : « On s’en occupera à nouveau… plus tard… peut-être. »

Aussi, les opinions publiques du monde entier se sont désintéressées du conflit israélo-palestinien et les organisations pro-palestiniennes elles-mêmes s’essoufflent et se réduisent comme peau de chagrin.

Parfois, cependant, un événement trop tragique pour ne pas susciter l’émotion fait ressurgir dans les esprits le souvenir de ces oubliés de l’Histoire.

Ainsi, en juin et juillet 2017, plusieurs nouveau-nés sont décédés à Gaza. Ils devaient être transférés hors de Gaza pour obtenir des soins ; l’autorisation de passer la frontière leur avait été refusée. Parmi eux, le petit Musa, né avec le cœur situé à l’extérieur de la cage thoracique. Impossible de l’opérer à Gaza : depuis 2014, les hôpitaux n’ont pas été rééquipés et n’ont plus des moyens de pratiquer de tels interventions ; en outre, Gaza ne dispose que de quelques heures d’électricité quotidiennement, et le carburant manque souvent pour faire tourner les générateurs. Il fallait donc transférer l’enfant en toute urgence, dans un des deux hôpitaux israéliens les plus proches, à Jérusalem ou à Hébron, dont les médecins avaient accepté de pratiquer l’opération.

Pour un instant, au détour d’un flash d’information, en écoutant l’interview des parents désespérés, le quidam maudira le gouvernement de Benjamin Netanyahou qui persécute ainsi ces pauvres familles de Palestine occupée.

Mais peut-être ce quidam, ainsi ému par l’effroi que provoque en effet les malheurs répétés de ces gens, a-t-il simplifié les réalités des responsabilités qui sous-tendent ce drame aux arcanes moins manichéennes qu’il y paraît.

Peut-être, à l’heure où, à Alger, un ambassadeur saoudien très audacieux qualifie le Hamas « d’organisation terroriste », l’analyste doit-il rappeler que les souffrances de la population palestinienne sont également provoquées par les rivalités de pouvoir qui déchirent le leadership palestinien, profondément divisé entre le mouvement islamiste Hamas, qui a pris la main à Gaza, et le Fatah (l’ancienne formation de Yasser Arafat, l’Organisation de Libération de la Palestine), qui domine la Cisjordanie depuis Ramallah. La division est idéologique ; le premier considère que seule la résistance armée peut venir à bout de l’occupation de la Palestine par Israël, qui n’a manifestement aucune intention de se retirer des territoires conquis, tandis que le second privilégie la négociation avec le gouvernement israélien, voire la collaboration, dans l’espoir de parvenir un jour à la proclamation d’un État palestinien indépendant. Mais, le temps passant et le pourrissement  de la situation gangrenant davantage les institutions palestiniennes d’année en année, de nombreux responsables palestiniens, qui ne se bercent plus d’aucune illusion, ont pris l’habitude de profiter d’un système corrompu qui, notamment, permet le détournement régulier des mannes financières qui parviennent toujours à l’Autorité palestinienne sous forme de dons divers octroyés par la communauté internationale et les instances onusiennes.

Ainsi, chacune des factions tentant de tirer au mieux à elle la couverture, les coups-bas se multiplient et les croche-pieds se succèdent, au détriment des personnes qui subissent l’occupation.

Les pires ennemis des Palestiniens ne serait-ils pas d’autres Palestiniens ?

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas Tel-Aviv qui a refusé l’autorisation de transfert hospitalier du petit Musa, mort à Gaza. C’était le ministre de la Santé de l’Autorité palestinienne de Ramallah.

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Pierre Piccinin da Prata

Historian and Political Scientist - Chief Editor / Rédacteur en Chef

1 Comment

  1. abd el badia on

    Mais Abbas n’est qu’un instrument de Tel Aviv et rien de plus. Renvoyer dos à dos ceux qui luttent et ceux qui collaborent est un exercice d’équilibrisme formel mais sans fond. Il y a le hamas qui suit la ligne de l’affirmation nationale, mais il y a aussi le Djihad islamique et le Front populaire ainsi que les organisations militaires de Gaza issues des autres branches de l’OLP dont celle issue du Fatah. C’est là la véritable ligne de clivage. Il n’y a pas qu’un conflit israélo-palestinien, il y a un conflit israélo-arabe, israélo-christiano+musulman, israélo-tiers monde et impérialo-anticolonial. Et, comme dans toute occupation, il y a les résistants, les protestataires, les hésitants et les collabos.

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