DEBATE / PALESTINE (Gaza) – Pour une autosaisine de la Cour pénale internationale

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Les Sionistes ont « fêté » ce 14 mai 2018 les soixante-dix ans d’une implantation européenne au cœur du monde arabe.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit ! Et certainement pas de la « re-fondation de l’État d’Israël ».

Il faut savoir revenir au sens des mots…

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La notion d’État a été définie au XIXe siècle : groupe de personnes qui décident de se soumettre à une loi commune, c’est-à-dire de privilégier l’intérêt général sur l’intérêt particulier. Avec une police, qui détient seule le monopole de la violence légitime pour faire respecter les lois, et une armée pour garantir des frontières fixes et définies.

Israël, aujourd’hui, ne répond en rien à la définition d’un État.

Et, concernant le vote de l’Assemblée générale de l’ONU qui a accordé un territoire au mouvement sioniste, il a eu lieu alors que les trois quarts de l’humanité, colonisés, étaient exclus des débats.

Il s’est donc agit, au sens propre, non pas de la « reconnaissance de l’État d’Israël », mais de la « reconnaissance d’un État juif » par une ONU-croupion, laquelle reconnaissance est survenue à l’occasion d’un vote s’apparentant à un véritable hold-up.

Et la véritable question, alors que l’État juif n’a jamais respecté les règles de l’ONU ni ses résolutions à son encontre, est par le fait celle de la réforme de l’ONU… ou de sa disparition, comme il advint de la Société des Nations.

Dans le même temps, deux millions de Palestiniens de la Bande de Gaza sont asphyxiés économiquement, socialement et politiquement ; et, alors qu’ils manifestent le long de la barrière qui les sépare du territoire israélien, ils font l’objet de tirs à balles réelles et de gazages par les drones israéliens.

J’étais en avril 2018 à l’hôpital Shifa de Gaza.

J’ai opéré des enfants, des journalistes très gravement mutilés par des balles interdites à l’usage militaire, comme certains gaz neurotoxiques le sont également.

Comment est-ce possible ?

Il y a trois raisons.

La première est l’immense inégalité des forces (armées) en présence, Israël frappant de plus en plus fort pour susciter le lancement de quelques roquettes qui justifieront à ses yeux une nouvelle guerre. On noiera dans un peu plus de sang le sang déjà versé. Sans que les précédentes guerres aient permis d’atteindre, du point de vue israélien, le moindre objectif politique.

La deuxième est la puissance du lobby sioniste, notamment en France et aux États-Unis, qui pousse les dirigeants de plusieurs nations (démocratiques) à insulter l’intelligence de leur propre peuple en faisant l’amalgame entre l’antisionisme et l’antisémitisme, en publiant dans les grands médias des tribunes honteuses.

La troisième est le gel des procédures juridiques internationales par une Autorité palestinienne qui se comporte en docile larbin de l’État d’Israël.

Depuis le début des « Marches du retour » d’avril et mai 2018, près de 500 mandats d’avocat ont été remis par les victimes et familles de victimes en vue de l’ouverture d’une enquête indépendante au niveau de la seule instance internationale habilitée à traiter des crimes de guerre : la Cour pénale internationale (CPI).

Or l’Autorité palestinienne, sise à Ramallah (en Cisjordanie partiellement occupée par l’armée israélienne) et dominée par le Fatah [une des deux plus importantes formations politiques palestiniennes, l’autre étant le Hamas, qui domine à Gaza], ayant adhéré et ratifié le Statut de la CPI, devrait, au titre de l’article 14 de la Cour, appuyer tout dépôt de plainte issue depuis la Palestine. Cependant, le président de l’Autorité palestinienne ne bouge pas!

Mahmoud Abbas et ses sbires se satisfont de décréter des journées de deuil national.

Le même Abbas qui, par deux fois déjà (en 2014 et 2017), a gelé des plaintes déposées par son ministre des de la Justice, dans un cas, et par un collectif d’avocats palestiniens, dans l’autre.

À l’instar de ce qui s’est passé en Afghanistan où les États-Unis ont signé avec le nouveau gouvernement afghan un accord bilatéral seon lequel l’Afghanistan s’engage à ne pas attaquer les Washington devant la Cour pénale internationale, tout se passe comme si Mahmoud Abbas avait passé un accord (tacite) du même type… avec Israël.

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Souhaitons que la procureure en tire les mêmes conséquences que dans l’affaire afghane et obtienne de la Cour l’autorisation de mener enquête.

Ainsi tous les crimes de guerre signalés dans le conflit Afghan depuis 2002 sont aujourd’hui à l’étude, qu’ils aient été commis par la coalition menée par Washington ou par les Talibans ; et ce en incluant les faits de torture dans les prisons européennes.

L’autosaisine de la Cour pénale internationale sur le conflit israélo-palestinien ! Ce doit être la prochaine étape !

Peut-on y croire de bonne foi ?

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Christophe Oberlin

Chirurgien (Paris - France) - Directeur de missions de secours médical à Gaza

1 Comment

  1. Les résolutions de l’ONU donnent un argument moral important, mais Tel Aviv ne les respecte jamais vu le rapport de force militaire existant dans le monde. Il faut donc changer ce rapport de force et, pour ce faire, poursuivre la campagne BDS qui rencontre un succès grandissant, boycott, désinvestissement, sanctions, visant tous les produits et tous les contacts avec l’entité pratiquant l’apartheid, la ségrégation, la discrimination, le meurtre et l’exportation de la guerre et de la répression sur toute la planète. Avec comme objectif final la formation d’un Etat qui ne soit plus une démocratie d’apartheid à base de législation ethno-théocratique.

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