URGENT / LIBYE – Bras de fer entre Rome et le maréchal Haftar

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Voilà presque six ans que la mort de Mouammar Kadhafi sonnait le glas du régime qu’il avait établi en Libye, tandis que les gouvernements occidentaux responsables de la guerre et la presse de ces pays promettaient le début d’une période de paix qui ne vint jamais et demeure inexistante.

Les gouvernements de transition qui se sont succédé en Libye ont peiné à reprendre le contrôle du pays, et lorsqu’en décembre 2015, Fayez el-Sarraj devint premier ministre et président du conseil, il est confronté à une Libye partitionnée. Parachuté par les Nations-Unies, el-Sarraj ne traînait aucune casserole, mais il n’avait aucune expérience politique.

Ce n’est que rarement qu’il rend dans l’est de la Libye en sa qualité de premier ministre, et son assignation ne dépasse en réalité pas de beaucoup les limites de la base navale de Tripoli où il préfère séjourner lorsqu’il se rend dans le pays qu’il est censé gouverner : son gouvernement « d’union nationale » se réunit en dehors des frontières de la Libye, la plupart du temps à Tunis.

Une réalité qui a permis aux opposants à ce gouvernement de s’établir de plus en plus durablement dans l’est libyen.

C’est ainsi qu’en juillet 2017, le maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de cette région et chef d’une importante milice autoproclamée « Armée nationale libyenne » (ANL), a pu ordonner à ses troupes d’empêcher l’entrée de navires étrangers dans les eaux libyennes. Cette décision reflète le potentiel de coercition dont dispose l’ANL, en rupture complète avec le gouvernement reconnu par l’ONU et dont elle conteste la légitimité.

Les forces loyales à Khalifa Haftar contrôlent une vaste zone s’étendant de la frontière égyptienne jusqu’au centre du pays. À cette zone, correspond un littoral de 1.300 kilomètres ouvert sur la Méditerranée.

Cette directive fait suite à l’annonce faite par l’Italie de son intention de déployer des navires jusque dans les eaux territoriales libyennes dans le cadre de la lutte contre la migration clandestine et les trafiquants d’êtres humains, en coopération avec le Gouvernement d’Accord National d’el-Sarraj.

Pour rappel, c’est le chaos engendré par la guerre civile et amplifié par les interventions étrangères qui a été le terreau de ces trafics à destination de l’Europe.

Selon les derniers chiffres de l’Organisation internationale pour les Migrations (OIM), plus de 111.000 migrants sont arrivés en Europe par la mer depuis le premier janvier, dont près de 95.000 en Italie, et ce principalement à partir des côtes libyennes ; plus de 2.385 sont morts en tentant la traversée, des conséquences dramatiques à ajouter au passif de l’un des multiples dossiers internationaux « gérés » d’autorité par les Occidentaux depuis le début du XXIe siècle…

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Simon-Marin GHYS

Historian and Political Scientist - Managing Editor for French

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