EDITORIAL – Version française

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Un gros enfoiré ?

Trump, Trump et encore Trump… Le monde retient son souffle alors que Donald Trump entre dans le Bureau ovale ; et il attend maintenant de voir.

 « Président Trump, mettez donc fin aux actes honteux d’Obama qui donne des armes aux terroristes kurdes du PKK en Syrie ! », appelle Bilari Yildirim, le premier ministre turc.

« On ne va pas se fâcher alors que Barack Obama n’en a plus que pour quelques jours ; on s’arrangera avec son successeur… », répondait en substance le Kremlin, après que le déjà ex-président démocrate avait expulsé une trentaine de diplomates russes accusés par son administration défunte d’avoir fomenté l’élection du nouveau locataire de la Maison blanche…

À Tel-Aviv, la droite israélienne piaffe d’impatience : Trump tiendra-t-il sa promesse de transférer l’ambassade états-unienne à Jérusalem, reconnaissant ainsi de facto la ville trois fois sainte comme la « capitale historique du peuple hébreux », fondée au Xème siècle avant Jésus-Christ par le roi David, « à une époque où les Arabes et l’Islam n’existaient pas encore », aurait-on ajouté, question de remettre un peu d’huile sur le feu, dans les milieux évangéliques qui ont inconditionnellement soutenu la candidature du républicain ?

Quelle belle vengeance Benjamin Netanyahu tiendrait là, en réponse à la « trahison » d’Obama qui, avant de quitter son fauteuil, a laissé passer la résolution 2334, refusant d’opposer le veto états-unien au Conseil de Sécurité de l’ONU. C’est que la résolution impose les frontières d’un (futur) État palestinien et rappelle que la Cisjordanie et Jérusalem-est (la vieille ville, le Mur des Lamentations et le Mont du Temple) sont des « territoires palestiniens illégalement occupés » ; une véritable « déclaration de guerre contre Israël » a-t-on pu lire dans une certaine presse sioniste. Mais l’onde de choc de cette bravade trumpienne pourrait être abyssale ; personne ne sait (encore) le prix qu’il en coûterait.

Et, au Pentagone, on planche déjà sur « un nouveau plan de bataille, beaucoup plus agressif, contre Daesh »…

Finalement, il est possible que Trump soit un gros enfoiré et pas seulement un populiste…

Interdire l’accès au territoire US aux Iraniens, alors que les rapports revenaient (plus ou moins) au calme, et aux Irakiens, alors que leur pays est quasiment sous contrôle américain depuis 2003…

Hmmm…

Son élection a fait plaisir à ceux qui se fatiguaient de l’arrogance de l’establishment libéral incarné par Hillary Clinton ; c’était « sympa ».

Mais, bon… Le type était donc sérieux quand il déconnait ?

Dernière « trumperie » en date, la décision unilatérale de soutenir la politique saoudienne en Syrie et au Yémen en y créant des « zones de sécurité pour les réfugiés ».

Pour quel genre de « réfugiés » exactement ?

Surtout, c’est une décision qui vise directement Téhéran, désormais publiquement et officiellement accusée par la Maison blanche « d’activités déstabilisatrices » au Moyen-Orient.

Au Yémen, où l’Iran, en soutenant les Houthistes qui occupent Sanaa, mène avec succès une guerre par procuration contre l’Arabie du roi Salman avec lequel Donald Trump s’est très personnellement mis d’accord en une heure d’entretien téléphonique ; et en Syrie, dont le gouvernement, supporté par l’Iran (dont les milices, qui ont partout le vent en poupe et dament le pion à Riyad, ont contribué à la « libération » d’Alep et sont très actives en Irak contre l’État islamique, allié objectif des Saoudiens), a protesté dès l’annonce des intentions trumpiennes qui constitueraient une atteinte brutale à sa souveraineté…

Pour le moment, le Kremlin, l’autre grand partenaire de Bashar al-Assad, n’a réagi que timidement, probablement surpris par cette manifestation inopinée de l’incohérence géopolitique de celui qu’il aurait contribué à faire élire ; et il ne faudrait pas que, de leur côté, les Ayatollahs perdent patience…

Les cow-boys sont de retour, les gars !!!

Et, je ne sais pas pourquoi… Mais quelque chose pourrait bien changer au Moyen-Orient…

Le Moyen-Orient ? Ben… Parlons-en…

C’est d’ailleurs tout notre propos en ce début 2017 : en foulant la poussière déjà froide des « révolutions » arabes, d’aucuns se demandent s’ils n’ont pas rêvé… Tant le réveil est surréaliste : Bashar en Syrie, Al-Sissi en Égypte, Saleh au Yémen… Rien n’a changé ; ou bien si… Tout a changé en pire. Mais le monde ne semble pas s’en émouvoir ; pas étonné, pas concerné…

Et pendant ce temps, à Venise, un « migrant » se noyait dans le Grand-Canal, sous les rires des passants ; les badauds s’esclaffaient en s’amusant de ce malheureux grotesque qui se débattait, s’empressant de se faire un « selfie » à poster sur Facebook, tandis que d’autres l’insultaient…

Mon Dieu ! « Que le sang sèche vite en entrant dans l’histoire… »

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Pierre Piccinin da Prata

Historian and Political Scientist - Chief Editor / Rédacteur en Chef

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