EDITORIAL – Version française

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Ce n’est pas un air de liberté qui flotte sur Mossoul…

Mais l’odeur âcre et doucereuse, à peine fétide, des cadavres putrides en partie carbonisés… et une impression de déjà vu.

Et si l’État islamique, finalement, n’était rien d’autre que le cri ultime de l’anticolonialisme, de l’anticapitalisme ?

Le dernier acte du tiers-mondisme ?

Au-delà du fantasme d’un complot atlantiste fomenté par Washington et ses affidés européens impatients de sculpter la silhouette d’un nouvel ordre régional à l’intention des nations arabes…

Au-delà de la guerre romantique, où s’est forgée la mystique internationale de héros d’un Islam authentique, débarrassé de siècles d’exégèses gibbeuses ruminées par des cohortes d’oulémas corrompus au service de leurs temps ; héros chevelus et pileux bravant de leurs cimeterres brandis sous le vent chaud du désert les appétits de l’Occident sans foi et de sa toute puissante machinerie financiaro-militaire…

Au-delà d’une guerre de religion programmée à Kerbala il y a quatorze siècles…

Au-delà des intoxications et des images distordues de réalités embrouillées par des chancelleries partisanes ou des médias inconscients…

Au-delà du visage que la propagande des moudjahiddines du Califat a voulu donner d’eux-mêmes pour saisir d’effroi leurs adversaires…

Le tiers-mondisme, comme toute idéologie dont on met en œuvre les doctrines, réclame de la rigueur, de l’obstination, de l’abnégation et du courage ; contrairement au capitalisme, qui prend racine dans l’individualisme, et qui libère, pour même l’ériger en vertu, l’égoïsme naturel de l’humain. Et puis, résister, c’est accepter d’être en minorité… et d’être dénigré par ceux dont les intérêts divers et la respectabilité convenue sont soudainement ébranlés et qui choisissent le camp de ceux qui vont gagner, simplement parce qu’ils vont gagner.

Que fut, en vérité, l’État islamique ? Qui peut le dire ?

De quels rêves anachroniques fut-il l’expression matérielle ? De quelle mission Dieu avait-il investi son nouveau Calife ? Et que restera-t-il de l’Islam du Prophète après l’échec absolu de cette suprême et ultime révolte, celle des derniers compagnons, les « salafs » du XXIème siècle ?

Mais, de même, que restera-t-il de l’esprit de révolte des hommes du Sud, écrasés par les puissances sous les applaudissements incrédules des peuples soulagés ?

Tandis que s’éteignent à Mossoul et Raqqa les feux du soulèvement sunnite qui a un temps menacé Bagdad et Damas et impressionné le Monde entier, le libéralisme économique poursuit son expansion, confiant, rampant, indépassable, et les discours de Bandoeng et de Belgrade s’évaporent un peu plus à chaque décennie qui passe, dans le reflux des armées et les remous des affaires.

Vae victis !

 

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Pierre Piccinin da Prata

Historian and Political Scientist - Chief Editor / Rédacteur en Chef

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