EDITORIAL – Version française

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L’Islam va-t-il mourir à Mossoul ?

Qu’ont fait les Musulmans du projet politique de l’Islam ?

Comment les « Croyants » envisagent-ils, au XXIème siècle, d’accomplir la grande œuvre initiée par Mohamed et ses compagnons quatorze siècles plus tôt, envoyés dans le monde par l’injonction de l’Archange Gabriel, messager de Dieu ?

L’Islam est-il encore politique ou bien les Musulmans, désormais « modérés », ont-ils renoncé à cet aspect intrinsèque inscrit sans équivoque dans le Coran et gravé dans l’histoire par les actes de guerre du Prophète et des « Salaf al-Salih », les « pieux ancêtres » ?

L’Islam a-t-il encore aujourd’hui l’ambition du Califat ou n’est-il plus qu’une religion de confort, une spiritualité, voire une philosophie de vie assez lâche comme le conçoivent certains Soufis ?

Amputé de sa dimension politique, l’Islam est-il encore l’Islam ? Et sa pratique a-t-elle encore du sens ?

Autant de questions qui se posent avec intensité à l’heure où le Calife Ibrahim (alias Abou Bakr al-Baghdadi) voit s’effondrer sous ses yeux les reliquats d’un État islamique que, marchant dans les pas du fondateur de l’Islam, il avait fait revivre l’espace d’un « printemps arabe » dont l’évaporation est désormais avérée.

Pour les combattants du Califat, le choix avait été fait sans ambiguïté, et sans concession.

Qu’ils fussent issus des banlieues des grandes villes européennes ou des pays arabo-musulmans, la plupart n’avaient pas le profile du « paumé désocialisé manipulé », véhiculé à outrance par le courant médiatique dominant ; il s’est agi de tout autre chose, comme s’en sont rapidement rendus compte ceux qui ont rencontrés sur le terrain ces militants de l’Islam politique, déterminés.

Certains –plus nombreux qu’on l’attendait- étaient en effet issus de milieux aisés et socio-culturellement élevés. Beaucoup avaient un bon emploi, des diplômes universitaires et une aptitude intellectuelle qui détonnait singulièrement avec le cliché systématiquement balancé dans les JT de vingt heures. Tous (ou presque) savaient fort bien ce qu’ils faisaient là et pourquoi ils s’étaient engagés dans la lutte.

Pour avoir interviewé en Europe et en Syrie ces djihadistes ou sympathisants du djihad, j’ai surtout rencontré des individus d’origine arabo-musulmane très instruits de l’histoire de l’Islam et des textes sacrés qui l’ont fondé. Des hommes (et des femmes) en révolte contre une société matérialiste qui ne procure plus de sens à l’existence, et qui trouvaient dans leur religion un but de vie et une identité. Et aussi -ce qui est particulier à la religion islamique- un projet politique concret à mettre en œuvre.

Bien sûr, on parle ici de l’Islam du Coran, celui du Prophète et de ses compagnons, et non pas de l’Islam « modéré », édulcoré, cet « Islam de France » qui cache sous le tapis tout ce que l’Islam originel a de dérangeant, voire d’inacceptable pour la morale, les mœurs et les lois occidentales.

Mais les motivations des djihadistes originaires des pays arabes n’étaient pas très différentes… En terre d’Islam, on consomme tout autant des hectolitres de Coca-Cola, des tonnes de hamburger (fussent-ils halal), et ce sont les mêmes séries débilitantes qui passent en boucle à la télévision, avec les mêmes canevas abrutissants… Et les mosquées y sont généralement vides à l’heure de la prière.

«  Qui sont ces gens qui sèment la mort au prix de leur propre mort ! Remarquerez que je ne dis pas ‘au prix de leur propre vie’… », s’exclamait récemment un éditorialiste. « Quel concept, quelle idéologie derrière ça ?! »

La foi.

La foi en l’Islam et en son programme politique.

Mais, alors, qu’en est-il des autres ? De tous ceux qui ont regardé à la télévision s’écrouler le Califat, anéanti par les « mécréants » ?

De ceux qui ont renoncé par le fait au djihad ordonné par les Cieux, acceptant la compromission avec l’Occident et détournant le regard de leur devoir de croyant ?

De tous ceux-là qui, parfois, se sont même réjouis de l’échec de l’État islamique ?

La destruction de la mosquée al-Nouri marque-t-elle l’achèvement d’une ère et celui d’une idée du monde ?

Tous les Musulmans de la planète ont-ils définitivement tourné le dos à l’Islam ?

Ce sont-il jamais demandé, tous ceux-là, quelle sanction leur auraient réservé le Prophète et les premiers souverains musulman, les « Califes bien guidés » ?

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Pierre Piccinin da Prata

Historian and Political Scientist - Chief Editor / Rédacteur en Chef

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