ISLAM – Un projet politique né dans la violence…

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« Le but de tous les vrais Musulmans, c’est le Califat ! »

Cette simple phrase, relevée au hasard sur les réseaux sociaux, résumerait-elle –fût-ce d’une manière assez abrupte- le message délivré au Prophète Mohamed, dans sa dimension politique en tout cas ?

C’est ce que laisse penser la lecture, qu’elle soit historique ou religieuse, du seul document fondateur de l’Islam, du seul référent considéré comme authentique par les « Croyants », les Musulmans, la seule source où est précisée la « volonté de Dieu » : le Coran.

Et ce indépendamment des conditions dans lesquelles les paroles du Prophète ont été conservées, par la tradition orale, écrites parfois sur divers supports et à différents moments de sa vie, ou de la manière dont le Coran a été assez tardivement compilé.

Car c’est bien le point de vue du « Croyant » qui importe en la matière ; et c’est donc le Coran dans sa forme finale qu’il convient de considérer pour comprendre l’Islam et en définir les objectifs, une forme définitive, universelle et intemporelle, comme le Coran lui-même le stipule, que les « Croyants » reçoivent comme la parole de Dieu révélée et comme la vérité en fonction de laquelle ils agissent (ou devraient agir) dans le monde. Ce Coran-là (outre les Hadiths qui ont conservé la mémoire des actes du Prophète et de ses compagnons) est le seul référent tangible et incontestable qui (devrait) fonde(r) l’action des Musulmans ; et toute autre considération qui serait en contradiction avec le texte sacré ne serait qu’hérésie vouée aux gémonies.

Le Califat, donc, comme but ultime de tout « Croyant » ? C’est du moins ce que révèle incontestablement une lecture neutre de ce texte, dont plusieurs pans se déclinent tel un véritable programme politique à mettre en œuvre sur le long terme, très éloigné des assertions d’un Islam « modéré » qui prévaut un peu partout aujourd’hui, tant dans le Monde arabe qu’en Occident, et qui réaménage le livre saint en prétextant d’une « réinterprétation nécessaire » de la parole divine.

L’Islam est incontestablement politique

D’un point de vue strictement historique, la naissance de l’Islam au VIIème siècle a pour contexte le milieu tribal des entités bédouines, belliqueuses à l’extrême et divisées, politiquement et religieusement, polythéistes, jalouses chacune de ses avantages commerciaux et territoriaux liés au cadre hostile et pénible du désert de la Péninsule arabique ; et l’objectif avoué de son fondateur, Mohamed, transparaît clairement tout au long du Coran, mais aussi des Hadiths qui rapportent les faits et gestes du Prophètes et des premiers Musulmans, à savoir l’unification des tribus par le biais d’une religion que le « messager de Dieu » avait apprise des communautés chrétiennes et juives établies dans le nord de la péninsule et dont il s’est inspiré pour créer un moyen de coercition moral et social.

En effet, le caractère théocratique de l’Islam centralise l’autorité autour du représentant d’un dieu unique dont la vénération constitue la trame et la finalité de l’existence. L’Islam impose ainsi à la fois un code civil unique, une foi unique, un comportement sociétal unique, auxquels l’individu ne peut échapper sans se mettre de facto en marge de la société et devenir un « autre », celui qu’il faut « réformer » et par la force, par la violence si nécessaire.

L’Islam ne se présente pas à travers son texte fondateur comme une philosophie ou une spiritualité, conception islamique propre au Soufisme qui constitue indéniablement une dérive qui fut fonction de surinterprétations ou de mésinterprétations arbitraires du texte, parfois empreintes de sophistique ; l’Islam est tout au contraire cartésien, légaliste, procédurier, et en tout cela totalitaire.

Il était dès le départ évident que, dans le contexte évoqué, ce projet politique ne pourrait s’accomplir sans un recours régulier à la force, et le Coran le justifie dès lors sans la moindre équivoque, tandis que, sur les plans social et sociétal, il impose des lois rigoureuses et des règles drastiques dont le but, déclaré dans plusieurs versets du Coran, est de structurer la société et de forger une identité commune et de canaliser à la fois les velléités individualistes et le sentiment tribal d’appartenance à un groupe séparé du reste de la communauté. Bref, il s’agit d’inventer « l’Oumma », la « Communauté des Croyants » (un objectif qui, manifestement, n’a pas été atteint, les différentes écoles islamiques s’étant très tôt déchirées en fonction des aspirations politiques des pouvoirs locaux et du contexte socioculturel des régions dans lesquelles elles se sont développées).

C’est ainsi que, si l’Islam s’impose d’abord par la persuasion, malheur à ceux qui ne se laissent pas convaincre, car la violence, contre l’individu, ou la guerre, contre les peuples, suit inévitablement l’approche « amicale » par le verbe ; le processus est intrinsèque à la « révélation » et, en dépit de tout « effort de réinterprétation, nécessaire, de la parole divine », le texte est à ce propos sans ambiguïté et les Musulmans ne peuvent échapper à l’injonction céleste, pas même au XXIème siècle.

Mohamed, chef de guerre et chef d’État

Entre l’Hégire (622), qui marque la fondation de l’Islam, et la mort du Prophète Mohamed (632), les campagnes militaires (« gazwa » est le mot arabe qui les désigne dans le Coran ; au sens propre : « conquête » ou « invasion ») se sont multipliées avec un rythme accru au fur et à mesure que la nouvelle religion gagnait du territoire.

Dès les premiers moments de l’Islam, Mohamed a ordonné la guerre, et d’abord contre la tribu des Qorayshites qui contrôlait La Mecque, principale ville du centre de la Péninsule arabique et cœur religieux du polythéisme arabe où se dressait la Kaaba, bâtiment qui renfermait les statues des dieux des différentes tribus. Or, c’est cette ville de premier plan, politiquement et économiquement, que le Prophète avait désignée comme « ville sainte de l’Islam ». L’écrasante majorité des Mecquois n’adhérant pas à l’Islam, attachés à leur prérogatives en matière religieuse et aux énormes avantages commerciaux que leur position leur procurait, les Musulmans ont donc été « contraints » d’user de la violence et de mener plusieurs campagnes militaires pour « conquérir » et « envahir » La Mecque, dont ils finiront par s’emparer en janvier 630.

Maints exégètes, qui tentent de démontrer que la communauté des premiers adeptes de l’Islam, « religion non violente », ont eu recours à la guerre uniquement dans un cadre « défensif » considèrent que cette campagne fut nécessaire, de par la faute des Qorayshites, qui refusaient l’accès de La Mecque aux pèlerins musulmans. Mais, outre qu’il y a là une forme de sophisme évident, la conquête de La Mecque ne fut pas le seul fait d’armes des Musulmans, qui, depuis la fuite de Mohamed à Médine, attaquaient régulièrement, avec plus ou moins de succès, le commerce caravanier mecquois. Une pratique de la razzia d’ailleurs assez répandue dans le comportement des tributs bédouines de l’époque. Certes, l’exégèse voudrait que ces razzias fussent elles aussi « défensives », puisqu’elles auraient répondu à la confiscation par les autorités qorayshites des biens des partisans mecquois du Prophète qui avaient fui avec ce dernier.

Ces campagnes, pour « défensives » qu’on puisse les prétendre, ne se sont pas moins conclues pour autant par l’expansion territoriale d’un « État islamique », dont le centre politique fut d’abord Médine, puis La Mecque, et dont le souverain autocrate était le Prophète Mohamed, agissant, commandant et ordonnant au nom de Dieu et en vertu du Coran, qu’il composait au fur et à mesure que se développait son royaume, légiférant, jugeant et ordonnant par ce biais, dictant sourate après sourate, en abrogeant même certaines des paroles divines, lorsqu’elles ne correspondaient plus aux impératifs politiques, militaires ou sociaux du moment.

Ainsi en va-t-il ne nombreux passages du Coran qui réglementent la guerre avec précision et codifient les comportements à adopter envers les prisonniers, les non-combattants, les biens privés, mais aussi les questions de succession des guerriers décédés, d’héritage, etc.

Les Hadiths rapportent que Mohamed avait mis en place un réseau d’espionnage efficace qui lui permettait de préparer ses campagnes, dont il prenait généralement lui-même le commandement : si le commandement de quelques batailles a été laissé au soin de proches en qui il avait confiance, notamment de son oncle Hamza, le Prophète a directement conduit près d’une quinzaine de guerres.

Mais la liste des expéditions armées ordonnées par Mohamed est longue et il n’est pas utile d’en faire état au-delà de quelques exemples à dessein d’illustrer le propos, et de faire mention dans cette perspective de la guerre menée en 627 contre la tribu juive des Banu Qorayza, qui s’étaient alliés aux Qorayshites, laquelle se termina, après un siège d’un mois, par l’anéantissement de la tribu ennemie et la décapitation de plusieurs centaines de ses guerriers… Ou bien la bataille de Mutah, village chrétien du nord de la péninsule, qui fut envahi en 629, où l’armée de Mohamed défit le corps expéditionnaire byzantin envoyé à la rescousse des Ghassanides, tribu arabe chrétienne vassale de Constantinople ; très satisfait de la victoire, le Prophète ordonna plusieurs jours de fête et décora le commandant de l’armée, Khalid Ibn al-Walid, du titre éloquent de « Seiful Allah » (« l’Épée de Dieu »).

Plus simplement encore, il suffirait de faire état du livre de l’historien arabe Abdullah Muhammad al-Waqidi, lequel rédigea au VIIIème siècle une « vie du Prophète », sous le titre évocateur d’Al-Kitab al-maghazi (Le Livre des batailles)…

Mohamed sut par ailleurs habilement exploiter le contexte politique bédouin et jouer sur les alliances intertribales et, inversement, sur les querelles ancestrales pour contrer ses ennemis. Ainsi en fut-il, entre autres, des accords passés avec les tribus juives de Médine, avant qu’elles fussent par la suite expulsées du Califat naissant.

Mohamed n’est pas un prophète dont « le royaume n’est pas de ce monde » et qui sépare « ce qui est à César et ce qui appartient à Dieu » ; il a passé sa vie entière à soumettre les tribus de la Péninsule arabique dont le territoire, à sa mort, était unifié en un État centralisé où le pouvoir politique et la religion, intrinsèquement liés par le projet coranique, étaient, d’emblée, irrémédiablement indissociables.

Les Califes « bien guidés »

Les compagnons du Prophètes poursuivront l’œuvre de Mohamed sans dévier de la direction indiquée par leur mentor.

Ceux qu’on qualifie de « bien guidés », les premiers califes, chefs de l’État islamique fondé par Mohamed, vont donner une attention particulière au développement de l’armée, et ce dans une perspective éminemment offensive, un objectif de conquête, en mettant l’accent, notamment, sur la cavalerie légère et rapide et, ce qui eût été un comble d’aberration pour ces hommes du désert s’ils n’avaient eu que des intentions défensives, sur la flotte de guerre qui devait pendant des siècles dominer la méditerranée orientale.

En quelques décennies seulement, l’État islamique, à l’est, va s’étendre sur tout l’Empire de Perse et, à l’ouest, enlever à l’Empire byzantin ses provinces de Syrie-Palestine, d’Égypte et de Cyrénaïque, arracher aux Berbères l’Afrique du nord et, le détroit de Gibraltar traversé, conquérir le royaume wisigothique en Péninsule ibérique, franchir les Pyrénées et commencer l’invasion du royaume des Francs, qui mettront fin à l’expansion arabe par la bataille de Poitiers en 732.

Partout, dans cet immense empire arabe, la Charia est imposée par le pouvoir califal, la « loi islamique », définie par le texte coranique.

S’est ainsi constituée l’Oumma, la « Communauté des Croyants », la « nation des Musulmans », dont le seul ciment est l’appartenance à l’Islam, indépendamment de toutes considérations ethniques, socio-économiques ou culturelles.

Une forme de « peuple » qui échappe à la conception westphalienne de la nation et une forme d’État, qui n’y correspond pas non plus. C’est pourquoi il est absurde de qualifier aujourd’hui l’État islamique (re)fondé par le Calife Ibrahim (alias Abou Bakr al-Baghdadi) à l’aune des critères onusiens qui définissent unilatéralement l’État, dans le cadre d’un droit international progressivement imposé au monde par les seuls Occidentaux et en grande partie par le fait de la colonisation : cette conception de l’État, « l’État-nation », n’a aucun rapport avec la conception étatique islamique, qui transcende le nationalisme pour le fondre dans l’Oumma.

« Daesh », un État islamique dans la tradition salafiste

L’État islamique d’Irak et du Levant (EEIL) et son leader, Abou Bakr al-Baghdadi, qui fut l’un des chefs de la branche d’al-Qaeda en Irak, n’ont rien d’une « organisation » ou d’un « groupe », ce à quoi la dialectique des chancelleries occidentales s’est complu à tenter de le réduire.

Ces combattants qui se sont emparé d’un vaste territoire y ont fondé un « État », au sens islamique du terme, un « État islamique », l’État islamique (EI), en procédant de la même façon que le firent jadis le Prophète Mohamed et ses compagnons, les premiers Musulmans, et en y imposant la loi coranique, de la manière la plus scrupuleuse.

L’objectif proclamé de l’EI fut la restauration du « Califat », c’est-à-dire la restauration de l’État théocratique fondé par le prophète de l’Islam, dont « l’État islamique » en tant que tel est le préalable avant la désignation d’un calife ; et c’est bel et bien ce que les djihadistes ont réalisé, en dépit de toutes les formules méprisantes qui ont été prononcées par les uns pour discréditer les combattants de l’EI (« ce n’est pas ça, l’Islam » ; « ils ne connaissent rien de l’Islam » ; « ce ne sont pas des Musulmans »), mais sans jamais entrer plus dans le fond de la question ni bien sûr s’en référer au texte coranique, ou des théories fantasmagoriques qui ont été produites par les autres pour démontrer que l’EI était une création pour qui de la CIA ou pour qui de l’Arabie saoudite, dans le but principal mais non exclusif, respectivement, de déstabiliser le régime syrien et de lutter contre l’Iran.

L’histoire de ce Califat du XXIème siècle qui s’achève désormais avec la prise de Mossoul et la chute de Raqqa ne laisse aucun doute sur la nature des intentions des combattants de l’État islamique : toute leur action a visé à rétablir un État musulman sunnite dans ses frontières historiques et d’y promouvoir l’Islam originel. Mais aussi de dépasser ces frontières, c’est-à-dire de reprendre et poursuivre, là où elle s’était autrefois arrêtée, l’œuvre du Califat ancien.

Le 29 juin 2014, ainsi, dans la mosquée al-Nouri à Mossoul, a été proclamé la restauration du Califat ; et Abou Bakr al-Bagdhadi en a été déclaré le souverain par la communauté des Musulmans qui adhéraient au Califat, sous le titre et le nom de Calife Ibrahim, successeur du Prophète Mahomet, et ce dans une implacable logique coranique.

Le nouveau Calife a tout aussi coraniquement logiquement appelé tous les Musulmans du monde à soutenir le Califat, pour qu’il retrouve ses frontières de jadis, de l’Atlantique au Golfe de Perse, et, de là, que puisse s’accomplir la sourate 9,33 du Coran : « Il est celui que J’ai envoyé avec l’autorité et la religion vraie, pour qu’elle prévale dans tout le Monde et sur toutes les autres religions. »

Le Calife a ordonné à tous les Musulmans de mettre un terme à leurs querelles nationalistes fratricides, conséquence des divisions héritées de la colonisation européenne, et de s’unir derrière lui, sans plus rechercher à imiter les Occidentaux et leurs démocraties, le principe politique démocratique étant étranger à l’État islamique voulu par Dieu et prêché par son prophète et qui est de nature théocratique.

Le Calife s’est aussi adressé aux mouvements djihadistes du monde entier : « Vos actions isolées n’ont plus aucune légitimité ; maintenant que le Califat est rétabli, c’est à lui que vous devez obéir. »

Il est intéressant de prendre conscience que l’œuvre d’Abou Bakr al-Baghdadi a dépassé le cadre d’al-Qaeda, le mouvement djihadiste le plus puissant de notre époque et dont il était lui-même issu, qui n’a jamais eu d’autre ambition que de débarrasser les État musulmans de gouvernements placés sous une influence étrangère, et non de restaurer le Califat. En cela, l’État islamique répondait également à la dimension religieuse de l’Islam, et pas seulement à son projet politique, lesquels ne sont pas dissociables, ce dont le fondateur d’al-Qaeda, Oussama Ben Laden, n’avait semble-t-il pas pris la pleine mesure. D’où l’immense succès international de l’EI, un succès jamais connu par al-Qaeda.

Sur un plan pratique, le Califat avait commencé de s’organiser en provinces, administrées par des gouverneurs ; des juges y rendaient la justice avec rigueur, en suivant les principes de la Charia, la loi coranique ; des percepteurs d’impôts et des fonctionnaires désignés par la capitale, Raqqa, faisaient respecter l’ordre et se comportaient avec intégrité, comme l’indique sans ambiguïté la majorité des témoignages des populations (lorsqu’elles sont libres de leurs propos) qui ont vécu dans l’État islamique : les territoires essentiellement sunnites qui ont constitué le Califat ne furent pas sauvagement « occupés », et une large partie de la population s’est très rapidement accommodée du changement de pouvoir lorsqu’elle s’est rendu compte que les nouvelles autorités faisaient preuve d’une probité exemplaire, préférant en effet la nouvelle administration islamique à la présence, côté irakien, de l’armée irakienne, surtout composée de Chiites, aux vexations quotidiennes qui en résultait et aux fonctionnaires corrompus, dépêchés par Bagdad et qui majoraient leur salaire en rackettant les commerçants, ou, côté syrien, aux affidés du parti au pouvoir à Damas, qui ne se comportaient pas autrement. Par ailleurs, dans les villes les plus éloignées du front, la vie suivait un cours normal… Pas de pillages, pas de violence gratuite, contre la population sunnite du moins, pas d’exactions laissées à l’arbitraire des combattants de l’EI qui ne se sont pas comportés à l’image de barbares sanguinaires, le couteau entre les dents, violant les femmes et incendiant les maisons.

Les Chrétiens eux-mêmes, qui avaient craint pour leur vie et s’étaient enfui des régions annexées par le Califat, ont très vite constaté qu’ils pouvaient vivre en sécurité à l’intérieur des frontières de l’État islamique s’ils en acceptaient les lois, et notamment celle de la dhimmitude, prévue par la loi islamique et inscrite dans le Coran, à savoir, pour l’essentiel, l’octroi d’un statut de « protégés » aux « Gens du Livres », c’est-à-dire aux Juifs et aux Chrétiens, lequel est sanctionné par le paiement d’un impôt spécifique. Nombre de Chrétiens ont donc vécu dans l’État islamique sans être inquiétés ; d’autres qui avaient pris la fuite y sont retournés pour reprendre possession de leurs biens et y vaquer à leurs activités habituelles.

Il faut, par souci de clarté, tordre le coup une bonne fois pour toute au mythe médiatique des villages chrétiens massacrés et des Chrétiens crucifiés par des djihadistes ivres de sang… Les seuls agglomérations chrétiennes qui ont été attaquées sont celles qui avaient pris les armes contre l’EI ; et aucun Chrétien n’a été crucifié : les cas de crucifixion connus dans l’EI ont tous concerné des Musulmans qui avaient gravement enfreint la loi coranique, parmi lesquels des combattants de l’EI qui s’étaient mal conduits.

Ainsi, il reviendra aux historiens de revenir sur l’image que, en ces temps de guerre, le courant médiatique dominant a donnée de ce Califat contemporain, et certainement auront-ils un immense travail à accomplir pour faire émerger la réalité des faits aujourd’hui enfouie sous une épaisse couche de propagande.

Opposera-t-on à ce constat les faits de violence sur les Yézidis, peuple devenu tristement célèbre car durement persécuté par les djihadistes de l’EI et dont les femmes furent réduites à l’esclavage ? Le fait est que le Yézidisme n’est pas protégé par l’Islam et que le Coran admet l’esclavage comme une institution légale, et qu’un Musulman n’a pas le droit d’interdire ce que Dieu, législateur suprême, a autorisé par sa parole… Logique implacable de l’Islam politique.

Certes, des actes de terreur, voire de vengeance ont été commis à l’encontre de l’ennemi, dont les images insoutenables ont abondamment choqué la morale droit-de-l’hommienne. Des images qui furent diffusées par les sites de propagande de l’EI eux-mêmes, comme une stratégie de guerre psychologique dont le dessein évident a été d’effrayer les adversaire de leur cause (une politique qui a porté ses fruits, comme lors de la prise de Mossoul, lorsque 800 djihadistes ont mis en déroute les 65.000 hommes des forces irakiennes et kurdes qui se sont débandés en quelques heures).

« Et préparez contre eux tout ce que vous pouvez comme force et comme cavalerie équipée, afin d’effrayer l’ennemi d’Allah et le vôtre… », dit le saint-Coran ; à la lettre du Coran et des Hadiths, les combattants du Califat n’ont pas agi autrement que ceux qui décapitèrent les centaines de garçons et d’hommes des Banu Qorayza en 627, ils ont imité leurs « pieux ancêtres » du VIIème siècle.

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L’Islam est légaliste et procédurier, et totalitaire ; son texte fondateur, les nombreuses contraintes et règles qu’il édicte et la précision avec laquelle il structure la société tout comme il organise la vie privée des individus ne laissent pas de place au doute en la matière.

Toutefois, un Islam « modéré » est apparu au cours du temps, aujourd’hui promu par la majorité des Musulmans qui s’en accommodent, parce que les Musulmans s’accommodent de la modernité en toutes choses, une modernité sociale, humaniste, sociétale, droit-de-l’hommienne et qui ne correspond plus nullement à l’Islam originel, produit culturel et politique du contexte belliqueux et brutal des tribus bédouines du désert arabique du VIIème siècle.

Les reproches que les Musulmans « modérés » adressent aux Salafistes contemporains, partisans du djihad armé et qui usent de la violence comme moyen de défense mais aussi de promotion de l’Islam, ne peuvent donc se justifier qu’en recourant aux préceptes de cet « Islam moderne », un « Islam » édulcoré, revu et corrigé à la lumière de préceptes étrangers voire contraires à la révélation reçue par le Prophète Mohamed, un « Islam » dépouillé de sa dimension originellement éminemment politique et offensive, agressive, donc aux valeurs nouvelles d’un « Islam » devenu incomplet et qui renonce à une part importante de la prophétie, du texte coranique, et ce par l’exercice abusif d’une interprétation souvent fondée sur des postulats qui ne sont énoncés ni dans le Coran, ni par les premiers Musulmans et sont donc absents des Hadiths, mais procèdent simplement des principes légaux et sociétaux émanant de la culture sociopolitique occidentale, inconnue de l’Islam bédouin des origines.

En d’autres termes, l’Islam du Prophète Mohamed n’a jamais déconsidéré la violence et la guerre comme moyens de promouvoir la religion et, par ce biais, d’accomplir le programme politique inscrit dans le Coran.

La question est donc : l’Islam, amputé de sa dimension politique par le renoncement au Califat est-il encore l’Islam ou bien le monde islamique, dans sa grande majorité, est il passé à « autre chose » ?

Au point de dénoncer désormais les derniers Musulmans encore adeptes du projet politique coranique…

 

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Pierre Piccinin da Prata

Historian and Political Scientist - Chief Editor / Rédacteur en Chef

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