PALESTINE – La paix des braves, du plus fou à l’éthique

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C’est bien la santé qui fait la vraie folie…

On le sait, toute guerre prend forcément fin. Celle se prétendant juste ou justifiée se vérifie alors, à la manière dont elle se termine : par la fin de ses causes et motivations ou une faim restée intacte pour d’inévitables suites.

C’est la bravoure des vainqueurs qui fait la différence. Muant en fortitude d’âme, elle arrive à octroyer aux vaincus la qualité de braves aussi, acquise à s’être confrontés aux braves vainqueurs ; leur reconnaître cette qualité, c’est en faire des partenaires dignes d’un accord franc, base d’une paix durable.

Aussi, la bravoure n’est que fortitude d’âme faisant de la défaite une victoire et de la victoire une alliance.

Bravoure et fortitude

C’est une telle fortitude qui fonde ou non une paix honnête, se voulant et devant être donc durable, permettant de distinguer le bon choix à faire entre le traditionnel « malheur aux vaincus » et leur assimilation éthique aux braves vainqueurs, malgré la défaite.

Seule une paix des braves est en effet de nature à pérenniser la fin d’une guerre, le « malheur au vaincu » étant toujours gros de guerres futures, une faim belliqueuse insatiable.

Nous le vérifions aujourd’hui en Palestine où l’on a affaire à une injustice flagrante voulant qu’une partie forte de celles qui sont en guerre abuse de sa force en violation non seulement de la norme légale internationale, mais aussi et surtout de l’éthique.

Pourtant, cette dernière, eus égard à son histoire propre, devrait être un impératif catégorique pour la partie forte, bizarrement oublieuse de ses valeurs, et de la mythologie même de son État.

Cela n’a rien ni de brave ni de force morale, même si en face la partie faible n’aide en rien à une issue de bravoure du fait de ses contradictions et turpitudes qui sont attisées et même entretenues par la plus forte des deux au lieu d’être apaisées.

Or, il revient toujours au plus sage de donner l’exemple, sinon la loi du plus fort mue immanquablement en la loi du plus fou.

Loi du plus fort

Israël veut impose sa loi de partie la plus forte, quitte à veiller à nourrir ses propres turpitudes en se sustentant de celles de ses adversaires.

Car elles ne manquent pas chez ces derniers, comme cette tare épistémologique consistant à user non pas du qualificatif d’État pour désigner Israël, mais d’entité, alors qu’une telle désignation serait bien davantage applicable aux États arabes bien plus qu’à leur adversaire aux fondements étatiques autrement plus solides.

Comme aussi cette tendance illogique à réduire Israël à une idéologie, le sionisme, alors que les Palestiniens ne relèvent pas moins d’idéologie nationale aussi essentialiste et exclusiviste, sinon pire.

Toutefois, fort de son droit à l’existence, Israël n’en abuse pas moins en niant l’existence de son frère jumeau monozygote, né avec lui de par son acte même de naissance que fut le partage de 1947.

Il ne veut plus d’une telle légalité internationale, usant de sa force pour lui préférer l’état de fait d’une occupation illégale, source d’injustices avérées et d’exactions sans fin en faisant du sensé non seulement le plus fort, mais aussi le plus fou. Or, c’est bien plus grave que chez ses adversaires, plus fous que les fous ; car c’est bien la santé qui fait la vraie folie.

Loi du plus fou

En bafouant le droit international du partage, légalité incontournable, Israël participe activement et pour une grande part de l’état de déréliction actuel de l’éthique dans le monde.

Car le déni du droit avéré d’un peuple autorise toutes les dérives, même à tempérament, surtout les plus fous, la mémoire de l’abject étant phénoménale.

Or, lui qui a érigé en modèle la notion et catégorie du juste, il ne s’aligne pas moins sur le comportement des injustes pour pratiquer sa loi du plus fort, ce qui la fait devenir immanquablement celle du plus fou.

Car il ne fait pas de doute, même pour le premier honnête venu parmi les hommes, qu’Israël n’a aucune envie de réaliser la paix avec les Arabes n’ayant nulle confiance en eux. Pourtant, susciter la confiance, y travailler, c’est la première condition pour réaliser la paix… si on la désire vraiment.

Aujourd’hui, plus que jamais, il importe d’oser ce mouvement de cœur et de raison afin de mériter d’abord et d’obtenir ensuite une paix que le droit et l’éthique imposent désormais au plus fort se devant d’être le plus sage et non plus guère le plus fou.

Loi du plus éthique

Quitte à paraître vieux jeu, je dirais même qu’il n’est plus désormais que l’éthique en mesure de permettre la sortie de l’impasse actuelle où se retrouve le monde, dénouant son nœud gordien qu’est le conflit de Palestine.

Une politique éthique (poléthique) est impérative. C’est elle qui manifestera la fortitude d’âme du plus fort du moment et sans laquelle la bravoure n’est que force, versant bien vite en pure folie manquant de la sagesse brave qui ennoblit la force brute.

En l’occurrence, elle ne peut qu’avoir pour axe la légalité internationale de 1947 ; ce qui suppose, bien évidemment, la reconnaissance d’Israël par les Arabes. Or, cela a été fait par les premiers concernés du conflit, les Palestiniens, avec les résultats que l’on sait.

Aussi, tout en insistant sur le devoir des États arabes de faire impérativement le saut qualitatif nécessaire de la normalisation avec Israël, il est tout aussi impératif que ce dernier fasse l’effort simultané sinon préalable de l’engagement à revenir à ce que prévoit son acte même de naissance.

Il est temps d’en finir avec l’injustice honteuse des réfugiés palestiniens qui gardent leur droit absolu de quitter les campements de la honte pour revenir enfin en leur pays. Il est temps que le droit dont tout un chacun se réclame soit respecté et appliqué. Et il est bien connu.

Et pour oser manifester la confiance la plus forte en l’avenir, pourquoi donc ne pas oser cette fortitude d’âme du juste en retenant la formule de l’État fédéral puisque l’objectif ultime d’une paix est dans les retrouvailles des enfants d’Abraham avec ce qui les unit, au-delà de ce qui les a désunis.

Or, il est tant d’affinités entre Arabes et Israéliens, entre Juifs et Musulmans (et Chrétiens de Bethléem), et qui sont bien plus nombreux que ce qui a existé entre l’État juif d’Israël et l’Occident post-chrétien.

Osera-t-on donc ne pas insulter l’avenir pour finir par se montrer juste en l’étant au moins de voix, montrant une justesse de la voie en un monde de trop d’injustices et de turpitudes partagées ?

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Farhat Othman

Ancien diplomate - Juriste et Politologue - Chercheur en Sociologie (Tunis)

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