ISLAM – Soufisme – Entretien (4/5) : «L’Islam est une spiritualité laïque»

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Dans ses éditions précédentes, Le Courrier du Maghreb et de l’Orient a donné la parole aux islamistes fondamentalistes, aux Salafistes, partisans d’une lecture littérale du Coran et d’un « Islam authentique ».

Saïd DJABELKHIR[103509]Ces différents entretiens ont suscité de très nombreuses réactions au sein de la communauté des Musulmans « modérés », et dans le milieu du Soufisme notamment, très opposé aux thèses salafistes et à leur lecture d’un Coran qui, notamment, autoriserait la violence (le djihad armé) comme moyen licite de promouvoir et de répandre l’Islam.

Pour en débattre, Pierre Piccinin da Prata a engagé le dialogue avec Saïd Djabelkhir, journaliste algérien, chercheur en sciences islamiques et spécialiste du Soufisme.

Quatrième partie de cet entretien, dont le premier volet a été publié dans l’édition de juillet-août 2016 du Courrier du Maghreb et de l’Orient.

PPdP – Vous avez affirmé que toutes les religions sont pacifiques. Je connais nombre de religions qui n’ont rien de pacifique ; certaines sont même éminemment guerrières. Les exemples ne manquent pas dans l’histoire de l’humanité… Si le Christianisme appelle en effet à la paix et au sacrifice de soi pour la foi, à perdre sa vie, en refusant de combattre, pour la sauver dans l’au-delà, c’est une rareté en la matière et, en revanche, le Judaïsme, par exemple, est sans pitié envers les peuples qui se trouvent sur son chemin, et l’Ancien Testament pullule d’occurrences où Dieu a ordonné la destruction de populations entières, passées par les armes.

Quant à l’Islam, le Prophète lui-même et les premiers Califes immédiatement après lui ont fait la guerre et conquis des peuples, dans le but déclaré de répandre l’Islam. Et le Coran est ponctué de versets martiaux (je pourrais ainsi en mentionner tout autant que ceux que vous avez cités relatifs à la paix). Certes, l’argument souvent avancé par les Musulmans « modérés » qui s’opposent à la pratique du djihad armé, c’est qu’il ne s’agissait pas de guerre de conquêtes, mais de guerre défensives… Mais soyons sérieux : en un peu plus d’un siècle seulement, entre 622 et 732, les Musulmans avaient déjà conquis un empire qui s’étendait de la péninsule arabique à la péninsule ibérique et avaient même tenté d’envahir le royaume des Francs… Faire la guerre pour promouvoir l’Islam ne semblait donc pas être un problème pour le Prophète Mohamed et ses successeurs, les Commandeurs des Croyants (califes « bien guidés », comme vous l’avez précisé), ni pour les oulémas de l’époque qui justifiaient toutes ces démonstrations guerrières.

N’est-il pas dès lors un peu étrange et audacieux d’affirmer sans autre forme de procès que, « dans le contexte actuel », tous les versets qui appellent à la guerre doivent être considérés comme obsolètes, tandis que ceux qui appellent à la paix sont parfaitement d’actualité ?

DJABELKHIRTous les textes religieux qui appellent à la guerre, à l’hégémonie, à l’expansionnisme et à l’anéantissement d’autrui sont en général des textes fabriqués de toutes pièces par les rabbins, juristes et autres oulémas dont les intérêts se croisent avec ceux des pouvoirs en place.

Toutes les guerres ordonnées ou menées par le Prophète Mohamed étaient des guerres défensives. Je vous défie de trouver un seul exemple d’une guerre offensive qui a été ordonnée ou menée par Mohamed.

Le Prophète n’est pas responsable du détournement de l’Islam après son décès, de même qu’il n’est pas responsable des politiques expansionnistes hégémoniques menées par les « califes » qu’ils soient « bien guidés » ou pas.

L’Islam, ou toute autre religion, n’a nullement besoin de guerre pour être propagé, si besoin est qu’il soit propagé. La religion, comme toute autre idée, a besoin de sagesse, d’arguments solides et d’un travail de réflexion et de communication qui soit fait par des sages et des philosophes, pas par des guerriers.

Les empires coloniaux ont pu exploiter les peuples opprimés, mais n’ont jamais pu planter leurs idéologies ou leurs religions dans les colonies. C’est la raison pour laquelle l’Islam officiel, ou l’Islam des « califes » et des foukahas, les juristes musulmans, n’a jamais été pris au sérieux par les peuples non arabes. En revanche l’Islam populaire soufi trouve une place prépondérante chez ces peuples.

Il en est de même pour la christianisation de l’Afrique du nord par les Romains. L’histoire nous dit que les Africains ont rejeté le christianisme officiel de Rome et ont adhéré à un christianisme plus simple, plus populaire et plus proche des classes modestes et pauvres : le Donatisme, qui était avec ces peuples, contre l’hégémonisme romain.

Encore une fois le Prophète Mohamed a prôné un Islam spirituel laïc qui n’a rien à voir avec le projet politique militariste et hégémonique qui a été créé après lui et malheureusement en son nom. Il en découle que nous ne pouvons pas faire au Prophète le procès des guerres injustes qui ont été menées par les « califes » après lui et en son nom.

Ces « califes » ont instrumentalisé des textes coraniques dont la validité jurisprudentielle était limitée par le contexte dans lequel ont évolué la mission du Prophète et le Coran. Tous les juristes musulmans et islamologues du monde entier savent qu’il existe des textes coraniques dont le contenu et l’application ne concernent que la seule personne du Prophète Mohamed de façon exclusive, et que par conséquent ces textes n’ont aucune valeur jurisprudentielle après lui.

Parmi ces textes, ceux qui ont été abusivement utilisés par les « califes » et les foukahas pour justifier le projet politique hégémonique qu’ils ont fabriqué de toutes pièces et auquel ils ont donné le titre religieux de « Djihad » et de « Feth ».

PPdP – Je ne peux pas être d’accord avec ce que vous affirmez : d’une part, le Prophète lui-même a eu une attitude de conquérant (je reviendrai plus tard sur cette question et relèverai votre défi) ; d’autre part, l’Ancien Testament regorge de passages belliqueux et d’ordres divins donnés à travers les prophètes de faire la guerre et de massacrer autrui. Il ne s’agit pas de « textes fabriqués de toutes pièces » par des rabbins. Il en va de même du Coran dont les nombreux versets belliqueux n’ont pas non plus été « fabriqués », sinon par Dieu lui-même…

Le Coran est d’ailleurs très explicite et prévient l’attitude de ceux qui voudraient se soustraire à leurs obligations : « Le combat vous est prescrit, mais cela vous est désagréable. Il se peut que vous ayez de l’aversion pour ce qui est bon pour vous ; et il se peut que vous ayez de l’attirance pour ce qui est mauvais pour vous. Dieu sait et vous ne savez pas. » (Coran, II, 216)

Comment interpréter ceci en concluant que le djihad armé est mauvais ou obsolète, sans être compté parmi ceux qui « ne savent pas », « ont de l’aversion pour ce qui est bon pour eux » et, en fin de compte, croient savoir tout mieux que Dieu ?

DJABELKHIRLe Prophète Mohamed n’a fait que défendre sa base, Médine, pour assurer la sécurité de la mission dont il a été chargé, sans plus. Si vous prétendez qu’il a eu une attitude de conquérant, je vous défie toujours de me trouver un seul exemple qui le prouve.

Je n’ai pas l’ambition de défendre l’Ancien Testament, mais les spécialistes de ce livre, et même ceux qui y croient, vous diront qu’il n’y a dans ce texte que les fameux « commandements » donnés à Moïse, qui représentent « la parole de Dieu ». Le reste, ce ne sont que des textes qui ont été écrits par certains rabbins plusieurs, siècles après Moïse. De même que beaucoup de textes ont été abrogés de l’Ancien Testament, c’est ce qu’on appelle les « Apocryphes ».

Donc, nous sommes très loin de pouvoir dire que l’intégralité de ce texte représente « la parole de Dieu ». Cela dit, les religions n’ont jamais été un phénomène figé, bien au contraire ; les textes dits « sacrés » et les interprétations de ces textes ont toujours changé et évolué à travers l’histoire.

Le verset que vous avez cité (Coran, II, 216) n’est pas le seul à dire ce que vous voulez prouver, mais il se trouve que ces textes sont temporels, c’est-à-dire que leur validité jurisprudentielle est limitée dans l’espace et le temps. Ce sont des textes qui ne concernent que l’époque du Prophète pour ce qui est d’assurer la sécurité de la mission dont il a été chargé, à savoir communiquer le « message » de Dieu. Et là je dois dire qu’il faut vraiment être spécialiste de la langue et de la littérature arabes, pour être en mesure de comprendre certains « visages » du texte coranique, et surtout toutes les métaphores et les subtilités de ce texte.

Votre problème c’est que vous lisez les traductions, qui ne sont en fin de compte que des interprétations. C’est-à-dire que le traducteur vous traduit ce que lui a compris, et pas forcément ce que le texte lui-même dit, si bien qu’on se retrouve avec des traductions contradictoires, tout comme on se retrouve avec des interprétations contradictoires et ce depuis le premier siècle de l’Islam.

Ce qui prouve bien ce que j’ai déjà avancé : le Coran est un texte muet qui ne dit rien de lui-même, et ce sont les interprétations qui le font « parler ». Nous ne prétendons pas « connaître mieux que Dieu », mais il se trouve que son livre (le Coran) ne dit rien si nous n’interprétons pas ses versets.

Finalement le Coran ne « parle » pas de lui-même, il parle à travers nous. Et pour être en mesure d’en dire plus à ce sujet, il me faut un interlocuteur qui comprenne à fond la langue arabe qui se trouve être la langue dans laquelle le Coran a été « révélé » ou du moins transcrit. Un orientaliste aurait bien compris ce que j’avance, quand bien même il n’aurait pas été d’accord avec mon point de vue.

Votre problème c’est aussi que vous lisez le Coran en dehors du contexte historique dans lequel il a vu le jour. Vous ne pouvez que vous perdre dans les contradictions du texte avec les réalités d’aujourd’hui, sauf pour les textes qui n’ont pas un caractère juridique ou jurisprudentiel. 

Encore une fois, les textes du combat ou « djihad » ou « guerre sainte » ont un caractère purement défensif, et ne concernent, à titre religieux, que l’époque du Prophète et la sécurité de la mission dont il a été chargé.

PPdP – Je n’épiloguerai pas sur les prophètes de l’Ancien Testament et les ordres meurtriers que Dieu a transmis par leur intermédiaire ; même s’il y aurait beaucoup à dire, comme par exemple de la situation dans laquelle s’est retrouvé le roi Saül après avoir refusé de massacrer les femmes, enfants et vieillards amalécites, comme Dieu le lui avait ordonné…

Restons donc dans le cadre de l’Islam : systématiquement, dès qu’un verset gêne ou contredit votre vision de l’Islam, vous le balayez en affirmant qu’il est obsolète… De même, la question de la « traduction »… Le message de Dieu n’existerait donc que pour les personnes maîtrisant parfaitement les circonvolutions de la langue arabe ? Et encore, vu tous les sens possibles, selon vous… Il existe maintes traductions qui, toutes, vont dans le même sens, et sont approuvées par les plus hautes autorités islamiques, comme al-Azhar, pour ne mentionner que celle-là.

Mais, au-delà de ceci, puisque le texte ne parle qu’à travers les interprétations qu’on en fait, rien ne vous permet de soutenir que l’interprétation soufie a plus de valeur que celle des Salafistes. Comme vous l’avez dit, le texte, s’il ne parle pas par lui-même, permet une interprétation et son contraire… C’est le relativisme absolu, et tout est permis.

Cela, étant, plus concrètement : si le djihad armé n’a ainsi plus raison d’être, pourquoi, jamais, aucune autorité religieuse reconnue ne l’a-t-il clairement condamné comme interdit (haram) ?

DJABELKHIRIl ne s’agit pas de « balayer les textes qui ne me plaisent pas ». Il s’agit plutôt de la temporalité et de l’historicité du Coran qui nous oblige à suspendre la validité juridique des textes qui ne sont plus d’actualité. Le Coran lui-même a ordonné l’abrogation de dizaines de textes en l’espace de seulement vingt-trois ans.

Maintenant, s’agissant de la langue arabe, chaque texte a une langue dans laquelle il a été rédigé avant d’être traduit dans d’autres langues. Aucune des langues vivantes qui sont d’usage aujourd’hui ne représente la langue dans laquelle ont été rédigés la première Torah et le premier Évangile. Et si ça se trouve, personne ne parle aujourd’hui cette langue. Je vous pose donc la question suivante : quand vous lisez la Bible (ou n’importe quel autre livre) dans sa langue originale, allez-vous comprendre exactement la même chose que quand vous lisez les traductions ? C’est la même chose avec le Coran. Déjà en langue arabe il y a une infinité de lectures et d’interprétations pour chaque verset, alors qu’en sera-t-il avec les traductions, sachant que chaque traduction est un effort d’interprétation ? C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, les juristes (oulémas) musulmans sont unanimes à dire que l’une des conditions sine qua non de l’idjtihad, c’est la connaissance parfaite de la langue arabe et de sa littérature. Il faut vous dire que même les plus grands orientalistes ne sont pas toujours parfaits dans ce domaine. L’arabe se trouve être la langue d’origine d’un livre « sacré » pour plus d’un milliard et demi de personnes. Je pense que c’est une raison suffisante pour la prendre au sérieux…

Une traduction du Coran approuvée par les hautes instances religieuses est une traduction comme les autres, qui est utilisable par le grand public dans le monde entier. Mais moi je vous parle en tant que spécialiste de l’Islam. C’est-à-dire que je sais très bien faire la comparaison entre les différentes traductions et le texte original. Je peux vous donner des exemples où les traductions sont parfois contradictoires. Je ne prétends pas qu’il n’existe pas de traduction valable. Je dis seulement que les traductions, même validées par les plus hautes instances religieuses, ne sont au final que des interprétations parmi d’autres. En quelque sorte, le traducteur est un autre exégète du Coran, sans plus.

À titre d’exemple, le mot «hokm/hakama» cité dans plusieurs versets : en arabe, ce mot peut vouloir dire « juger » ou « donner la norme » ou « trancher » ou encore « décider », c’est selon les contextes. Mais curieusement, la traduction officielle saoudienne (donc wahhabite salafiste) du Coran le traduit en « pouvoir ». Si bien qu’ils ont traduit le verset XII, 40 comme suit : « Le pouvoir n’appartient qu’à Allah. ». Ça, pour moi, c’est un double mensonge : d’abord envers la langue arabe qui ne le permet pas, ensuite envers le Coran et Dieu.

Je n’ai jamais dit que l’interprétation soufie « a plus de valeur » que celle des salafistes. Ce que je dis, c’est que personne n’a le droit d’imposer sa lecture du Coran comme étant une lecture « absolue » pour dire que toutes les autres sont « fausses ». Il se trouve que les salafistes sont les seuls à imposer leurs lectures et ce depuis le premier siècle de l’Islam. Toutes les interprétations du texte coranique se valent, pour peu que personne n’impose la sienne.

Concernant le « djihad », je dois d’abord dire qu’il est impropre de traduire le mot « djihad » par « guerre sainte ». Mais l’usage qu’en ont fait les premiers islamologues et orientalistes, ainsi que la pratique que recouvre ce mot sur tous les fronts de guérilla dans le monde musulman, ont fait pencher son sens premier qui est « effort » vers son sens second, « guerre » ou « guerre religieuse ». D’ailleurs, des Hadits authentiques font dire au Prophète à son retour d’un combat : nous sommes revenus du « plus petit djihad » vers « le plus grand djihad » qui n’est autre que celui de l’approfondissement de notre foi intérieure.

S’il est vrai qu’aucune haute instance islamique n’a interdit la guerre dans l’absolu pour les Musulmans, il est vrai aussi qu’aujourd’hui, plusieurs érudits et islamologues musulmans appellent à interdire la guerre, non seulement pour les Musulmans, mais pour le monde entier, à condition qu’elle ne soit pas défensive, car il est bien évident que les peuples Musulmans se réservent le droit de se défendre contre toute attaque, comme tous les autres peuples.

Il en découle que le « djihad » défensif ne peut pas être interdit, du moins dans le contexte actuel. 

PPdP – Bon… À partir du moment où l’arabe du VIIème siècle n’est plus parlé par personne, autant dire, à vous suivre, que le message de Dieu est définitivement perdu… À quoi bon, dès lors, s’évertuer à essayer de comprendre quelque chose au Coran ? Du moins si l’on vous suit… Par ailleurs, je retiens que la vision salafiste est une lecture valable…

Je reviens au djihad…

« Dans le contexte actuel », des Musulmans ont recréé un État islamique dans le nord de la péninsule arabique, en Syrie et en Irak. Ils ont réussi à briser les frontières imposées aux Arabes par la colonisation et les célèbres Accords Sykes-Picot. Ils se sont développés aussi en Égypte et en Libye et font la nique –si vous me passez l’expression- à l’ordre mondial établi par les anciennes puissances coloniales. Mais cet État islamique est attaqué par les puissances occidentales et des dictatures laïques, comme celle de Bashar al-Assad ou d’al-Sissi, et l’Iran, puissance hérétique aux yeux des Sunnites… Puisque le Coran permet le djihad armé défensif, n’est-il pas du devoir de tous les Musulmans de se porter au secours de cet État islamique ?

DJABELKHIRPour moi, il n’existe pas « d’État islamique », car l’Islam, comme je l’ai déjà précisé, est une spiritualité laïque.

Le Prophète a communiqué un « message », spirituel à la base, rien de plus. Ce sont les Musulmans (essentiellement les Arabes) après le décès du Prophète, qui ont créé un État religieux (le Califat), pour des fins que j’ai déjà détaillées.

Les Musulmans ont le droit de construire des États, mais pas au nom de la religion. Ils ont le droit (comme tous les autres peuples de la planète) de construire des États laïcs qui respectent la diversité religieuse ainsi que toutes les libertés individuelles et collectives. Et quand je dis « État laïc » cela veut dire séparer le politique du religieux, laisser place au pluralisme et à une éducation qui respecte l’altérité confessionnelle, l’ouverture sur autrui et sur le monde, l’humanisme, la valorisation des notions d’égalité entre les êtres, par-delà le genre et l’appartenance confessionnelle, le respect de la liberté de conscience. 

Daech ou ce qu’on appelle « l’État Islamique en Irak et au Levant » n’est pour moi qu’un outil qui sert des intérêts géopolitiques et géostratégiques de certains clans ou puissances ou cercles fermés.

C’est le cas aussi de tous les mouvements et groupes islamistes/intégristes contemporains, à commencer par le mouvement des Frères Musulmans.

Il est vrai que ce sont des Musulmans qui sont à l’intérieur de Daech. Il est vrai aussi que ce sont des textes et des interprétations et fetwas islamiques salafistes et wahhabites qui animent Daech. Mais nous savons tous aussi que Daech n’agit pas seul. Nous savons tous qu’il est financé par des forces obscurantistes et réactionnaires (Arabie Saoudite, Qatar, Turquie). Des forces qui lui facilitent la vente de « son » pétrole et la circulation de son argent à travers des banques internationales. Les forces qui financent Daech ont, elles aussi, des alliances très anciennes et des intérêts géopolitiques et géostratégiques à préserver et à défendre. Tout cela, nous pouvons le comprendre, mais nous ne pouvons pas l’accepter.

Alors, de grâce, ne venez pas me parler de Daech comme s’il était une victime encerclée par les bourreaux du monde entier. Daech n’est rien de plus qu’un monstre musulman qui devrait être éradiqué jusqu’au dernier de ses éléments.

Je dois dire aussi la chose suivante : à part quelques commanditaires bien avertis, bien formés et bien entraînés, les éléments de Daech ne sont que des zombies, des monstres, des bouchers qui ne savent que tuer, égorger, lapider et décapiter. Ce sont des esprits faibles et des abrutis. Je ne comprends pas comment vous pouvez croire que ces gens-là puissent construire et gérer un État ? Des gens qui ne savent même pas respecter une idée, une religion ou tout simplement une vie humaine. C’est la raison pour laquelle, tous les peuples du monde ont le devoir d’anéantir ce monstre, à commencer par les peuples arabes et musulmans.

Cela dit, je ne crois pas au panarabisme, et encore moins au panislamisme. Les Musulmans à travers le monde sont d’histoires et de cultures différentes, donc d’identités différentes. Les Arabes et les Musulmans peuvent coopérer dans le cadre de leurs États, mais un État arabe ou musulman qui les unirait, ce ne peut être qu’une utopie qui ne pourra jamais être viable dans la réalité. D’ailleurs l’État arabe (le Califat), créé juste après le décès du Prophète Mohamed, s’est divisé sur lui-même, et on a vu émerger plusieurs « califats » ennemis, en Orient, au Maghreb, en Espagne (Andalousie) et en Asie… Aucune union entre deux pays arabes ou musulmans n’a réussi, à commencer par la République arabe unie, l’union très temporaire entre l’Égypte et la Syrie, en 1958.

PPdP – Donc, selon vous, le Calife Ibrahim n’est pas calife ; il n’est pas non plus le Mahdi, « celui que l’on attend », l’envoyé de Dieu… Mais comment un homme, un Musulman, peut-il savoir qui est ou qui n’est pas le Mahdi, « le choisi de Dieu » ?

DJABELKHIRIl n’y a pas de « Calife » ni de « Mahdi » en Islam. Le Coran n’a nommé aucun « Calife », ni le Prophète Mohamed non plus.

Il y a des Hadits authentiques pour certains rapporteurs de la Sounna, qui font dire au Prophète que son successeur devait être son cousin, Ali Ibn Abi Talib. Ces Hadits ont été acceptés par les Musulmans chiites, mais ont été rejetés par la quasi-totalité des Musulmans sunnites, qui sont très fortement majoritaires dans la « planète » de l’Islam et qui ont toujours prêté allégeance aux « Califes » qui se sont autoproclamés « successeurs » du Prophète Mohamed.

Le Coran ne parle pas de « Mahdi ». Il existe des Hadits qui en parlent, mais ces Hadits ne peuvent pas avoir la valeur de « doctrine » en Islam, du moins pour les Musulmans sunnites. Les Musulmans chiites, par contre, croient au « Mahdi » dur comme fer. Pour eux, il est le « douzième Imam », qui est né le 29 juillet 869 et qui, pour eux, est toujours vivant mais « caché ». Ils affirment qu’il se montrera un jour pour guider les croyants et faire régner la justice dans le monde. Pour les Musulmans sunnites, et même pour beaucoup de Musulmans chiites modernes, la doctrine du « Mahdi » ou du « sauveur envoyé par Dieu » n’est qu’un opium destiné à endormir les Musulmans opprimés et à les empêcher de résister à l’injustice perpétrée à travers l’histoire par les pouvoirs en place. En effet, beaucoup de Musulmans se disent : puisqu’il y a un sauveur, le « Mahdi », qui va mener la guerre contre les despotes pour faire régner la justice, alors croisons les bras et attendons-le.

Mais le devoir de tout Musulman n’est pas « d’attendre » la venue de qui que ce soit, le « Mahdi » ou un autre. Le devoir de tout Musulman, c’est d’être un bon citoyen, pour ses compatriotes et pour le reste de l’humanité. Donc à part le Prophète Mohamed, Dieu n’a choisi personne, ni « Calife », ni « Mahdi », ni autre.

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Pierre Piccinin da Prata

Historian and Political Scientist - Chief Editor / Rédacteur en Chef

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