ÉTAT ISLAMIQUE – Entretien exceptionnel (2/3) – « Pour Dieu et pour Raqqa ! »

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Le politiquement correct qui prévaut dans le courant médiatique dominant n’a laissé que peu d’espace d’expression (voire aucun) aux partisans de l’État islamique (EI), auquel l’Occident a déclaré la guerre en août 2014.

La rédaction du Courrier du Maghreb et de l’Orient a toujours estimé qu’il était non seulement utile et nécessaire à l’information de ses lecteurs, mais également déontologiquement impératif de donner la parole aux Salafistes adeptes du djihad armé et supporteurs de l’EI. Notre reporter Pierre Piccinin da Prata avait à l’époque rencontré des partisans de la cause djihadiste, à Paris et à Bruxelles, ainsi qu’un imam d’obédience salafiste, lesquels avaient eu l’opportunité d’exprimer leur point de vue sur les événements et d’exposer librement leurs motivations.

À l’heure où les derniers bastions du Califat sont reconquis en Syrie et en Irak, le CMO a donc choisi de diffuser l’interview d’un combattant de l’État islamique, contacté par notre envoyé spécial et rencontré dans la bourgade d’Hawi al-Hawa, dans la région de Raqqa.

Parti d’Europe pour la Syrie à la fin de l’année 2012, Ismail a d’abord combattu dans les rangs de Jabhet al-Nosra (la branche syrienne d’al-Qaeda), avant de rejoindre l’État islamique au printemps 2014.

Cet entretien, réalisé en août 2017, a été rendu possible grâce à la coopération de proches du djihadiste, lesquels ont régulièrement communiqué avec ce dernier. Pour des raisons évidentes de protection des sources, les noms des personnes impliquées ne sont pas révélés dans l’interview ; les détails et les lieux relatifs à la préparation de cet entretien ne seront pas non plus mentionnés.

La rédaction tient à préciser que son envoyé spécial n’a pas pénétré le territoire encore sous le contrôle de l’EI. L’extrême porosité de la ligne de front a en revanche permis à Ismail de le rejoindre à Hawi al-Hawa, zone déjà libérée par les Forces démocratiques syriennes (FDS – majoritairement kurdes).

La première partie de cet entretien exceptionnel a été publiée dans l’édition de juillet-août 2017 du Courrier du Maghreb et de l’Orient ; la troisième et dernière partie sera publiée dans l’édition de novembre-décembre.

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Pierre PICCININ da PRATA – Comment as-tu été mis en contact avec les gens que –je suppose- il fallait bien connaître pour d’abord se rendre sur place et ensuite être certain de pouvoir intégrer une structure combattante ?

Ismail – Je n’ai pas « été mis en contact »… Ce qui sous-entend que j’aurais été « recruté »… Je veux dire : je n’ai pas été contacté… Comme je te l’ai dit, je n’ai pas été abordé à la mosquée ou recruté sur internet. La plupart du temps, ce n’est pas comme cela que ça marche. Il n’y a pas vraiment de « recruteurs »… C’est rare qu’un « recruteur » cible quelqu’un, comme ça, sans le connaître… Ça ce ne se fait pas ainsi.

Comme la plupart de mes frères, j’ai personnellement fait le choix de m’engager pour l’Islam, concrètement ; de cesser d’être hypocrite en prétendant être un musulman, mais qui n’obérait pas au Coran, à Dieu.

J’ai donc pris cette décision et, lorsque j’ai été décidé, c’est moi qui ai essayé d’entrer en contact. J’ai essayé de contacter Jabhet al-Nosra [ndlr : le Front al-Nosra, branche syrienne d’al-Qaeda], pour leur proposer mon engagement. On parlait beaucoup de ce mouvement dans les médias, et il me semblait qu’il était le plus en phase avec l’enseignement du Coran.

PPdP – Il est donc possible de contacter des groupes djihadistes depuis l’Europe ? Et peut-on également contacter le gouvernement de l’État islamique ? Comme ça ? Un de ses ministères ?

Ismail – Non, pas directement. Tu comprends bien que c’est la guerre et que les autorités supérieures du Califat sont recherchées par toutes les puissances mécréantes de la Terre.

Ça ne se passe pas exactement ainsi.

En ce qui me concerne, j’étais déjà en Syrie lorsque je me suis joint à l’armée du Califat. Comme je te l’ai dit, au départ, j’étais avec al-Nosra.

Mais, pour répondre à ta question… Le Califat dispose d’une administration secrète très efficace, qui compte de nombreux relais, en Syrie et en Irak, bien sûr ; mais aussi dans la plupart des pays musulmans, et également en Occident, en Europe, en Belgique, en France… Des réseaux bien organisés, très ramifiés, qui sont présents un peu partout.

Je suis irrité quand j’entends ces prétendus Musulmans qui dénigrent le Califat et disent dans vos médias : « Pas en mon nom ! » ; et expliquent : « Eux, ce sont des assassins, ce ne sont pas des Musulmans ! Ils n’ont rien à voir avec l’Islam ! », etc. Ce sont ceux-là, ces larves hypocrites, qui n’ont plus rien à voir avec l’Islam ! Mais ne t’y trompes pas : derrière ces hypocrites et ces apostats de fait, derrière ces pauvres types que vos médias mettent tout le temps en avant, il y a partout dans le monde des Musulmans conscients de leur appartenance à l’Oumma. Eux, ils savent que le Califat est l’expression politique de la volonté divine.

Ils sont nombreux. En Europe, ils sont des milliers au sein des communautés musulmanes, des centaines de milliers. En France, les vrais Musulmans, ceux qui savent le contenu du Coran, qui l’étudient, et qui aiment le Califat, ça représente au moins 900.000 frères et sœurs ; en Belgique, près de 200.000.

Ne crois pas que j’exagère… Tous, malheureusement, n’ont pas le courage de prendre les armes pour défendre l’Islam ; leur foi n’est pas encore assez aguerrie. Mais on peut compter sur eux, en cas de besoin. Ce sont surtout des jeunes, beaucoup dans les écoles… Les vieux, ils sont fatigués, ils n’y croient plus. Ils ont passé toute leur vie à travailler, à trimer comme des bêtes de somme pour leurs maîtres mécréants qui les ont fait venir en Europe pour faire les sales boulots. Ils sont épuisés ; et ils manquent d’instruction. Mais les plus jeunes, ils sont hyper-connectés, et ils ne s’en laissent pas compter par les journaux télévisés du soir, où on te raconte n’importe quelles conneries politiquement correctes, et tous ces mensonges sur les combattants du Califat.

Inutile d’essayer de les berner, eux. Avec internet, ils suivent ce qui se passe ici, et ils savent la vérité. On peut compter sur eux ! Je ne sais pas si tu l’as remarqué, mais, en Europe, les jeunes Musulmans sont beaucoup plus impliqués politiquement que les autres jeunes ; ils s’intéressent à ce qui se passe dans le monde, au Moyen-Orient, en Palestine… Ils s’informent, ils cherchent à comprendre… Ils sont révoltés contre les injustices et les mensonges politiques ! Pendant que les autres se gavent de jeux vidéo et d’idioties à la télévision, complètement indifférents à la réalité du monde qui les entoure.

Évidemment, nos frères sont prudents…

Ce n’est un secret pour personne en Occident que la liberté de s’exprimer n’existe que pour ceux qui sont d’accord avec ce qu’il est bienséant de dire : ne pas contredire ce que tout le monde pense, ce que les médias disent et font penser aux gens qui ne réfléchissent pas, ne s’informent pas… Ne pas contredire ce que la classe politique dit… Les « jeunes » qui partent faire le djihad pour l’Islam sont des « malades » ou des « victimes » qu’il faut « soigner »… C’est ce discours-là qui domine. Si on n’est pas aveuglément pour la démocratie et inconditionnellement pour la laïcité, on est un « radicalisé » qu’il faut « déradicaliser » ; on est un « malade mental », qu’il faut « guérir ». L’Islam tel que le pratiquait le Prophète (la paix et la bénédiction sur lui), c’est une « pathologie ». Donc, nos frères et sœurs ne s’expriment pas en public. Ce serait réellement dangereux pour eux.

Mais ces réseaux sont en attente de ceux qui veulent les rejoindre ; ils sont en éveil, ouverts et attentifs. Ce n’est pas compliqué de prendre contact…

Pour ma part, je n’ai pas cherché à contacter un groupe de combattants en en parlant à la mosquée… Là aussi, il faut être prudent ; il y a beaucoup d’indicateurs, de traîtres… Si tu commences à poser des questions, à montrer que tu t’intéresses, que tu voudrais agir… Tu risques beaucoup d’être repéré et filé… Un jour, on fera la peau à ces salauds !

Je suis entré en contact avec un groupe de frères sur Facebook, tout simplement. Mais en étant là aussi très prudent : maintenant, la police crée de faux profils qui se font passer pour des agents du Califat, et ils te piègent…

J’avais depuis un certain temps déjà des échanges avec un réseau de contacts sur Facebook et, quand j’ai décidé de suivre pleinement ma foi, j’ai tâté le terrain, pour savoir si l’un ou l’autre pouvait m’aider. J’ai tout de suite été aiguillé vers un responsable qui m’a indiqué le chemin à suivre.

PPdP – C’est aussi simple ? Aussi rapide ?

Ismail – C’est plutôt simple, du moins si tu fréquentes ces groupes depuis longtemps ; mais pas rapide, non… D’abord, le Califat –ou Jabhet al-Nosra, dans mon cas- fait une enquête sur toi… C’est logique et normal ; le Califat dispose d’un service de contre-espionnage très efficace, et il sait comment éviter de se faire infiltrer. Donc, pour commencer, plusieurs contacts te posent de nombreuses questions, sur ta foi, tes motivations…

On vérifie que tu as réellement la foi, et que tu ne t’engages pas pour de mauvaises raisons. Si tu n’as pas la foi et que tes raisons ne sont pas bonnes, quand tu arriveras sur le terrain des combats, tu seras un problème ; tu ne résisteras pas à la dureté de la vie sur le front. Tu comprends, donc, pourquoi le Califat n’a pas besoin de « paumés » en « décrochage social », de jeunes idiots qui ignorent tout de l’Islam, comme affirment vos médias ?

On vérifie aussi que tu as une bonne connaissance de l’Islam, que tu as lu le Coran et que tu sais exactement pourquoi tu veux combattre.

Après cela, on discute de tes motivations ; on sonde ton caractère. Tout le monde n’est pas apte à tenir une arme et à combattre…

Tout cela peut prendre plusieurs semaines, parfois plusieurs mois. C’est un processus.

Ensuite, quand on est sûr que tu conviendras à la mission et que tes raisons sont les bonnes, on te rencontre, pour apprendre à mieux te connaître. On prie ensemble, on parle, de beaucoup de choses, de la famille en particulier, car c’est important que chacun se détermine bien par rapport à ses sentiments, envers ses parents, ses amis… Je veux dire : s’il s’avère que la séparation sera trop difficilement surmontable, il vaut mieux renoncer pour un temps, réfléchir encore…

Bref… Si, au terme du processus, il est clair que tu as la foi et que tu es convaincu du bien-fondé de ton engagement, alors, on prépare ton départ.

PPdP – Et comment cela se passe-t-il ? Quelle est la route, jusqu’aux territoires contrôlés par le Califat ? Comment passe-t-on les frontières pour y parvenir ?

 

L’intégralité de cet article n’est actuellement pas disponible.

 

par notre envoyé spécial à Raqqa (Syrie)

 

 

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Pierre Piccinin da Prata

Historian and Political Scientist - Chief Editor / Rédacteur en Chef

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