ÉTAT ISLAMIQUE – Reportage exclusif – Enquête au cœur de l’État islamique… à Paris et Bruxelles !

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Couverture Le Pays du Mal - L'HarmattanCe reportage est le seul qui donne la parole aux supporteurs de l’État islamique et présente leurs arguments, très loin des discours simplificateurs omniprésents dans les médias qui résument le profil des « candidats au djihad » à des cas de « décrochage social » et de « jeunes endoctrinés ignorant tout de l’Islam ». La Rédaction du Courrier du Maghreb et de l’Orient a choisi de le publier à l’intention de ses lecteurs soucieux d’obtenir une information complète et équilibrée sur une réalité encore trop méconnue.

« Le Califat existe. On peut le toucher. On peut y aller, en revenir, y repartir… Mais, en fait, il est partout ! Une ‘organisation terroriste’ ? C’est absurde de refuser d’appeler une chose par son nom. Ce n’est pas avec des mots qu’on peut diminuer l’importance d’une chose. » L’État islamique (DAESH) n’est pas une fable, en effet ; et cet État d’un autre genre n’existe pas seulement en Irak et en Syrie. L’État islamique s’est également étendu à la Jordanie, au Liban, à l’Arabie saoudite… À l’Égypte, à la Libye, à la Tunisie, au Maroc… Il est présent, massivement, dans tout le Maghreb. Il l’est aussi en France, en Belgique, au Royaume-Uni, en Allemagne… Il l’est dans toute l’Europe. Rencontre avec des « citoyens » de l’État islamique, à Bruxelles et à Paris, issus des ghettos arabo-musulmans… Mais pas seulement… Avec ces Musulmans d’Occident partisans du Califat, des jeunes… Mais pas seulement. Au-delà des réflexes des journaleux « bienpensants » et des donneurs de gages ballotés par l’hystérie collective du moment, la parole est à ces « barbares », à ces « terroristes », à ces « paumés en quête d’identité » et autres « illuminés »… Qui replacent l’Occident en face de ses contradictions.

« Organisation ‘État islamique’ », « Daesh » (acronyme arabe pour « État islamique en Syrie et en Irak »), « mouvement terroriste ‘État islamique’ », autant d’appellations qui, comme des formules magiques, tentent de conjurer la renaissance d’un califat arabo-musulman au cœur islamique historique d’un Moyen-Orient en pleine recomposition, en mutation soudaine et implacable.

C’est en effet le parti du déni, celui qu’ont choisi les cercles politiques et la plupart des commentateurs et des médias occidentaux, de réduire l’État islamique (EI) à la menace « terroriste » qu’il implique, se refusant à considérer à leur réelle échelle ce phénomène politique et le danger qu’il représente, mais aussi la remise en question qu’il impose aux sociétés de l’Ouest.

L’État islamique, c’est pourtant un territoire défini (certes conquis par la force, la violence et la terreur) et un gouvernement qui contrôle militairement et institutionnellement les frontières que ses combattants ont tracées, avec le soutien quasi inconditionnel d’une partie non négligeable de la population sunnite autochtone qui les a accueillis.

Mais c’est bien plus encore : c’est une communauté, celle de « l’Oumma véritable » [ndlr : l’Oumma, la « communauté des Musulmans dans le monde »], comme la définissent les supporteurs de l’EI, celle des défenseurs de « l’Islam véritable ». Une communauté qui ne se limite pas à l’espace géographique irako-syrien actuellement déjà territorialement sous le gouvernement et l’administration d’Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de cet État islamique, le Calife, « Commandeur des Croyants », mais qui s’étend à travers le monde entier, là partout où résident ses partisans.

C’est, dans l’esprit du Califat historique, fondé au VIIème siècle par le Prophète Mohamed, un État immatériel, qui existe partout où agissent ses « citoyens », un État « transfrontalier », qui échappe aux concepts westphaliens du genre et dénie toute valeur aux principes onusiens qui, après la seconde guerre mondiale, ont fixé et parachevé l’entendement occidental de l’État moderne.

C’est un État de la foi, celle de l’Islam intransigeant, État à vocation universelle, qui a commencé la conquête de la planète entière et s’est implanté, déjà, dans le sein de l’Occident.

Ainsi, c’est à Paris et à Bruxelles que j’ai recherché ceux qui l’attendent et l’appellent de leurs vœux. Ses partisans, résidants des banlieues défavorisées, là où s’entassent les rejetons d’une immigration jamais intégrée, socialement déclassée, mais, aussi, dans les milieux universitaires et dans ces familles « qui ont réussi », mais demeurent en marge d’une société dont le racisme latent, inconscient ou non, creuse sans cesse l’écart entre « eux et nous ».

Des jeunes en mal d’identité, en révolte contre cette société-là, mais aussi des jeunes qui s’accrochent à l’Islam, leur seul étendard, seule voie vers la dignité malgré le dénuement matériel. Et des intellectuels, des cadres, des « nantis », et des moins jeunes… Des milliers d’individus auxquels on ne donne jamais la parole ; peut-être parce que ce qu’ils ont à nous dire nous ébranlerait au plus profond de nos certitudes…

L’État islamique, en Europe, ne se résume pas, en effet, aux quelques cas « d’adolescents paumés » socio-culturellement faibles que présentent trop souvent les reportages orientés et biaisés des journaux télévisés. Ceux-là font même plutôt figure d’exception.

J’ai rencontré quelques-uns de ces jeunes et de ces moins jeunes, dont la cohérence du discours et l’argumentaire précis m’ont surpris. Mais j’aurais pu m’en douter ; et, à vrai dire, ils ne m’ont surpris que fort peu, en fin de compte, car j’avais déjà eu l’opportunité de les entendre, à de nombreuses reprises, en Syrie, lorsque j’avais côtoyé, à l’occasion de maints reportages, les miliciens de ces factions islamistes diverses qui, aujourd’hui, pour la plupart, ont rallié l’EI.

Un discours logique, à la fois religieux, social et sociétal, politique aussi, bien au fait des réalités peu avouables du monde occidental et de ses faux-semblants, un discours qui les dénoncent sans tergiverser et qui gêne inéluctablement ; un discours sans appel et qui, très certainement, n’a rien à voir avec l’image de « demeurés en perte de repères » que d’aucuns, généralement, se complaisent à véhiculer à propos de ces « candidats au djihad ».

Il n’a pas été facile de pénétrer ces milieux de « l’Oumma authentique ». Amis d’amis… Contacts hérités de précédents reportages… Nombreuses rencontres sur les réseaux sociaux, qu’il a fallu réussir à apprivoiser, à convaincre de parler à visage découvert… Les premières réactions furent hostiles, sans ambiguïté, lorsque je me suis présenté à différentes reprises en tant que « journaliste désireux de donner la parole à ceux que l’on n’entend jamais et de connaître un autre point de vue sur l’État islamique » : « Ne parlez pas à ce journaliste, Frères ! Ils sont tous les mêmes et, quoi que vous lui disiez, il ne retiendra que ce qu’il pourra utiliser contre nous ! »

Il a fallu des mois et bien des rencontres, sans que, dans un premier temps, le sujet « EI » fût abordé, pour que, progressivement, la confiance put s’installer ; ensuite, ce fut comme si j’avais réussi à trouver le bout du fil dans une pelote de laine : il suffisait alors de tirer.

Dialogues à bâton rompu, sans tabou, sans préjugé, sans cette autocensure tellement coutumière de la presse « grand-public » ; rencontres et traversée du miroir… en compagnie de quelques-uns des sujets occidentaux du Califat…

– Que puis-je pour toi ?

– Si je me souviens bien, tu m’avais demandé en contact sur Facebook quand j’y avais défendu l’idée que l’État islamique était un véritable « État ». C’est pour cela que je t’ai demandé si tu accepterais de me rencontrer… Tu le sais : je suis journaliste ; et, la ligne de la revue dans laquelle je publie mes reportages, c’est de donner tous les points de vue, sans exclusive. Aucun média ne donne honnêtement la parole aux supporters de l’EI. Nous, oui.

– Pas de souci. Je vais te présenter mes Frères. Nous sommes très nombreux, en France ; et plus « qu’ils » le croient. Mais tu connais les conditions : pas de nom, même pas un prénom ; pas de lieu ; pas de profession ; rien qui puisse permettre d’identification. Surtout plus maintenant, avec la chasse aux sorcières qui s’est intensifiée, depuis qu’on a dégagé Charlie Hebdo.

– Comme convenu… Vous pouvez avoir confiance. Je protège toujours mes sources, quoi qu’il arrive.

– C’est ici. Entre ; tu es le bienvenu.

– Quelle genre de question veux-tu poser ?

– Je ne sais pas encore exactement. Je vais surtout écouter vos arguments.

– Ici, on te dira tous que, cet Islam de France que les « modérés » (rires) prêchent dans leurs « mosquées couscous-merguez », il ne nous convient pas ; que c’est une religion tronquée.

– C’est un début intéressant. Pourquoi l’Islam de France est-il une « religion tronquée » ?

– Parce qu’il est le produit des autorités françaises et des élites islamophobes. C’est un Islam policé, de telle sorte qu’il soit moins visible et moins dérangeant pour la France « laïque ». C’est un Islam qu’on a réduit à la simple foi, sans actions concrètes pour le propager comme l’a ordonné le Prophète, que la bénédiction et la paix soient sur Lui. Un Islam de paix en toutes circonstances. Même dans l’injustice, l’oppression et l’agression. Un Islam « christianisé »… Je veux dire : « inoffensif »… Ils sont devenus comme ça, les Chrétiens : ils ne prêchent plus dans les rues ; ils rasent les murs : ils n’osent plus dire qu’ils sont chrétiens ; ils ne vont même plus à la prière, le dimanche ; ils laissent leurs filles avoir des relations sexuelles avant le mariage et vivent eux-mêmes dans l’adultère ; et ils tolèrent tout ça et certains de vos prêtres, même, encouragent tout ça : « Il faut être moderne, vivre avec son temps. » En fait, vous, les Chrétiens, vous ne respectez plus rien des règles de votre religion. Nous, on ne veut pas devenir comme les Chrétiens ; on dit : « Non ! Il ne faut pas ‘vivre avec le temps’ ! Le temps, c’est nous qui le faisons, en respectant ou non les règles de Dieu. Ce n’est pas la loi divine qui doit changer pour suivre le temps. » En clair, cet Islam de France, il est le résultat de la soumission de certains Musulmans aux autorités françaises qui veulent imposer la laïcité et à ces islamophobes qui écrivent dans les journaux. C’est un faux-Islam, qui rejette une large partie des écrits ; et qui rentre même en contradiction avec la parole divine…

– Oui, en fin de compte, ce n’est pas l’Islam dans lequel, nous, les partisans des moudjahidines du Califat et d’ailleurs, nous croyons : le Coran est ce qu’il est ; il est saint et il n’y en a qu’un, et c’est ce en quoi nous nous référons pour rester sur le droit chemin.

– Quel est-il ce… « droit chemin » ?

– Il est très simple… Crois-tu que le Coran qui rassemble les paroles et les instructions que nous a laissées le Prophète Mohamed -la bénédiction et la paix soient sur Lui- a été donné aux Musulmans par Dieu pour qu’ils soient trompés ? Dieu ne veut pas piéger les Croyants ; il les guide sur son chemin en leur donnant les règles à suivre. Des règles simples et intelligibles par tous. Des règles précises, qui sont écrites dans le Coran. Écrites pour des gens simples, pour un peuple simple. Les Arabes qui ont suivi le Prophète Mohamed, il y a des siècles, n’étaient pas des intellectuels vaniteux. C’étaient des gens simples, qui vivaient simplement, dans le désert ; des éleveurs, des caravaniers, des hommes qui ne savaient pas lire. Le Prophète -la bénédiction et la paix soient sur Lui- leur parlait simplement ; et ils le comprenaient. Ceux qui essaient de détourner la simplicité du Coran et disent « Il faut comprendre ceci comme cela et cela comme ceci », ils trompent les Croyants et les entraînent en dehors du droit chemin. Ce sont ces « imams couscous », ces « imams merguez », qui te baratinent à la mosquée, avec leurs discours doucereux ! Ils veulent plaire aux blancs ! Ils veulent se faire plus blancs qu’eux ! Ils sortent quelques sourates [ndlr : chapitre du Coran, subdivisé en versets] de leur contexte et les commentent comme ils veulent pour justifier leur soumission aux vices de la société occidentale dans lesquels ils se vautrent ; pour te faire croire que le Coran, finalement, permet ceci et n’oblige pas à cela, etc. Ce sont des escrocs ! Des « marchands de tapis » de l’Islam !

– Le Coran est exigeant ! L’Islam est exigeant ! Ces « imams couscous » sont des fades !

– Que veux-tu dire par « imams couscous-merguez » ?

– C’est ainsi que nous les qualifions, entre-nous… (rires) Ces imams de banlieue qui se prennent pour de petits oulémas, sous la protection de leurs maîtres français… Ils sont imams de temps en temps et, l’autre partie de la journée, ils vendent des légumes dans leur épicerie ou font le couscous dans leur bistro. Ils ne respectent pas les cinq prières quotidiennes ; ils ne respectent pas même les principes de base de notre religion. Pourquoi ? Parce qu’ils sont affadis ; parce que ça leur paraît trop difficile, trop contraignant. Ils préfèrent la vie dissolue et lascive des Occidentaux ; ils sont pourris par elle ; ils sont corrompus par la facilité ; ils trouvent que le Coran est trop exigeant et ils essaient de l’affadir aux yeux de ceux qui les écoutent. Nous, si nous avons de la sympathie pour l’EI, c’est parce qu’il va restaurer un Islam authentique, face à cet « Islam couscous », face à ces « Musulmans merguez », qui se sont occidentalisés et qui ont édulcoré l’enseignement du Prophète, la bénédiction et la paix soient sur Lui…

– Ils se disent musulmans, mais ils ne le sont pas ! C’est comme pour vous, les Catholiques. Vous ne respectez plus votre religion ; vos lieux de culte sont vides. En Europe, le Catholicisme est mourant… Hélas, les Musulmans d’Europe vivent dans l’impiété, eux aussi. C’est une terre de mécréance, qui corrompt tous ceux qui y vivent. Les Musulmans qui y demeurent se mettent en danger : ils y perdent le courage, la constance de vivre en Croyants. L’EI, d’un point de vue islamique honnête, c’est la promesse d’un Islam authentique. C’est pour cela que la logique et la cohérence de l’EI nous interpelle, nous, qui n’avons pas peur de pratiquer cet Islam authentique. C’est pour cela que l’EI fédère de nombreux partisans ; parce que l’EI rassemble l’Oumma véritable, qui apparaîtra ainsi au grand jour pour confondre les apostats et les faussaires.

– Mais ne faites-vous pas trop souvent une lecture littérale du Coran ? Une lecture qui ne correspond pas à la signification réelle des écritures ? Plusieurs écoles existent dans l’exégèse du Coran, dont quatre grandes écoles séculaires, reconnues par les savants, les docteurs de l’Islam, les Oulémas, qui donnent du Coran des interprétations différentes de celles auxquelles une lecture littérale peut mener…

– Quelle vanité que de vouloir interpréter les écrits pour leur donner une autre signification que ce qu’ils te disent ! Les mots sont simples ; je t’ai expliqué pourquoi. Il faut les accepter et suivre le chemin.

– Tu as dit : l’Islam de France, c’est l’Islam « des élites islamophobes ». Pourrais-tu précisez de qui il s’agit ?

– Les politiques, les pseudo-intellectuels, les Juifs qui monopolisent la parole dans les médias… Tous ces gens qu’on entend partout, toujours les mêmes, et qui veulent une société sans Dieu…

– Mais… Les Juifs… Ils croient en Dieu.

– Non ! Je ne parle pas des Juifs comme d’une religion. Mais de ceux qui prétendent former un peuple et volent la terre des Arabes en Palestine !

– L’Union mondiale des Oulémas [ndlr : les oulémas sont des théologiens, docteurs de l’Islam, reconnus par la communauté musulmane et les autorités politiques des États arabo-musulmans dans lesquels ils enseignent], qui est la référence en matière d’exégèse du Coran, a condamné les actes de l’EI.

– Tout comme il y a des oulémas qui les soutiennent ; mais la plupart d’entre eux sont emprisonnés et réduits au silence. Les actes de l’EI sont conformes au Coran et à la Sunna [ndlr : ensemble de règles ou guide pratique de vie établi à l’époque du Prophète sur base de l’observation de ses dires et de ses actes, qui complète le Coran], excepté les éventuelles bavures, mais qui ne restent pas impunies au sein de l’EI.

– Quels oulémas les soutiennent-ils ? Lesquels ont-ils été emprisonnés? Dans quels pays?

– Je pourrais te donner la liste des savants emprisonnés en Arabie Saoudite ou en Égypte. Mis en isolement dans des cellules où on les prive de tout. Il y en a des centaines, comme le Sheikh Nacir al-Fahd, qui a dénoncé le kufr [ndlr : mécréance, rejet de l’Islam] de l’alliance avec les États-Unis et a écrit un livre sur l’apostasie de l’État saoudien, qui bien sûr ne sera jamais publié ; et le Sheikh ne verra certainement plus jamais le jour…. Qu’Allah le libère, lui et tous nos autres savants ! Amin ! Mais c’est à moi de te poser une question : qui paye le salaire des oulémas qui ont condamné l’EI ? Qui assure leur confort et leur garantit la « reconnaissance » de leur statut, en Arabie saoudite et dans les autres États arabes ?

– Pardonnez-moi si je reviens sur une question à laquelle vous avez déjà répondu… Mais je ne suis pas convaincu par la réponse… Pourquoi tant de docteurs de l’Islam se fourvoieraient-ils ? Pourquoi êtes-vous certain d’être dans le « droit chemin » ?

– Mon Frère était en train de te répondre, en te posant sa question… C’est l’évidence : d’un côté, ils se sont écartés du Coran et de la Sunna, dont les règles sont très simples à comprendre et à suivre, comme on te l’a dit. Ils ont détourné le sens des mots, pour qu’ils correspondent à leurs envies, à leurs désirs, de fortune, de reconnaissance, de pouvoir. Pour des raisons historiques, aussi. Tu as évoqué ces écoles exégétiques et leurs différentes interprétations du Coran… Premièrement, elles transforment le sens simple du Coran. Pourquoi le faire, sinon pour justifier des comportements contraires à ce que prescrit le Coran ? Deuxièmement, par ce fait, elles arrivent bien entendu à des interprétations différentes et s’opposent entre elles. Quelle valeur, dès lors, accorder à ces écoles ? Troisièmement, si on étudie l’histoire de ces écoles, on constate que, presqu’à chaque fois que leurs « docteurs » ont modifié ou détourné l’interprétation du Coran, c’était à un moment de l’histoire qui correspondait à des nécessités inspirées non pas par la religion, par la foi, mais par la politique et la société, souvent sous l’impulsion d’un souverain musulman dévoyé des largesses duquel dépendaient ces pseudo-savants, ou pour faire correspondre le Coran aux errances de leur époque. Ça s’est passé sous des califes corrompus… Des Sultans débauchés… Ils ont fait ça par vanité, par goût du pouvoir, parce qu’il leur importait d’être appelés « oulémas »… Aujourd’hui, ils veulent plaire à leurs maîtres, aux dictateurs et aux monarchies décadentes, comme celle de la famille Saoud, qui se vautre dans le péché avec le soutien des Américains… Ici, en France, ils veulent plaire à leurs maîtres laïques, être reconnus comme « des interlocuteurs raisonnables », « fréquentables », et profiter de leur position dans la communauté pour se pavaner et se faire saluer.

(…)

– Comment défends-tu les exécutions des journalistes égorgés ? J’ai été quelques fois au front avec des brigades de Jabhet al-Nosra [ndlr : al-Qaeda en Syrie], lors de mes reportages en Syrie. Ils ont toujours été très sympas avec moi, me respectaient en tant que Chrétien, se comportaient dignement et n’auraient pas commis des atrocités de ce genre.

– Étaient-ils réellement ou seulement des journalistes ? Souvent il s’agit en fait d’espions ou d’anciens militaires qui avaient combattu en Irak dans le passé. Les journalistes qui espionnent pour le compte d’État occidentaux ne sont pas rares. Un des quatre journalistes français qui avaient été arrêtés par l’EI et qui ont été relâchés a avoué publiquement qu’il avait été approché par la DGSE, les services secrets français, et qu’il espionnait pour eux.

– Ce n’était pas le cas de James Foley, par exemple. Je le connaissais un peu; c’était un brave gars, un photographe sans histoire. Mais, quoi qu’il en soit, l’EI n’a pas exécuté ses otages parce qu’ils étaient accusés d’espionnage ; ce motif n’a jamais été même évoqué par l’EI. C’est plus exactement en fonction de leur nationalité. Le Coran permet-il cela ?

– Les agresseurs tuent beaucoup trop de Musulmans dans leurs bombardements pour que les Musulmans restent sans réagir. La loi du Talion est un précepte de l’Islam, en période de guerre ; tu dois le savoir. Non seulement le Coran nous permet de faire la même chose que ce que nous fait l’agresseur, mais les savants aussi nous en donne la permission ! La sourate « le pèlerinage » autorise ceux qui sont attaqués à se défendre. Depuis des siècles la terre d’Islam est attaquée par les Occidentaux qui veulent en piller les richesses. Je ne vais pas te faire un cours d’histoire des interventions militaires américaines et européennes au Moyen-Orient depuis le XIXème siècle jusqu’à aujourd’hui ! Et ne me dis pas que c’était pour la paix ou pour la démocratie. Tout le monde, même en France, sait bien que ces guerres étaient coloniales ; et que la guerre de 2003, en Irak, n’avait qu’un seul objectif : le pétrole !

– OK… Mais alors, tout « bon Musulman » doit partir en Irak, pour se battre pour le Califat, maintenant qu’il est rétabli ?

– Pas forcément pour aller se battre, mais d’abord pour vivre sous les lois d’Allah ; pour se mettre à l’abri de la mécréance qui, en Europe, corrompt les Musulmans. Mais, étant donné la situation, ce n’est pas facile pour tous les Musulmans, puisque le monde entier s’est ligué contre le Califat. Les prétendus « pires ennemis », les États-Unis et l’Iran, combattent côtes à côtes contre les vrais résistants qui font face à ce monde pourri par l’impérialisme occidental.

– Les Musulmans d’Europe peuvent vivre librement, pratiquer leur religion comme ils veulent; ils peuvent créer leurs partis politiques, voter, etc. Je me trompe ?

– Oui. Parce qu’il n’y a pas de liberté sans Sharia [ndlr : la loi coranique, loi islamique] ; la liberté c’est de vivre selon, sous et avec les lois d’Allah, pour nous, Musulmans. Notre parti c’est l’Islam authentique : on ne vote que pour Allah et pour des hommes qui veulent faire appliquer ses lois.

– Dans certaines villes d’Europe, les Musulmans sont de plus en plus nombreux, même majoritaires dans certaines communes. Pourquoi ne pas y élire des représentants qui appliqueraient alors la Sharia ? Mais la question est aussi : tous les Musulmans veulent-ils vivre sous la loi islamique stricte ? Et puis : qu’est-ce qu’on fait des non-Musulmans ?

– Ce que mon Frère essaie de te faire comprendre, avant tout, c’est que l’Islam n’a que faire de la démocratie. L’Islam, c’est la soumission à la loi de Dieu. Nous avons reçu le Coran et nous avons aussi la Sunna. Ce sont les lois immuables et incontestables de Dieu. Pourquoi voudrais-tu une démocratie, alors que les lois ont été données par Dieu et qu’il suffit de les suivre honnêtement ? Tu dois bien comprendre ceci aussi, sans quoi on va s’engager dans un dialogue de sourds : tu dois accepter le fait que, nous, nous avons la foi et nous suivons les lois de Dieu. Donc, nous pensons, nous percevons les choses qui nous entourent et nous agissons toujours en fonction de notre foi et de la loi de Dieu. Nous n’avons pas le même rapport au monde que les mécréants. Ce n’est pas la même logique. Si tu ne peux pas comprendre ce que cela veut dire, alors, inutile de discuter…

– L’Occident est ce qu’on appelle une « terre de mécréance ». Ce n’est pas demain la veille que nous auront des représentants musulmans, de vrais Musulmans, qui auront pour objectif de faire appliquer la Sharia. Regarde, en Belgique, le sort qui a été fait à Sharia4Belgium : tous emprisonnés. De toute manière, nous n’avons pas pour vocation de vivre parmi les mécréants, comme le dit un hadith [ndlr : les hadiths sont les actes et paroles du Prophètes rapportés par ses compagnons et rassemblés en divers recueils] du Prophète Mohamed, la bénédiction et la paix soient sur Lui. On doit faire notre hijra [ndlr : émigration depuis un pays de mécréants vers un pays musulman] vers une terre musulmane ; et, la meilleure d’entre elles, c’est celle qui est régie par les lois islamiques. À ce jour, c’est l’État islamique.

– J’aimerais revenir sur une question : l’Université al-Azhar, au Caire, qui est quand même une très haute autorité reconnue de l’Islam, elle aussi, elle a condamné l’État islamique.

– Une autorité qui a perdu toute sa crédibilité avec le putsch d’al-Sissi, l’apostat ennemi de l’Islam.

– Pourquoi « perdu sa crédibilité » ? Je ne vois pas le rapport avec le coup d’État d’al-Sissi.

– Al-Sissi a fait tuer beaucoup de Musulmans en Égypte. Silence radio chez al-Azhar…

– Quand vous dites que certains Musulmans veulent aller vivre en terre d’Islam et ne plus vivre chez les mécréants… OK. Mais l’EI ne considère pas que la terre d’Islam soit limitée géographiquement. Il veut étendre l’Islam partout, y compris en Europe. Donc, pourquoi faire la hijra ? Pourquoi aller se battre en Syrie ? Pourquoi ne pas faire le djihad en Europe aussi ?

– Je voudrais ajouter ceci à ce qu’ont dit mes Frères : avec la restauration du Califat et l’appel au djihad universel, les choses ont considérablement changé. Dorénavant, notre place, en tant que Musulmans, dans l’obédience du Calife et des lois de Dieu, c’est aussi de servir le djihad ici, en France, comme moudjahidines. Nos Frères qui se sont sacrifiés à Paris ont montré le chemin. Ce sont des martyrs qui ont donné leur vie pour le djihad ; et ce n’est qu’un début d’une longue action des moudjahidines. L’Occident va être étonné ; il va se réveiller dans la torpeur et dans le sang. Car Dieu est certain de donner la victoire à ses moudjahidines, quel que soit le temps que cela prendra. Ce que je veux dire : les Musulmans qui ne peuvent pas combattre doivent faire la hijra. Mais ceux que Dieu appelle à se battre peuvent se battre ici, maintenant que le moment est venu ; nul besoin de partir en Syrie ou en Irak.

– Toi, par exemple, tu vas te battre ici ?

– Cela, je ne peux pas te le dire.

– Tu es prêt à faire le djihad ici, en France, et à commettre des attentats comme ceux de Paris, en janvier ?

– Je te l’ai dit : tu n’as pas à savoir ces choses.

– Et ceux qui ne sont pas musulmans ? Qu’adviendra-t-il d’eux dans ce Califat universel ?

– Un Musulman ne peut pas renier la Sharia, la loi de Dieu, et vivre selon d’autres lois ; sinon, il devient apostat, à l’unanimité des savants. Il faut donc renverser ces régimes et ces lois mécréants et les remplacer par l’État islamique. C’est ce que le Coran nous commande. Mais, en terre musulmane, les gens du Livre [ndlr :Juifs et Chrétiens] sont invités à l’Islam ou à payer une taxe coranique dérisoire, pour avoir le statut de dhimmi [ndlr : « protégés »]. S’ils acceptent, ils peuvent vivre parmi les Musulmans, sans problème. C’est le cas dans l’État islamique.

– La terre entière est la création d’Allah, qui doit être reconquise par ceux qui croient en lui. Là où l’Islam n’est pas la religion prédominante pour le moment, nous, Musulmans, nous ne devons pas y vivre, jusqu’à ce que l’endroit soit reconquis. C’est pour cela que nous devons émigrer vers un endroit peuplé de Musulmans majoritairement et où la pratique de la foi est sans limite. Tout ceci est coranique et vient aussi de la Sunna. Mais, bien sûr, les moudjahidines d’Allah, eux, doivent désormais se préparer à la guerre.

– Et comment se fera la conquête ?

– Considère l’histoire et regarde celles des différents Califats qui se sont succédés ; souviens-toi jusqu’où sont allés les moudjahidines, jusqu’où se sont étendus ces Califats. L’Espagne a pendant longtemps été musulmane ; une partie de la France a aussi été conquise. Comprends bien les choses : ce n’est pas du colonialisme, comme le font les Occidentaux ; c’est de la reconquête, et ça commence d’abord par les pays musulmans. Le Califat est expansionniste : il a pour but de propager l’Islam partout et de régner avec l’Islam. C’est le devoir des Musulmans. Il ne s’agit pas de terroriser les populations ou quoi que ce soit d’autre de ce genre-là, mais de les appeler à l’Islam, la seule et unique vraie religion acceptée et donnée par Dieu.

– Et si je ne suis pas d’accord, moi, à Bruxelles. Qu’est-ce qui se passe pour moi ?

– Tu es chrétien ?

– Oui, je le suis. Catholique, pratiquant.

– Comme je te l’ai dit… Nous, Musulmans, on paye la zakat ; c’est le quatrième pilier de l’Islam. Cela correspond à 2,5% de nos revenus annuels. Les gens du Livre sous autorité islamique doivent s’acquitter de la jizya, qui correspond à seulement 2% de leurs revenus, pour obtenir la protection de l’État islamique. C’est-à-dire qu’ils gardent leur maison, ainsi que tous leur biens ; ils sont libres de pratiquer leur culte, mais sans prosélytisme, ni ostentation ; et on leur garantit une justice équitable et la sécurité totale. L’argent de la zakat et de la jizya est redistribué aux pauvres, musulmans, juifs ou chrétiens, sans discrimination. Ainsi, personne n’est dans le besoin, personne n’est à la rue, personne ne meurt de faim. C’est la loi de Dieu. C’est l’enseignement du Coran que nous a laissé le Prophète Mohamed, la paix et la bénédiction soient sur Lui.

– Je connais; mais, précisément, l’État islamique n’a pas respecté ces principes coraniques. À Mossoul, il a expulsé des Chrétiens et confisqué leurs biens. Les djihadistes ont brûlé des églises et pillé des monastères.

– C’est faux ! Ces histoires, je les ai entendues, moi aussi. Elles n’ont jamais été prouvées. L’État islamique ne tue pas les gens du Livre. Au moment où je te parle, il y a des Chrétiens à Mossoul, qui vivent sans être inquiétés. On a raconté beaucoup de mensonges pour effrayer les Chrétiens et donner une image négative des moudjahidines de l’État islamique. Au début, les journaux ont même raconté que les moudjahidines crucifiaient les Chrétiens. Tout le monde sait aujourd’hui que c’était un mensonge ! La seule chose que l’État islamique a faite, c’est de retirer les idoles des rues et de les détruire. C’est un interdit en Islam.

– Apprends ceci, à propos des différents statuts de mécréants qui existent pour l’État islamique. Il y a ceux dont le pays est en guerre avec l’État islamique. Ton pays, la Belgique, et la France sont en guerre avec l’État islamique. Leur sang et leurs biens ne sont pas protégés. Mais chacun peut demander la protection à l’État islamique, à titre individuel.

– En Irak, j’ai rencontré des Chrétiens. J’avais écrit dans un article que l’EI les protégeait. C’était vrai jusqu’au 15 juillet 2014. Puis, brusquement, l’EI a rompu avec la dihmma, à Mossoul en tout cas. Tous les témoignages que j’ai rassemblés le confirment.

– Pourquoi l’EI a-t-il rompu la protection ? Si c’est bien le cas, il y a forcément une raison. Ont-ils accepté de payer la taxe coranique après les jours de réflexion accordés ? S’ils ont refusé, alors, c’est tout à fait normal qu’ils aient été bannis ; ils avaient au préalable été prévenus.

– Et que fait-on des athées ?

– Comme l’a dit le docteur Zakir Naik, les athées ont la moitié de la shahada. Ils ont la ilaha ; il ne leur manque que l’autre moitié, la ila Allah.

– La shahada ?

– La profession de foi musulmane.

– La ilaha ?

– Il n’y a de Dieu que Dieu.

– C’est un jeu de mot que tu fais là.

– Oui (rires). Mais pas que cela. C’est plus facile de convertir un athée qu’un Chrétien évangéliste endoctriné, par exemple…

– OK. Mais, s’il reste athée, malgré tout ? Peut-il vivre dans un pays islamique ?

– Tant qu’il se soumet aux lois islamiques, oui, aucun problème !

– Des citoyens de second rang, en somme ?

– Non. Il aura les mêmes droits que tout le monde. Mais il ne pourra, par exemple, pas épouser de femmes musulmanes, car elles lui sont interdites.

– L’État islamique semble moins « tolérant » que toi.

– Tu crois ça ? Tu te fais de fausses idées. Et sache que les extrémistes au sein de l’EI sont jugés et punis, parfois de mort. L’EI a d’ailleurs exécuté et crucifié publiquement plusieurs de ses combattants qui avaient commis des crimes contre la population. L’EI sait nettoyer ses propres rangs. Chose que nos ennemis, eux, ne font pas. Les crimes de guerre des Américains en Irak, ça te dit quelque chose ? Et ceux des sionistes, en Palestine ? Tu connais ?

– En juillet, j’étais à Souleymanieh [ndlr : ville du Kurdistan irakien, où de nombreux Chrétiens originaires de Mossoul se sont réfugiés]; j’y ai rencontré des chrétiens réfugiés qui m’ont expliqué qu’ils avaient fui Mossoul parce qu’ils y étaient persécutés par l’EI. Mes amis sunnites irakiens de Falludjah me disent qu’ils veulent se débarrasser des fous furieux de l’EI qui assassinent tous ceux qui ne sont pas d’accord de vivre la religion comme eux.

– Les Chrétiens d’Irak sont des pleureuses et pour beaucoup des menteurs qui ne souhaitent qu’une chose, qu’on leur donne un visa pour l’Europe ou les États-Unis. Tout est bon pour l’obtenir. L’EI ne tue pas de civils ; personne n’a jamais pu le prouver. On veut des images et des sources fiables, pas des témoignages imaginaires.

– Pourquoi, toi, personnellement, tu ne pars pas faire le djihad en Irak?

– Question indiscrète et personnelle à laquelle je ne répondrai pas.

– Vu que je ne te connais pas, j’aimerais savoir ; ça ne t’engage à rien de me répondre. Si tu crois fermement en l’Islam et en ce que tu m’as dit, je ne comprends pas pourquoi tu ne t’engages pas à fond dans la cause.

– Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de partir faire le djihad en Syrie ou en Irak. Attends. Bientôt, tu comprendras pourquoi mes Frères et moi, nous restons ici… Je te l’ai dit, quand nous nous sommes rencontrés la première fois : le Califat existe. On peut le toucher. On peut y aller, en revenir, y repartir… Mais, en fait, il est partout !

(…)

– Une amie musulmane m’a fait remarquer que les hommes qui ont attaqué la rédaction de Charlie Hebdo, quand ils sont sortis de l’immeuble, ont crié « On a vengé notre Prophète Mohamed ! On a tué Charlie ! ». Un Musulman qui entend cela est choqué, m’a-t-elle expliqué : « Jamais, jamais on ne prononce le nom du Prophète sans y ajouter la bénédiction [ndlr : « Salah Aligh wa Salam » (« la bénédiction et la paix sur Lui »)]. C’est automatique ; on le fait automatiquement, presqu’inconsciemment ; on le dit sans plus y penser… C’est toujours comme ça… Alors, je me demande bien quel genre de Musulmans étaient les deux hommes cagoulés qui ont attaqué Charlie Hebdo… » On a dit un grand nombre de choses sur cet attentat… On a dit beaucoup de bêtises et certains ont essayé de prouver ceci ou cela en détournant des détails… « Mais, ce détail-là », a-t-elle conclu, « les Musulmans, même ceux qui ne sont pas très pratiquants, ils ne se l’expliquent pas : c’est ‘le’ petit détail qui jette vraiment un énorme doute… » Qu’en pensez-vous ?

– La bénédiction… Oui, c’est vrai que, d’ordinaire, nous l’énonçons à chaque fois que nous évoquons le Prophète… Mais ces deux martyrs étaient jeunes ; et les circonstances étaient exceptionnelles. Je peux comprendre… Non pas qu’ils n’aient pas « pensé » à prononcer la bénédiction… Non pas qu’ils l’aient « oubliée »… Non, ce n’est pas ça… Tu m’as entendu… Quand je parle du Prophète, je prononce ensuite la bénédiction, mais c’est comme une parenthèse que j’ajoute. Certains la prononcent très vite, comme une formule qui, pour quelques-uns, est devenue en quelque sorte vide du sens qu’elle porte. Je peux comprendre que, dans des circonstances de guerre, d’action rapide, dans l’immédiateté, la bénédiction ait été éludée. C’était plus un cri de guerre qu’une référence directe au Prophète Mohamed, la bénédiction et la paix soient sur Lui.

– Donc, tu n’es pas de ceux qui pensent que les auteurs des attaques de Paris ne seraient pas musulmans et qu’il s’agirait d’un « coup monté » ?

– Monté par qui ? Non. Je n’en suis pas. Mes Frères et moi sommes fiers de cette victoire. Pourquoi serait-ce toujours à l’Occident de gagner, de nous humilier, de nous rabaisser, de tuer notre peuple ? L’Occident sait, depuis le 11 septembre 2001, depuis la grande victoire du Sheikh Oussama, qu’il doit s’attendre à des représailles, chaque fois qu’il s’attaque aux Musulmans et à l’Islam. Ceux qui disent que le martyr de nos frères Chérif et Saïd Kouachi était une mise en scène, ceux qui disent cela parmi les Musulmans, ce sont des Musulmans corrompus, ceux qui, au lieu de se soumettre à la loi divine, se soumettent à la république dont ils préfèrent les lois, les lois des mécréants. Ils sont sans vergogne. Leur but est de dire : « Non ! Ce ne sont pas des Musulmans qui ont fait ça ! Nous, les ‘Musulmans de France’, nous sommes contre cela ! Ce n’est pas notre communauté qui a fait cela ! Nous, nous aimons l’Occident et ses vices ! Nous préférons la loi de la république à celle de Dieu qui nous ordonne de combattre les mécréants et de faire grandir l’Islam ! » Ils ne respectent pas le Coran. Ils ne respectent pas le Prophète de Dieu –la bénédiction et la paix soient sur Lui- que les dessinateurs de Charlie Hebdo insultaient. Et ils insultent la mémoire de nos Frères martyrs.

– Tu parles de « représailles » ?

– Oui. Pourquoi cette question ? Comment faut-il appeler ces événements ? Comme vous le faites dans vos journaux ? Du « terrorisme » ? Alors, quand Israël tue 2.000 civils palestiniens qui n’ont rien fait de mal à Gaza –et surtout des femmes et des enfants ; c’est l’ONU qui le dit, pas nous-, c’est « la guerre » ? Et personne ne manifeste… Et, quand des moudjahidines de l’État islamique tuent une dizaine de Français, qui, eux, ont insulté l’Islam, c’est « du terrorisme » ? Et des centaines de milliers de personnes manifestent dans tous les pays de l’Occident. La différence est-elle dans le nombre ? Faut-il tuer 2.000 Français pour que vous appeliez cela avec le mot « guerre » ? Non ! Tu sais bien que, même si nous tuions autant de mécréants que les Juifs ont tués de Palestiniens cet été, vos journalistes continueraient à appeler cela « du terrorisme ». La preuve ? Le 11 septembre 2001. Les moudjahidines ont frappé les États-Unis en plein cœur. Il y a eu des milliers de morts. Mais vous avez continué à appeler cela « du terrorisme ». Mais, quand les avions américains ou britanniques jettent des bombes sur les villages afghans ou irakiens et tuent des civils, c’est « la guerre ». Pourtant, nous, nous nous défendons de tout le mal que vous faites aux Musulmans, pour le pétrole que vous convoitez ! Alors que, vous, vous nous agressez, pour ce pétrole que vous voulez contrôler. Mais, « les terroristes », c’est nous… La France a décidé de faire la guerre contre l’État islamique et a envoyé ses pilotes pour jeter des bombes sur nos villages et sur nos moudjahidines. Soit… Nous n’avons pas d’avions pour jeter des bombes sur Paris et les autres villes de France, mais nous ne nous laisserons pas attaquer sans frapper nous aussi.

– J’ai vu un reportage à la télévision. Ils prétendaient parler de nos Frères qui partent se battre en Syrie. Mais, comme toujours, ils les faisaient passer pour des paumés, des imbéciles, comme si ces moudjahidines partaient pour la guerre sans rien comprendre à ce qui se passe ici et là-bas. J’ai été vraiment choqué quand j’ai entendu un type qu’on interviewait dire « Ma fille m’a dit : ‘Quand un Juif meurt, on en fait tout un plat ; quand c’est un Palestinien, tout le monde s’en fout.’ Alors, là, j’ai dit : stop ! » Le type, c’était un blanc qui s’était marié avec une Musulmane ; et il expliquait que c’est en entendant ça dans la bouche de sa fille qu’il a compris qu’elle était « endoctrinée ». Non, mais, tu te rends compte de la schizophrénie de ce gars ?! Il est tellement endoctriné lui-même qu’il ne se rend même pas compte que ce que sa fille dit, c’est la vérité ! Et on te balance ça comme ça à la télévision ; et je suis sensé approuver ? J’ai eu la rage !

– La différence, c’est que vous tuez des civils… C’est ça le « terrorisme ».

– Tu n’as pas écouté ce que je viens de te dire.

– Et ce sera la même chose concernant la Belgique ?

– La même chose pour la Belgique qui a aussi envoyé ses avions contre notre Califat. Pour la Belgique et pour toutes les nations qui nous attaqueront.

– Une autre différence, c’est que, en l’occurrence, vous avez assassiné des journalistes, qui s’exprimaient librement, comme on peut le faire dans nos État démocratiques, ici, en Europe…

– Je crois que je te connais assez pour savoir que tu n’es pas stupide et que ta question n’a rien de naïf. Comment peux-tu dire que l’on peut s’exprimer librement en France ? Tu peux t’exprimer librement tant que ce que tu dis va dans le sens admis. Si tu va contre le sens admis, tu sais bien que tu seras censuré.

– Non. La liberté d’expression est garantie par la loi.

– D’accord. Alors, explique-moi pourquoi, quand Dieudonné fait un sketch sur un colon israélien, il est viré de partout ? Et pourquoi quand on fait des caricatures qui représentent le Prophète Mohamed –la bénédiction et la paix soient sur Lui- en forme d’une bombe qui associe l’Islam au terrorisme, là, ce n’est pas grave, il faut laisser faire ? Et il faut être Charlie ! Et, si tu ne l’es pas, on te met en prison ! Ils ont même arrêté un enfant de huit ans, emmené au commissariat pour « apologie du terrorisme » ! Non, mais, tu te rends compte ?! Ce n’est pas du totalitarisme, ça ?! C’est la liberté d’expression ?

– Tu ne vois pas de différence entre une caricature qui concerne la religion et qui critique une croyance et les sketches de Dieudonné qui ciblent une communauté de personnes dans la société ?

– Quand on associe les Musulmans à une bombe et au terrorisme, on ne cible pas une communauté ? On n’est pas une partie de la société, nous, les Musulmans ? Il ne faut pas jouer sur les mots : ce n’est pas une croyance qui est visée quand on représente le Prophète sous forme d’une bombe –la bénédiction et la paix soient sur Lui. Ou bien, c’est en tout cas très maladroit. Parce que les gens, ce n’est pas à la religion qu’ils pensent, mais au terrorisme ; et ils amalgament Musulmans et terrorisme ; et ils ont la haine pour les Musulmans. C’est faux, ça, ce que je te dis ?

– OK… Mais Dieudonné a été condamné par la Justice pour antisémitisme. Il incite au racisme.

– Alors… Tu n’y crois pas toi-même… (rires) D’abord, il faut voir par qui et comment il a été condamné ; tu sais bien comment ça marche, la Justice, et tu sais bien que, dans ce genre d’affaire, certains magistrats ménagent leur carrière et donnent des gages à leurs maîtres. Je vais prendre un exemple récent, lorsqu’il a été interdit de spectacle sur un coup de fil de Valls au Conseil d’État. Valls, premier ministre de la France, dont la famille était juive, convertie au Catholicisme, et qui a épousé une Juive. Avec l’appui du président de la France, Hollande, lui aussi d’origine juive. Et, tant qu’à faire le tour des postes les plus importants du gouvernement : Fabius, le ministre des Affaires étrangères, un Juif, lui aussi. Et Macron, le ministre de l’Économie… Il a fait toute sa carrière dans la banque Rothschild ; c’est l’homme des Rothschild, dont la banque a été la première à financer le mouvement sioniste en Palestine ! Tu ne trouve pas que ça fait beaucoup, pour une communauté qui ne représente même pas 1% de la population de ce pays ? Sais-tu qui participait à ce Conseil d’État ? Non ? Arno Klarsfeld, qui y avait été nommé par Sarkozy, lui aussi d’origine juive. Klarsfeld est un sioniste : il a la nationalité israélienne et il a été membre d’une milice juive en Cisjordanie ; il a participé à l’occupation illégale des terres palestiniennes. Le Conseil d’État, en dix minutes, s’est réuni et a annulé le jugement du tribunal de Nantes qui avait autorisé le spectacle de Dieudonné… Lorsque le tribunal de Nantes a jugé que le spectacle pouvait avoir lieu, le Juif sioniste Valls a téléphoné à son ami juif sioniste Klarsfeld et, en dix minutes, tout était réglé. Ça s’appelle « la séparation des pouvoirs » et « la démocratie » ! Tu comprends, maintenant, comment ça marche, dans ce pays ? C’est plus que deux poids deux mesures… Ça fout la haine ! Et, bien sûr, Charlie Hebdo n’a rien dit pour la liberté d’expression de Dieudonné ; au contraire, ils on publié une caricature obscène de lui, où on le voyait se faire enculer.

– Les grands amis de la liberté d’expression, à Charlie Hebdo, qu’est-ce qu’ils ont fait pour défendre Dieudonné ? Rien ! Pire que rien ! Ils se sont réjouis de la censure qui le faisait taire ! Si tu n’as pas compris qu’on fait des tas de procès à Dieudonné pour l’épuiser financièrement et le réduire au silence, tu es moins intelligent que je crois.

– Et ils n’ont pas hésité à recommencer ; et ça n’a interpellé personne. Tous les petits blancs descendaient dans les rues pour soi-disant défendre la liberté d’expression, mais Valls et ses chiens, au même moment, n’ont pas hésité à mordre encore. Mise en garde à vue de Dieudonné pour « apologie du terrorisme », simplement parce qu’il a écrit sur un réseau social « Je me sens Charlie Coulibaly » [ndlr : les frères Kouachi et Amédy Coulibaly sont les trois auteurs des attaques de Paris, en janvier 2015]. Après cela, plus personne n’est à l’abri.

– À ta place, mon ami, je serais prudent : tu devrais faire très attention à ce que tu vas écrire, à l’avenir. Si tu rapportes fidèlement dans ton reportage la conversation que nous avons ce soir, je suis sûr qu’ils pourront t’arrêter pour « apologie du terrorisme » (rires).

– Moi, je voudrais te demander si tu as déjà vu un spectacle de Dieudonné. Non ? Parce que tous les petits blancs en parlent en prenant un air dégoûté et en le traitant d’antisémite, mais aucun de ceux-là n’ont vu ses spectacles. Ils répètent comme des perroquets ce que les médias ont dit sur lui, mais, en fait, ils ne savent rien du tout. Toi, tu as vu ses sketchs ? Non ?

– Si, j’ai eu l’opportunité d’assister à un de ses spectacles clandestins, il y a quelques années, à Bruxelles.

– Bon, alors, tu as entendu des propos antisémites ?

– À dire la vérité, non… Pas plus ce soir là que dans les vidéos de ses sketchs disponibles sur Youtube…

– Tu vois ! Les gens ne savent pas de quoi ils parlent ! Tu leur parles de Dieudonné et paf ! « C’est un antisémite ! On ne peut pas défendre ce gars-là, etc. » Mais, quand tu demandes, ils n’ont jamais vu un seul spectacle. Nous, on les connaît, ses spectacles ! Il n’y a rien d’antisémite ; mais il provoque à mort. Et ça dérange, parce qu’il dit des choses comme celles qu’on vient de dire ici, et que tu ne publieras probablement pas…

– Je publierai tout ; mon journal ne censure pas.

– Je te fais confiance.

– Vous ne trouvez pas que, parfois, ses provocations vont trop loin et dépassent le mauvais goût ? À la limite d’un antisémitisme déclaré ?

– Alors, pourquoi il provoque comme ça ? Parce que c’est facile de dire qu’il a un humour très noir, de mauvais goût, etc. Mais il faut connaître le contexte ! Le contexte !!! Expliquer l’origine des ennuis de Dieudonné, la spirale, la nécessité de provoquer pour survivre médiatiquement… Les problèmes ont commencé pour lui quand il a joué un colon israélien, dans un sketch, à la télévision. Tu as vu le sketch ? C’est un mauvais sketch, sans grand intérêt, et qui ne fait pas beaucoup rire. Il ne dit rien de très intéressant et il n’y a rien de choquant, rien de raciste envers les Juifs. Pourtant, après ça, il a été viré de partout. Plus d’invitation à la télévision, ni à la radio. Plus rien. C’est pour cela qu’il doit faire monter les enchères et provoquer toujours plus fort, pour obliger les médias à parler de lui. Sinon, il n’existe plus ; sa voix ne sera plus entendue.

– Et Siné ? Bob Siné ? Il a été viré de Charlie Hebdo ! C’est un caricaturiste, lui aussi, qui exerçait sa liberté d’expression, non ?

– Oui, mais Siné a été remercié après avoir publié une caricature antisémite, selon la rédaction de Charlie Hebdo.

– Non, non ! Ce n’est pas du tout ça ! Il a mis au jour les liens qui unissaient la famille de Sarkozy et les Juifs, lorsque le fils de Sarkozy s’est marié avec une riche héritière juive. Et il a été viré. Mais Siné a fait un procès à Charlie Hebdo, qu’il a gagné ! Mais les grands défenseurs de la liberté d’expression ne l’ont pas réintégré ; ils ont payé les dédommagements décidés par le tribunal en faveur de Siné et ils ont fermé la porte. Alors, quand c’est une caricature sur les Juifs, Charlie Hebdo vire le dessinateur et, quand ça choque les Musulmans, c’est la liberté d’expression… Si c’est comme ça, comment veux-tu que, nous, on soit Charlie ?

– Comment expliquez-vous cet acharnement contre Dieudonné et la complaisance des institutions à l’égard de la communauté juive de France ?

– Je suis sûr que tu connais la réponse, mais je vais te la dire quand même. En Europe, les sionistes instrumentalisent ce qui s’est passé pendant la guerre, le massacre des Juifs par les Allemands. Chaque fois qu’ils veulent quelque chose, ils reviennent avec ça et ils culpabilisent les Européens ; et, si quelqu’un n’est pas d’accord, ils l’accusent d’être un antisémite. Du coup, pour ne pas bousiller leur carrière, les juges, les journalistes, les politiciens, ils font tous ce que les Juifs veulent ; on ne leur refuse rien. Et ils se placent partout. Mon Frère t’a expliqué la disproportion qu’il y a dans la représentation des Juifs dans les milieux politiques. C’est la même chose dans les médias. Par contre, remarque que, ni en politique ni à la télévision, tu ne verras beaucoup de Musulmans ; pourtant, en France, on est beaucoup plus nombreux que les Juifs. Mais tu peux aussi faire le rapport avec les Chrétiens (ou les « Français de souche », on va dire) : dans les médias et la classe politique, par rapport aux Juifs, les Français de souche sont encore moins bien représentés que les Musulmans, si on fait un rapport proportionnel à leur nombre dans la population. Ça ne t’avait jamais frappé ? C’est pour ça que l’État et les médias s’acharnent contre Dieudonné. Et c’est pour ça que tu peux tout dire sur l’Islam, sans avoir de problème ; mais, dès que tu critiques les Juifs, les ennuis commencent.

– Une bite et une paire de couilles ! Voilà, d’ailleurs, comment Charlie Hebdo a remis ça… Et tout le monde a applaudi. Ils n’ont jamais autant vendu d’exemplaires de leur revue !

– Je ne comprends pas…

– Mais oui ! Prends le Charlie et retourne-le ! Tu verras ce qu’ils ont fait, une nouvelle fois, avec le Prophète ; la bénédiction et la paix soient sur Lui… « Tout est pardonné » ; tu parles ! C’est obscène, comme d’habitude. C’est surtout insultant, dans les circonstances actuelles en plus. C’est plus qu’insultant : c’est humiliant ; d’un côté on exige des Musulmans qu’ils se positionnent « clairement » et, d’un autre, on leur remet « ça » sous le nez… Mais, « ça », ce n’est pas une incitation à la haine ? Ce n’est pas raciste ? Ce n’est pas discriminatoire ?

– Nous, les Musulmans, il faut qu’on arrête de se mettre la tête dans le sable ; il faut arrêter de vouloir plaire aux blancs en renonçant à notre religion et à ses règles. Ça ne sert à rien. Quoi qu’on fasse, on ne sera jamais des citoyens de ce pays. Ce n’est pas seulement qu’on est des citoyens de seconde zone. Non. Pas seulement qu’on ne nous veut pas dans certains emplois, parce que, notre religion, on la porte sur notre figure et qu’on ne peut pas changer de figure. Pas seulement que les contrôles de police, dans les quartiers, se font au faciès et qu’on tombe sur l’Arabe et pas sur le petit blanc qui passe à côté. En fait, c’est qu’on n’est pas considérés comme des citoyens. La société française ne nous voit pas comme des citoyens ; elle nous verra toujours comme des étrangers. Des citoyens en théorie, mais pas en réalité. C’est comme ça. Ce n’est pas un racisme d’État. Non. Ce n’est pas ça. Ce sont les gens. C’est dans leur tête ; c’est tous les jours.

– Et tu as vu ce qui s’est passé, pendant la marche pour Charlie !? Il y avait Netanyahou ! Tu imagines ?! Netanyahou !!!

– Les journalistes, ils disaient « on remarque la présence de représentants de régimes non démocratiques, la Turquie et la Russie »… Ils ne l’ont pas ratée, la Russie ; chaque fois qu’on peut taper sur Poutine, on ne le rate pas ! C’est parce qu’il vous résiste ! Mais Israël ? Ça ne dérangeait pas, Netanyahou ? Le type qui a ordonné les massacres de civils à Gaza ? C’est démocratique ça ? 2.000 civils tués en juillet et août 2014 ? C’est démocratique ? Il n’y a même pas un an ?

– Tu vois, c’est ce genre de truc, cette géométrie variable de l’indignation, toujours ce même coup des deux poids et deux mesures qui énerve les jeunes, ici. Et pas seulement les jeunes ; les vieux en parlent aussi. Mais, les vieux, ils se sont résignés.

– Non, mais… Tu imagines ? Quand, nous, on entend et qu’on voit ce genre de truc ? Nous, on est Français, mais on a de la famille, là-bas, qui meurt sous les bombes de Netanyahou. Alors, tu imagines le dégoût ?! Et après le dégoût ? La haine !

– Mais pas une haine stupide. Attention ! Non, une haine réfléchie. Ce n’est pas vrai ce que je viens de te dire ? Ce n’est pas vrai que c’est dégoutant cette hypocrisie des journalistes et des hommes politiques ? Pourquoi Hollande, il a embrassé Netanyahou ? C’est un criminel de guerre ! La marche, ce n’était pas pour la liberté ? Pour la liberté d’expression ? Alors, pourquoi aucun journaliste n’a osé dire « Netanyahou n’a pas sa place dans cette marche ; c’est scandaleux » ? Au moins ajouter Israël à la liste, après la Turquie et la Russie. Mais non. Ils ont eu peur ou quoi ? Mais oui, ils ont peur…

– Si on n’est pas représentés par les hommes politiques et les journalistes, alors, nous, on est vraiment Français ? On est des centaines de milliers, là. On travaille ici et on paie des impôts. On vit ici. On est des citoyens. Et on est des Musulmans. On a le droit de faire respecter notre avis et notre religion.

– Mais non. Les Musulmans sont obligés de « prouver » qu’ils sont de « bons Français ». Il faut être Charlie ! Ou on va nous « traquer » et nous « traiter », comme elle a dit, la journaliste de France 2. Les jeunes des banlieues qui ne sont pas Charlie et qui entendent ça, comment tu crois qu’ils réagissent, quand on leur dit « Si tu n’es pas Charlie, on va te traquer » ? Ceux qui ont parlé à l’école et qui se sont trahis, on les a « repérés »… S’ils veulent, ils peuvent continuer comme ça ! S’ils veulent la jouer comme ça, qu’ils continuent ! Comme ça, vous en aurez de plus en plus, des moudjahidines prêts au martyr.

– On ne croit plus en l’histoire telle qu’elle nous est racontée. L’histoire de la Guerre du Golfe… Les Irakiens n’ont pas droit à leur histoire ; c’est l’histoire que les Américains et les Européens ont écrite qu’on nous raconte. Les Palestiniens n’ont pas droit à leur histoire. Ici, à la télévision, dans les écoles, c’est l’histoire que les Juifs ont écrite que les journalistes et les professeurs racontent. L’alyah [ndlr: immigration d’un Juif en Israël], ce n’est pas interdit. Ces Juifs, citoyens français ou belges, qui décident d’aller en Israël pour y faire leur service militaire et qui participent à des massacres de civils à Gaza ! C’est quoi, ça ?! Ce n’est pas du terrorisme sioniste ? Mais personne n’y trouve à redire. Au contraire, on trouve ça « beau », on trouve ça « bien », « patriotique », « courageux ». Tu vois l’histoire qu’on nous raconte, là ? Tu comprends pourquoi on n’y croit plus ? Pourquoi des jeunes Musulmans, pendant la minute de silence, dans les écoles, ont dit « Non ! Je ne suis pas Charlie ! » ? Et, tiens ! Question : pourquoi les familles des Juifs morts à Toulouse ou bien dans la superette casher de Paris sont-elles allées faire enterrer leurs proches en Israël ? Ils aiment plus Israël que la France, ces « bons citoyens » ? Les journalistes n’ont pas posé cette question à la télévision !

– Mais on entend, par contre : « Ces djihadistes qui partent se battre contre Bashar al-Assad, ils n’ont qu’à rester là-bas ! On n’en veut plus ici ! On va les priver de leur nationalité ! »

– Ça ne sert à rien de nous insulter, de nous traiter de barbares et d’illuminés. Si vous dites ça, c’est parce que vous avez peur. Vous avez peur de la vérité ; vous refusez d’entendre ce qu’on a à dire, parce que c’est la vérité et qu’elle ne vous convient pas. Alors, vous vous bouchez les oreilles et vous dites « Ils sont fous ! Ce sont des barbares ! ». Et vous avez peur aussi de notre force. Parce que vous savez que nous sommes là, mais vous ne savez pas quand nous frapperons encore.

– Ils se trompent et, tant qu’ils se tromperont, nous gagnerons. Ils se trompent de problématique en qualifiant les moudjahidines de monstres. Ce sont des êtres humains qui réfléchissent ; mais pas selon votre conviction de ce que doit être le monde. Ils se trompent en attribuant les attaques de Paris à l’ignorance et à la fracture sociale, en prétendant que les martyrs Kouachi étaient des délinquants manipulés. Nous comprenons très bien ce que l’Occident a fait aux Musulmans et nous savons très bien ce que nous voulons. Nous voulons l’Islam. Nous voulons délivrer la terre du Prophète –que la bénédiction et la paix soient sur Lui-, la libérer de ce que les puissances coloniales européennes y ont fait, et maintenant les Américains… Nous voulons abattre ces frontières imposées aux Musulmans à l’époque coloniale, l’Irak, la Syrie, le Liban, la Jordanie, l’Arabie saoudite… Nous voulons reconstruire le Califat et l’étendre au monde entier. C’est politique, mon ami ! C’est la guerre !

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Pierre Piccinin da Prata

Historian and Political Scientist - Chief Editor / Rédacteur en Chef

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  1. Bonjour Mr. Piccinin da Prata

    Je ne suis pas partisan de l’État Islamique mais chapeau pour le reportage et le contenu, c’est tellement rare de voir toute la retranscription d’un dialogue de ce genre et de lire un échange sans tabou que je ne peux que vous féliciter pour votre déontologie.

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    Ridwan

  2. Quel dommage pour tous ces pauvres musulmans, dont le fond de commerce est de cultiver le ressentiment et le désir de vengeance en se persuadant d’être des victimes, alors qu’historiquement l’apparition de l’islam n’a jamais rien apporté d’autre que la guerre et la barbarie, et que théologiquement il s’identifie à l’Antichrist annoncé par Jésus (Mt 24.4,11,24 ; Jn 16.2 ; Ga 1.18-9 ; 1 Jn 2.22-23 ; 4.2-3). Qui peut en effet oser prendre la Parole après que la Vérité a parlé (Jn 14.6 ; Coran 6.73 ; 16.40) sinon l’Imposteur ? Qui peut venir après le Christ sinon l’Antichrist ? Qui peut venir après Jésus sinon Mahomet ? En attendant, tous ces pauvres gens vivent dans la haine, se préparent une place en Enfer et sont les instruments de Satan pour ajouter un peu plus au malheur du monde …

  3. “— 10 Jésus a libéré l’humanité de la prétention à établir sur terre la société parfaite en enseignant que son Royaume n’est pas de ce monde, parce qu’il est de Dieu, et que Dieu n’est pas de ce monde (Jn 18.36 ; Mc 10.21 ; Mt 13.29-30 ; 1 P 1.4). En conséquence, Il ne promet pas à ses disciples de voir Dieu régner ici-bas (Jn 22.29), et aussi vrai qu’Il S’est avancé librement vers Sa mort et Sa résurrection (Lc 9.22,44, 18.31-33), Il fera entrer les élus dans le Royaume de Dieu seulement au Jour du Jugement Dernier (Mt 25.31-46 ; Jn 5.29 ; 2 Th 1.6-10 ; 2.12). Mais les Musulmans continuent à croire qu’en dépit du fait que, depuis quatorze siècles, l’Islam n’a conduit aucune société au bonheur, l’instauration de la charia leur est demandée pour qu’advienne sur terre le monde parfait. L’instauration du règne d’Allah qui n’admet pas l’égalité de nature homme/femme, homme-libre/esclave, Musulman/non-Musulman (Voir S,T,U), dépend des seules forces humaines investies dans le djihad. Clone du messianisme politique qu’est le nationalisme juif, épris comme lui de pureté rituelle, il vise non plus seulement la conquête de la seule Terre Sainte, dont la perte lui est un drame, mais celle du monde entier. Si Dieu a sévèrement châtié l’incrédulité du peuple juif (Lc 19.44), n’en fera-t-Il au moins autant pour celle des Musulmans ?

    — 11 L’Islam apporte aux Musulmans l’assurance de leur supériorité intrinsèque par le rappel de leur prétendu glorieux passé. Les victoires de Mahomet et les foudroyantes conquêtes qui ont suivi sont utilisées pour que plus d’un milliard deux cents millions de Musulmans aient non seulement une bonne raison d’avoir confiance dans l’Islam, mais souhaitent revivre cette épopée identifiée à l’Islam dans son expression la plus parfaite puisqu’elle fut celle vécue par le « Prophète ». Dans cette intention, comment la présente situation d’infériorité économique et politique des pays musulmans ne serait-elle pas utilisée pour nourrir leur complexe de supériorité ?”

    (Extraits de mon livre “Interroger l’islam”, W 10-11, éditions DMM, 2014)

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  5. Verley Gilles on

    Bonjour Mr. Piccinin da Prata,

    Vous faites un travail très instructif, soyez-en remercié ! Je ne sais pas si ce dialogue doit être mis dans toutes les mains mais en, ce qui me concerne, il me stimule à résister à la déliquescence d’un certain nombre de nos valeurs républicaines, en particulier celles de justice et d’égalité. Ces musulmans radicaux nous tendent un miroir de notre société pas très reluisant. Sachons tirer partie de la part de vérité qui est en eux afin que, peut-être, ils puissent tirer partie de la part de vérité qui est en nous et que, nous puissions, à nouveau, vivre ensemble sans nous haïr, tout en sachant que c’est un travail que chaque génération doit recommencer à son propre compte …

  6. Eh, si les Français sont trop racistes, trop laïcs et trop islamophobes, vous savez ce qu’il vous reste à faire non ?

  7. Citoyen de seconde zone, à peine français, oui, tant que les musulmans n’accepteront pas la laïcité, tant qu’ils refuseront la possibilité de blasphémer ou d’apostasier. Ce pays, ce n’est pas le sang de vos ancêtres qui l’a bâti !

  8. Bonjour,
    Pourquoi n’avez-vous pas argumenté que Dieudonné soutient Bachar Al Assad et qu’il prétend que les attentats sont perpétrés par les services secret occidentaux ?

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