ÉTAT ISLAMIQUE – Reportage exclusif – La bataille de Mossoul !

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La bataille de Mossoul a commencé le 17 octobre 2016.

Dans l’euphorie générale, la presse internationale a titré sur la chute imminente de Mossoul : les Peshmergas (les combattants kurdes) et l’armée irakienne, appuyés par l’aviation de la coalition internationale menée par les États-Unis et secondés par diverses factions, dont les milices chiites d’Irak, semblaient progresser à grande vitesse et « avançaient déjà dans la banlieue de Mossoul » pour « libérer » la ville.

Mais la réalité est moins fantastique…

Mossoul encerclée

Les Peshmergas, ces combattants kurdes devenus célèbres, ont poussé l’offensive depuis le Kurdistan jusqu’à libérer tous les villages situés à l’est de Mossoul des djihadistes de l’État islamique (EI), dont les différentes agglomérations à majorités chrétiennes telles que Qarakosh, Amdaniya, Bartella, des bourgs aujourd’hui abandonnés par leur population et qu’animent seulement le va-et-vient des véhicules blindés et le vent qui balaye la poussière des ruines.

Mais il ne faut pas s’y tromper : cette première phase de la reconquête n’était pas très compliquée. D’une part, en effet, ces villages perdus dans la plaine de Ninive n’offraient pas aux islamistes les conditions idéales pour fixer une résistance efficace et durable : désertées par les civils qui avaient fui les lieux en 2014 dès l’annonce de l’arrivée des djihadistes, ces bourgades ont pu être bombardées sans merci par les forces aériennes de la coalition internationale menées par les États-Unis (près de la moitié des habitations sont aujourd’hui détruites) ; et il en fut de même des routes qui relient les villages à Mossoul à travers la rase campagne, sur lesquelles tout véhicule, complètement à découvert, constituait une cible facile pour les avions de la coalition. D’autre part, les djihadistes de l’EI ont dès lors effectué un repli stratégique, réservant leurs forces pour défendre Mossoul, la capitale irakienne du Califat, et abandonnant aux assaillants kurdes ces agglomérations sans grand intérêt stratégique.

Ainsi, en quelques semaines seulement, les Peshmergas ont pu ceinturer Mossoul et envelopper sa moitié est d’un rempart de terre élevé au bulldozer et régulièrement ponctué de fortins surélevés. Et c’était bien là leur objectif : le gouvernement régional du Kurdistan irakien achève ainsi d’établir son pré carré, considérant que tout ce qui se trouve à l’intérieur de ces fortifications qui matérialisent désormais sa frontière est territoire kurde (une frontière qui s’étend, vers le nord, jusqu’à la limite de la Syrie et, vers le sud, englobe tout le territoire enlevé à Bagdad à la faveur de la guerre contre l’EI, jusqu’à la frontière iranienne ; un « espace vital » qu’Erbil n’a pas l’intention de  rendre à l’Irak). Ce qui est au-delà est arabe et les Peshmergas n’ont aucune envie de risquer leur peau pour appuyer l’armée irakienne dans la reconquête du reste du pays ; l’offensive kurde s’est donc arrêtée à la « frontière du Kurdistan ».

À l’ouest, ce sont les milices chiites qui ferment le cercle, lesquelles se sont déployées dans le désert qui sépare Mossoul de la Syrie et de ce qu’il reste de l’État islamique, dont la capitale syrienne de l’EI, ar-Raqqa…

Initialement, le plan de la coalition était de laisser une porte de sortie aux islamistes, et de leur permettre d’évacuer Mossoul pour, d’une part, éviter une guerre urbaine extrêmement compliquée et meurtrière et, d’autre part, piéger les djihadistes en les poussant à s’enfuir dans le désert qui aurait constitué une « death zone » où, ces derniers se retrouvant à découvert, l’aviation de la coalition devait leur occasionner de nombreux dégâts. Mais les milices chiites, apparemment sans concertation avec l’état-major de la coalition, se sont emparé de Tal-Afar et ont barré la route vers la Syrie, fermant le siège de Mossoul et contraignant la coalition et l’armée irakienne à envahir la ville.

L’armée irakienne et les milices chiites saignées à blanc

Contrainte de se battre dans la ville de Mossoul, face à des djihadistes aguerris au combat urbain et déterminés au martyre, l’armée irakienne a perdu beaucoup d’hommes dès les premiers jours de la seconde phase de l’offensive (l’attaque de la ville de Mossoul à proprement parler), qui a débuté le 30 décembre 2016.

Les soldats irakiens, qui ont commencé à reconquérir la ville rue par rue, immeuble après immeuble, étage après étage, ont rapidement pris l’effroyable mesure de l’opération dans laquelle ils étaient engagés : l’armée irakienne a perdu près de 600 hommes en trois jours et plus d’une dizaine de véhicules blindés (inefficaces dans les rues de la ville où ils manœuvrent lentement, cibles idéales pour les lance-roquettes) ; et elle a commencé à reculer sous les coups des combattants de l’EI, au point d’enregistrer plusieurs désertions qui ont laissé craindre une débandade identique à celle de 2014, lorsque les 800 djihadistes avaient arraché Mossoul aux 60.000 Irakiens sensés la défendre.

Les combats sont en effet intenses et les attaques de l’EI ne laissent aucun répit aux soldats irakiens. Ces derniers opèrent quartier par quartier, qu’ils isolent du mieux qu’ils peuvent en montant des obstacles au bulldozer pour en interdire les accès ; après quoi ils investissent les habitations les unes après les autres et les « nettoient » des djihadistes qui les défendent.

Mais, visés par les snipers de l’EI et victimes d’engins explosifs dissimulés partout dans les immeubles, les soldats irakiens meurent en nombre ; par ailleurs, les djihadistes ont creusé dans le sous-sol de Mossoul un impressionnant réseau de tunnel qui leur permet de se déplacer aisément et de surgir derrière leurs adversaires pour les attaquer à revers.

Face au risque d’une nouvelle débâcle, tout début janvier, les milices chiites ont été lâchées (c’est le mot) : l’état-major de la coalition avait expressément demandé qu’elles n’interviennent pas dans Mossoul, craignant de voir se reproduire les vengeances et exactions nombreuses qui avaient émaillé l’avance des milices pendant la reconquête de Falloudjah (où environ 700 hommes et adolescents ont disparu), Tikrit, Ramadi ou la région de Diyala, où la communauté sunnite a été victime d’exécutions sommaires, tortures, dynamitage des maisons…

La résistance opposée par l’EI à l’armée irakienne n’a pas laissé d’autre choix que de donner carte blanche à ces milices fanatisées, qui ont réussi à repousser les djihadistes au-delà du Tigre et à s’emparer ainsi de la partie orientale de la ville, complètement reconquise le 22 janvier ; mais à quel prix… Les milices chiites engagées dans la ville de Mossoul ont perdu 50% de leurs effectifs.

Il reste toutefois des groupes de djihadistes embusqués dans l’est reconquis, qui attaquent régulièrement les forces irakiennes et font des morts : lorsque l’offensive a commencé, 9.000 à 10.000 combattants de l’EI défendaient Mossoul.

La troisième phase de l’offensive devrait être plus meurtrière encore, lorsqu’il s’agira de reconquérir la partie occidentale de Mossoul, à savoir les quartiers sunnites et les ruelles étroites de la vieille ville…

La population arabe sunnite préfère l’EI aux Chiites de Bagdad…

Contrairement à ce qu’affirment les reportages très politiquement corrects diffusés ici et là, il apparaît que, majoritairement, la population sunnite, à Mossoul comme ailleurs, supporte l’EI, serait-ce uniquement par crainte du retour des Chiites, des milices, mais aussi de l’armée irakienne qui a été purgée de ses effectifs sunnites après le renversement de Saddam Hussein en 2003 (lequel gouvernait le pays en s’appuyant sur la minorité sunnite, au détriment des Chiites ; depuis l’invasion américaine, c’est l’inverse qui prévaut).

Ainsi, derrière la propagande qui montre des familles sunnites « libérées de l’EI » et dénigrant les djihadistes à la demande devant les caméras, la réalité est moins réjouissante pour la coalition : une large partie de la population arabe sunnite a fui les quartiers de Mossoul reconquis, mais non pas pour trouver refuge dans les zones tenues par la coalition ; les Sunnites ont préféré suivre les djihadistes dans leur retraite plutôt que de tomber dans les mains de l’armée irakienne et des milices chiites.

Dans la région de Mossoul, en particulier, la communauté sunnite s’attend à des retours de flamme. Ce sont en effet des Irakiens issus des villages sunnites, des autochtones, qui ont attaqué leurs voisins, notamment les Yézidis de la région de Sinjar, lorsque l’EI s’est étendu sur le nord de l’Irak.

En outre, depuis 2014, rien n’a changé dans la politique pro-chiite de Bagdad ; les leçons n’ont pas été tirées depuis que l’EI s’est implanté facilement en Irak avec l’aide des Sunnites fatigués de plus de dix années de brimades et de frustrations infligées par l’armée irakienne considérée comme une force d’occupation. Aucune tentative de rééquilibrage sérieuse n’a été entreprise, mis à part le remplacement de Nouri al-Maliki par Haïder al-Abadi, plus modéré, à la fonction de premier ministre ; mais cette mesure, promue par Washington avec l’aval de Téhéran et qui visait à créer des conditions propices à une forme d’union nationale face à l’EI, n’a pas convaincu les Sunnites, lesquels, alors que l’EI est en train d’être vaincu, se sentent à nouveau menacés et même davantage encore qu’auparavant.

Alors que je converse avec les miliciens, des cris et des insultes fusent au bout de la rue : des soldats irakiens poussent devant eux trois hommes, l’air apeuré, les vêtements sales et les cheveux couverts de poussière, qui avancent les mains sur la tête. Je m’en approche et me risque à les interroger… Ce sont des habitants du quartier voisin ; ils ont été pris les armes à la main…

Parmi les combattants ennemis que les milices chiites et l’armée ont capturés, beaucoup ne sont pas des djihadistes de l’EI, mais des habitants de Mossoul, qui ont pris les armes et s’opposent à l’avancée de l’armée irakienne…

Dans les camps de réfugiés qui peuplent le Kurdistan, je suis allé à la rencontre des familles sunnites. J’en ai rencontré plusieurs, dans le vaste complexe d’Hassan Sham notamment : les femmes, les enfants, quelques vieillards… mais peu d’hommes. « Les hommes, les jeunes, pas ceux qui ont perdu leurs dents comme moi, m’avoue un vieux grand-père, ils sont restés là-bas ! Pour faire la guerre… »

Une guerre civile sunno-chiite en Irak ?

À vrai dire, la guerre civile est déjà en cours… Attisée par Téhéran et Ryad dans le cadre de la guerre que les deux capitales se font dans la région, en Syrie et en Irak, où l’Arabie saoudite soutient clandestinement les factions islamistes, dont l’EI, et ce avec l’aide d’autres monarchies du Golfe (comme le Koweït et le Qatar), et où l’Iran supporte, d’une part, le régime de Bashar al-Assad et les milices du Hezbollah libanais engagées à ses côtés (l’Iran a aussi déployé en Syrie ses propres miliciens et encouragé des miliciens chiites irakiens à les y rejoindre) et, d’autre part, les milices chiites d’Irak qui ont constitué le fer de lance de la reconquête de Falloudjah, Tikrit et Mossoul ; et au Yémen, où les Saoudiens ont décidé d’intervenir militairement contre les rebelles Houthis armés par l’Iran et qui se sont emparés de la capitale, Sanaa.

Ainsi, dans la bataille de Mossoul, un seul groupe arabe sunnite s’est engagé aux côtés de l’armée irakienne, sous le commandement d’Atheel al-Noujaifi, l’ancien gouverneur de Mossoul ; et ses effectifs ne sont pas énormes, quelques centaines d’hommes qui ne collaborent que fort peu avec l’armée irakienne, jamais avec les Peshmergas (qui les acceptent mal) et semblent plutôt obéir à un commandement turc… La milice sunnite a été créée en 2014, en réaction à l’appel de l’ayatollah Sistani (la plus haute autorité chiite d’Irak) à la mobilisation des milices chiites. Selon un officier des Peshmergas rencontré à Bashiqah, centre du dispositif fortifié kurde devant Mossoul, « ces Sunnites n’ont pas vraiment l’intention de se battre contre Daesh et on ne les a jamais vus se battre, d’ailleurs ; leur but, c’est de s’organiser pour préparer la suite, lorsque les Irakiens [ndlr : c’est ainsi que les Kurdes désignent les Arabes chiites et le gouvernement de Bagdad] en auront fini avec les terroristes et commenceront à régler leurs comptes ».

En effet, les représailles exercées en Irak par les Chiites victorieux sur les Sunnites habitants les zones reprises à l’EI se succèdent et, plus le temps passe, plus le pays approche du point de non retour en termes de réconciliation nationale.

Les miliciens chiites que j’accompagne dans les rues de Mossoul ne ménagent pas les habitants sunnites qui n’ont pas fui ; dans un quartier sunnite reconquis, toutes les portes sont défoncées et les maisons, fouillées sans précaution. « Ils cassent tout, me confie le propriétaire d’une petite épicerie. Ça y est, ça recommence. On les avait chassés, mais tout va recommencer, et on va le payer cher. »

Nous, on n’a pas pu s’en aller à temps, m’explique un autre habitant issu de la communauté sunnite. Le quartier a été encerclé et on s’est caché, avec mon père, ma femme et mes fils… Mais ils nous on trouvés. Cela faisait trois jours qu’on n’avait plus rien bu ni mangé. Ils ont rassemblé tous ceux qu’ils ont encore trouvés là, et ils ont emmené les jeunes ; ils leur ont lié les mains dans le dos et ils leur ont bandé les yeux, puis ils les ont fait monter dans un camion. Mes fils de quinze et dix-sept ans… Je ne sais pas où ils sont. J’ai demandé, plusieurs fois, mais ils ne nous répondent pas. Hier, je suis retourné pour leur demander, et j’ai reçu un coup de bâton sur la figure ; vous voyez, ici… 

Les milices ont improvisé plusieurs centres de détention dans la partie de la ville désormais sous leur contrôle, dans des écoles notamment ; mais il ne m’est pas permis d’en approcher. « C’est pour des raisons de sécurité », me lance le chef de la brigade avec laquelle je suis entré dans Mossoul.

Qu’allez-vous faire de ces gens ?

Pour le moment, on les garde comme ça. Après, on verra ; on attend les ordres.

On dit que des Sunnites disparaissent, surtout de jeunes hommes et des adolescents… Que les miliciens chiites se vengent… Qu’il y a des tortures…

Qui dit ça ?! Ce sont eux qui disent cela ! Ce sont des menteurs ! Tu ne peux pas avoir confiance en ces gens-là ; ils ont soutenu Daesh ! Les Sunnites qui ont disparu, tu les trouveras chez Daesh !

L’état-major de la coalition aurait préféré que vous n’interveniez pas dans Mossoul… Pour éviter des problèmes aves les Sunnites…

Si les Américains ne veulent pas de nous, ils n’ont qu’à venir se battre eux-mêmes contre Daesh. (Rires) S’ils ne veulent pas venir ici, il faudra qu’ils fassent avec nous !

Un étudiant sunnite originaire de Falloudjah m’explique qu’il a eu des contacts avec son cousin, arrêté par les milices chiites : « Ils l’ont emprisonné à Falloudjah, et ils l’ont frappé pendant plusieurs jours, avec des câbles et des barres de fer. Ils lui ont brisé une jambe, pour qu’il donne les noms de ceux qui avaient collaboré avec Daesh. Puis, ils lui ont dit qu’ils savaient que lui aussi était un combattant de Daesh. Mais mon cousin n’a rien fait. Il travaille avec mon oncle dans son garage ; il répare les voitures. Son frère a été transféré à Bagdad, mais on n’a plus aucune nouvelle… On ne sait pas ce qu’il est devenu, ce qu’on lui fait subir. Ça fait presque cinq mois… »

Le gouvernement irakien et la coalition, non seulement, ont besoin de ces troupes au sol et qui, ne craignant pas de mourir pour leur cause, prêtes au martyre, le recherchant même parfois, pallient au manque d’entrain de l’armée régulière ; mais, surtout, le gouvernement est incapable de les contrôler et de les ramener à plus de modération.

D’autant moins que l’armée régulière elle-même, ainsi que la police fédérale irakienne, ne se privent pas de vengeance et multiplie les atrocités ; l’une des plus effroyables aurait eu lieu en novembre 2016, au début de l’offensive : des soldats irakiens auraient tabassé un adolescent qu’ils accusaient d’avoir combattu avec l’EI, avant de l’achever en l’écrasant sous les chenilles de leur char.

L’EI après Mossoul

L’armée irakienne va à présent tenter de reconquérir la partie ouest de la ville, mais en menant une offensive par le nord. Cette dernière phase de la reconquête de Mossoul sera coûteuse en vie humaines, de part et d’autre ; mais Mossoul tombera.

Toutefois, la prise de Mossoul, dernier bastion irakien des djihadistes, ne mettra pas fin aux activités de l’EI en Irak.

Tout d’abord, il faut prendre conscience que près de 90% des combattants de l’EI sont irakiens (dont un certain nombre de Kurdes sunnites qui sympathisent avec l’EI).

Ensuite, ce n’est pas parce que les structures étatiques mises en place par l’EI ont été démantelées et que l’EI a perdu le contrôle du territoire dont les islamistes défendaient les frontières que la menace terroriste va disparaître de facto : la stratégie de l’EI s’est adaptée ; l’EI se réorganise désormais pour survivre, dans la clandestinité.

Les djihadistes n’ont aucune difficulté à se fondre dans la population des villages sunnites où ils bénéficient de soutiens ; ils savent aussi comment infiltrer le Kurdistan, notamment en suivant le flux des réfugiés qui s’y engouffrent chaque jour.

Cette nouvelle stratégie est déjà opérationnelle et a déjà porté ses fruits : les récentes attaques sur Kirkouk et Sinjar l’ont montré ; aucun objectif particulier n’est ciblé a priori, le but étant de faire partout où c’est possible un maximum de dégâts…

Certes, en 2003, les forces spéciales d’intervention américaines avaient réussi à sensiblement affaiblir al-Qaeda en Irak ; mais les moyens déployés avaient été énormes, et al-Qaeda ne disposait pas de relais particulièrement nombreux et motivés dans la population, contrairement à l’EI dont il est à parier que les réseaux de résistance s’imposeront rapidement aux yeux de la communauté sunnite comme le seul rempart viable face au triomphe des Chiites de Bagdad.

Et la Turquie, dans tout ça ?

C’est une inconnue supplémentaire, qui s’ajoute au conflit sunno-chiite et à la potentielle résilience de l’EI : quel rôle le président Erdogan entend-il jouer exactement dans la partie qui s’achève à Mossoul ? Et quelle part ses alliés kurdes du PDK accepteront-ils d’y prendre ?

Bien sûr, il y a les rumeurs : Ankara envisagerait d’annexer une partie de la Mésopotamie, qui fût autrefois province de l’Empire ottoman… D’où le déploiement de 3.000 soldats turcs et de chars dans la plaine de Ninive… D’où, aussi, la tutelle turque sur les miliciens irakiens sunnites qui espèrent la protection de la Turquie sunnite…

Mais il y a surtout des problèmes plus immédiats et plus concrets, et, précisément, la question du PKK (le parti des Travailleurs du Kurdistan, actif en Turquie) et de sa filiale syrienne, l’YPG.

Depuis la mi-décembre 2016, les forces armées turques attaquent la population kurde de Turquie (sept villes du Kurdistan turc ont été bombardées et en partie détruites) et, de même, les positions de l’YPG en Syrie, tout le long de la frontière turque. C’est dans cette optique que, depuis près d’un an, les Peshmergas du parti démocratique du Kurdistan (le PDK, qui gouverne à Erbil et contrôle l’ouest du Kurdistan irakien), fervents alliés d’Ankara, ont fermé le passage frontalier entre la Syrie et l’Irak, isolant ainsi les Kurdes de Syrie tenaillés, au nord et à l’ouest, par l’armée turque et, au sud, par les forces de l’EI ; et ce au grand dam de l’Union patriotique du Kusrdistan (l’UPK, l’autre grand parti du Kurdistan irakien, qui en contrôle la moitié orientale), allié du PKK et de l’YPG.

En réaction, les forces de l’YPG, avec l’appui du PKK (et le concours officieux de l’UPK), se sont fortifiées dans la région de Shingal, rétablissant une zone de passage entre le Kurdistan irakien et les régions kurdes de Syrie, le Rojava.

Une situation qui fait craindre à d’aucuns de nouvelles « guerres inter-kurdes ».

C’est en effet dans ce cadre qu’ont commencé des négociations entre le PDK et la Turquie : « On parle d’une possible intervention militaire turque pour déloger le PKK de la région, m’a soufflé à l’oreille un haut responsable de l’UPK rencontré à Souleymanieh, qui serait appuyée par des Peshmergas du PDK. Mais, ça, nous, on ne laissera pas faire… »

 

 

 de notre envoyé spécial à Mossoul

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Pierre Piccinin da Prata

Historian and Political Scientist - Chief Editor / Rédacteur en Chef

1 Comment

  1. Personne n’a misé sur une chute imminente de Mossoul dés l’engagement de la bataille. Tous les experts militaires et autres avaient prévenu que la la libération de la ville selon longue et difficile.

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