MONDE ARABE – «And the winner is…»

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La « Grande Démocratie » (les États-Unis d’Amérique) a offert au monde attentif son traditionnel spectacle mis en scène à coups de centaines de millions de dollars.

Tout y était guirlandes, pom-pom-girls, spots éblouissants et colorés, shows télévisés… et même des stars du show-business y ont pris part, sans que soit oublié l’étalage voyeuriste des frasques privées des présidentiables.

Heureusement, pour une fois, « en bas », tout cela a mené à quelque chose d’inhabituel : le jeudi 3 novembre 2016, un sondage du New York Times et CBS a révélé que 82% des Américains interrogés étaient écœurés par la campagne menée par les deux candidats.

Au bout du processus, comme depuis plus de deux siècles, c’est sans surprise : il n’y a que l’un des deux candidats du pouvoir bicéphale  régnant qui remporte la couronne. Mais voilà : cette fois-ci, il y a des remous…

On dit même que cette élection aurait produit une « surprise »…

Il serait même question que soit revu le procédé de passage par les « grand-électeurs » ou même que ces derniers ne respecteraient pas, in fine, le principe de voter selon les canons établis… Ce que permet effectivement une singularité très « démocratique » du mode électoral aux États-Unis.

Que s’est-il passé ?

Facile à comprendre : devant l’hystérie qui s’est emparé de la classe au pouvoir, en Occident, et de la presse dominante, on ne s’attendait pas à ce que la décérébration, systématiquement menée, et que la crétinisation, scientifiquement administrée aux foules, allaient produire un tel effet. En fait, exit les intelligences dangereuses pour le système en place, exit les voix discordantes, exit les alternatives au crime institutionnalisé ; il fallait bien que le substrat émerge un jour.

Ici Trump, ailleurs les mouvements fascisants ; ou un falot inénarrable en France.

Prévoir demain ? L’effondrement inéluctable de la façade démocratico-humaniste d’une entreprise ploutocratique qui n’avait de cesse que de soumettre la planète à ses sordides intérêts.

Ailleurs, sur le terrain où meurent par centaines de milliers les victimes de la « machine à dollars et euros », rien ne va plus, non plus. Car, comme un écho aux élections étatsuniennes, les projets de « démocratisation » des Hillary Clinton, David Cameron, François Hollande et consorts battent sérieusement de l’aile.

Celui qui « devait partir » (le président syrien, pour ceux qui n’auraient pas compris l’allusion ; c’est vrai qu’aujourd’hui plus personne ne parle plus de le « faire partir ») semble gagner encore plus de force et d’assentiment de son peuple, un peuple rendu avide de paix et de sécurité face à l’hydre islamiste, ces « rebelles » aidés, armés et un temps protégés par l’establishment occidental, à travers le recours à un droit international dont le cou est tordu dans tous les sens.

Ailleurs, de même, sur le terrain médiatique, la panique est à son paroxysme.

Le « complotisme/conspirationnisme » bat son plein : les lecteurs, les auditeurs, les téléspectateurs, ne s’en laissent plus conter. Ils se sont mis à ne plus accepter le mépris dans lequel ils étaient tenus, à ne plus constituer des « cerveaux disponibles » ; ils se sont mis à s’informer « ailleurs » et désertent peu à peu mais sûrement « l’information » « officielle ».

Et tant pis s’ils peuvent avaler, parfois, la propagande effrénée de l’adversaire de l’Occident… Ils ont au moins pu apprendre que le drapeau des rebelles syriens avait été dessiné par un certain Henri Ponsot, haut-commissaire français au Levant, qui le définissait dans l’article 14 de la constitution qu’il avait rédigée pour la Syrie, un 14 mai 1930 : « Le drapeau syrien est disposé de la façon suivante : sa longueur est le double de sa hauteur. Il comprend trois bandes de mêmes dimensions. La bande supérieure est verte, la médiane blanche, l’inférieure noire. La partie blanche comprend trois étoiles rouges alignées à cinq branches chacune. »

Ils ont aussi appris qu’en matière de « terrorisme » les médias « installés » avaient très peu de scrupules à manipuler les termes. Il leur a été difficile de comprendre pourquoi  soudainement, à Alep, Al-Nosra et tutti quanti ne sentaient plus le soufre et faisaient bien « du bon boulot », selon la formule de l’ex-ministre Laurent Fabius ; étrange, en effet, que le cas de ces factions islamistes, « terroristes », qui ne sont plus subitement apparues que sous le dénominatif de « rébellion » dans les dépêches, articles et autres produits médiatiques…Mais c’était oublier qu’elles faisaient  désormais face aux Russes, aux milices chiites iraniennes, au Hezbollah et à l’armée pro régime.

Une illustration de la décrépitude du discours impérialiste occidental…

Pendant ce temps, le monde bascule vers sa reconfiguration ; et les péristaltismes idéologiques à l’Ouest, la victoire de Donald Trump, la déchéance humiliante de Nicolas Sarkozy et celle, à venir, de François Hollande, n’en sont que les prémices, celles d’une vaste débâcle de l’Occident.

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Ahmed Halfaoui

Chroniqueur de presse (Alger)

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