TUNISIE – Le jeu américain

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La politique des États-Unis est une continuelle mort et transfiguration du western classique, une saga des grands espaces du sauvage Far West, dont le Maghreb est aujourd’hui une réplique en miniature…

La politique est un jeu quand ce n’est pas toute la vie qui l’est; et la politique des États-Unis en Tunisie y fait la partie belle. Comme toute partie ludique, il y a des règles et une motivation amenant à préférer un jeu à un autre. Quelles sont-elles, s’agissant de « l’ami » américain ? Et comment expliquent-elles le jeu des États-Unis en Tunisie ?

Des règles modulables à souhait – La partie tunisienne, pour les amis d’outre-Atlantique, a l’avantage d’être sans règles strictes; le pays n’étant pas un État de droit, on peut y pratiquer la loi du plus fort quitte à ce qu’il soit le plus fou, étant le plus rusé.

Ce qui compte, c’est la préservation des intérêts considérés comme vitaux, coûte que coûte ; et qui serait plus fort que le gendarme du monde pour se servir ainsi ?

Pour cela, on comprend que les Américains, tout comme l’ensemble de l’Occident au demeurant, ne cherchent pas nécessairement à ce que la Tunisie soit très vite un parfait État de droit ; ce qui contrecarrerait une motivation principale du jeu tunisien.

Aussi, tout ce qui est dit en termes de valeurs ne relève que de la politique de l’affichage. Ce dont use le parti islamiste, d’ailleurs conseillé par des spécialistes, américains, de la communication, jouant cette carte supposée bien à tort un atout majeur par leur pays.

Une motivation mercantile – On le sait, le géant américain serait un tigre de papier si la matérialisation de sa puissance n’était pas moins en termes de feu qu’en espèces sonnantes et trébuchantes, ce qui contrôle bien mieux les mentalités et asservit les esprits en des temps matérialistes à l’excès. Il n’est ainsi de meilleure manière de lui résister que d’être non-matérialiste, ce qui n’est pas donné à tous.

En Tunisie, les amis d’Amérique et d’Occident cherchent à faire le plus d’affaires, générer le maximum de profits ; et ils ont trouvé les capitalistes sauvages dont ils voulaient. Ce sont bien sûr les affairistes qu’on connaît, mais aussi des islamistes qui ajoutent pour ce qui les concerne une fausse touche moralisatrice ne gâchant rien, trompant les plus naïfs sur leur piété.

Et comme le peuple sevré de libertés et de droits compense ses manques en se tournant allègrement vers les délices de la société de consommation, les amis américains de la Tunisie pensent donc y avoir trouvé un nouvel Eldorado.

Le western américain – C’est qu’ils ont trouvé dans les anciens persécutés de la dictature des politiciens sans grande expérience sinon celle de la démagogie doublée d’un désir de revanche se manifestant par une soif de privilèges.

Les Américains ont donc loisir de se comporter souvent comme un enfant gâté, n’ayant pas de scrupules à casser un jouet qui ne lui convient plus guère, même s’il peut servir encore.

En grands enfants qu’ils sont, ils n’aimaient pas tant que de mettre la pagaille à un endroit pour le plaisir de voir le désordre, d’avoir du mérite à le gérer et de régner en maître ensuite, pas nécessairement pour y jouer un rôle de premier plan, celui de spectateur même pas engagé suffisant à leur plaisir.

Ce dernier est d’ailleurs décuplé par la découverte des turpitudes des uns ou la valeur des autres qui ne doivent toutefois mériter leur admiration qu’en bâtissant seuls une possible gloire, si jamais ils devaient y arriver, et ce en honneur de la figure emblématique du self-made-man yankee.

Au Maghreb, les Américains ont pris et prennent un bien malin plaisir à placer les anciens parias au pouvoir et jubilent à les voir prendre leur revanche et la manière dont ils s’y prennent ainsi que les réactions que cela occasionne de la part des nouveaux déclassés.

Ils n’adorent rien tant que le mélange des rôles et la confusion des valeurs pour juger des comportements et évaluer les caractères et les valeurs intrinsèques. Le tout devant, bien évidemment, se dérouler selon l’imaginaire américain, celui d’un western, quitte à ce qu’il ne soit que spaghetti.

Il ne serait d’ailleurs pas exagéré de dire que la politique des États-Unis est une continuelle mort et transfiguration du western classique, une saga des grands espaces du sauvage Far West dont le Maghreb est aujourd’hui une réplique en miniature dans le cadre d’un plus grand Near East.

La mythologie du méchant indien, combattu ou utilisé contre ses propres frères, y est aujourd’hui réactivée à la faveur de l’islam qui fournit un outil incomparable pour une conquête renouvelée, non seulement de l’ouest du Monde arabe, mais aussi de tout l’Orient déboussolé.

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Farhat Othman

Ancien diplomate - Juriste et Politologue - Chercheur en Sociologie (Tunis)

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