PALESTINE – Sept messages au Monde, d’un peuple qui n’a plus rien à perdre

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Il ne faut jamais acculer l’ennemi au point qu’il n’ait plus rien à perdre…

La décision de la population palestinienne de la bande de Gaza d’organiser des manifestations sur les « frontières » dans le cadre d’une initiative non-violente dénommée la « marche du retour », le vendredi 30 mars 2018, poursuit un mouvement de résistance commencé quelques mois plus tôt en Cisjordanie, un mouvement populaire spontané, issu surtout de la frange la plus jeune de la population, et qui n’est téléguidé par aucune des deux formations politiques palestiniennes qui se disputent le pouvoir, le Hamas et le Fatah.

Le choix de la date, celle de la commémoration de la « journée de la terre » (qui commémore la décision du gouvernement israélien, en 1976, de confisquer des milliers d’hectares de terre aux Palestiniens), par les organisateurs de cette marche, montre que la résistance et l’attachement aux racines sont dans l’esprit de tous les Palestiniens.

Malgré les ripostes sanglantes de la part des soldats israéliens et en dépit d’un bilan lourd côté palestinien, des morts et plus de 1.500 blessés jusqu’à présent, les Palestiniens de Gaza ont gardé le sens de cette initiative pacifique.

Plus de 30.000 palestiniens de tous les villages, les villes et les camps de la bande de Gaza se dirigent vers les « frontières » avec les drapeaux palestiniens et les clés de leurs maisons en main, dans une région sous blocus israélien, une région qui subit les bombardements au quotidien…

Un bilan inchangé

En ce début d’année 2018, plus de deux millions de Palestiniens de la bande de Gaza vivent une situation dramatique à tous les niveaux.

Il est de plus en plus difficile de décrire cette situation qui est devenue chaotique pour toute une population : l’ensemble de la société civile a tiré la sonnette d’alarme en avertissant que la bande de Gaza est au bord d’un effondrement complet. Détérioration des conditions économiques, sociales et sanitaires dans cette prison à ciel ouvert…

Le plus symptomatique de cette réalité, c’est que, dans la bouche des Gazaouis, le mot « espoir » est en train de disparaître : garder espoir à Gaza est devenu un luxe.

L’Autorité palestinienne (basée à Ramallah, en Cisjordanie, et dominée par le Fatah, rival du Hamas, majoritaire dans la bande de Gaza) verse seulement 30% des salaires aux 70.000 fonctionnaires de Gaza.

Le Hamas, qui contrôle toujours la bande de Gaza malgré l’accord de réconciliation signé en octobre 2017, paye seulement 20% des salaires à ses 40.000 fonctionnaires.

L’UNRWA, l’agence des Nations-Unies chargée des réfugiés palestiniens ne parvient pas à payer ses fonctionnaires, ni à continuer de mener à bien sa mission qui est de s’occuper de 65% de la population de Gaza : suite à la réduction des aides américaines en premier lieu, l’agence onusienne a de fait capitulé.

Beaucoup d’associations humanitaires ont mis la clef sous le paillasson, faute de financement.

Les rues commerçantes sont vides et le pouvoir d’achat est en en chute permanente. Beaucoup de commerces, sans approvisionnement et sans clients, ont annoncé leur faillite totale.

Les étudiants marchent des kilomètres durant chaque jour pour joindre leurs universités, parce qu’ils n’ont pas la possibilité de régler les frais de transport.

Nombre d’usines sont fermées, faute d’électricité ; rien n’a changé depuis que les frappes israéliennes de 2014 ont détruit la centrale électrique de Gaza : les foyers de Gaza n’ont droit qu’à quatre heures d’électricité par jour.

Sur le plan économique, la situation ne cesse de s’aggraver avec les conséquences dramatiques du blocus qui ont causé l’augmentation du chômage et l’élévation du niveau de pauvreté.

Le fait est que le bande de Gaza souffre de l’incapacité de bâtir une véritable économie.

En mars 2018, le taux de chômage dépasse les 73% de la population active. La pauvreté s’aggrave : désormais, 85% de la population de Gaza qui vit en-dessous du seuil de pauvreté ; et les personnes qui dépendent des organisations humanitaires constituent 90% de la population de Gaza. Ces gens vivent des aides alimentaires : selon le bureau des Nations-Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), dans la bande de Gaza, plus de 1.600.000 personnes ont bénéficié du programme d’aide alimentaire e mars 2018, et le programme a élargi son action pour englober les citoyens et non plus seulement les réfugiés.

Une réalité quotidienne perpétuée dans le silence complice et total d’une communauté internationale comme « soumise » au diktat d’Israël.

Une initiative populaire inédite

L’aspect le plus important dans cette action est la participation de toutes les catégories de la société civile, ainsi que de toutes les tendances politiques.

Les Palestiniens de Gaza ont réussi à envoyer sept messages au Monde.

Le premier message est adressé aux forces d’occupation israéliennes : c’est ici notre terre, ici, nos racines, et ici notre vie, nous ne partirons pas, nous resterons attachés à cette terre sacrée de Palestine,  le droit au retour est une demande populaire, le blocus imposé sur cette population civile depuis plus de douze ans, n’a pas entamé la détermination de cette population, sa lutte et sa résistance sera intacte jusqu’à la liberté.

Le deuxième message est adressé au président américain Trump et à son administration : n’importe quelle initiative américaine dans la région qui ne prendrait pas en considération les revendications et les espérances de la population dans tous les territoires palestiniens n’aura aucune chance d’aboutir, et la décision américaine contre la ville de Jérusalem est illégale.

Le troisième message est envoyé à la « communauté internationale officielle », et en particulier aux instances internationales souvent complices des crimes israéliens, pour leur dire que le droit international est bafoué tous les jours par l’occupation de l’envahisseur, et c’est tout bonnement illégal. Certes, c’est à cause du veto américain que l’ONU n’a pas réussi à condamner les agressions israéliennes. Mais le fait que le Conseil de sécurité s’est réuni le vendredi 30 mars, le même jour où commençait cette marche, montre que les crimes israéliens ne vont pas rester éternellement impunis.

Le quatrième message est pour les dirigeants palestiniens : assez de division, unissez-vous, réalisez que tous vos projets politiques et militaires n’ont pas réussi à imposer les revendications du peuple palestinien. Que les négociations de paix n’ont rien apporté aux Palestiniens, et que n’importe quel choix d’une forme de résistance politique ou militaire par les partis politiques et les factions militaires doivent passer par un consensus populaire.

Le cinquième message concerne les médias internationaux : arrêtez d’occulter la réalité qui perdure dans la bande de Gaza ; et arrêtez d’utiliser des termes comme « affrontements entre soldats israéliens et Palestiniens » ou « les soldats israéliens se défendent », et encore « l’armée israélienne riposte à des tirs palestiniens ». Bien sûr, les rédactions occidentales reçoivent des instructions de leurs actionnaires. Mais, parbleu ! Que les journalistes fassent preuve d’un peu de courage ! Ils n’y a pas « d’affrontements », mais de « l’oppression » ; les soldats israéliens ne se défendent pas, ils répriment les manifestants ; l’armée israélienne ne riposte pas, elle maltraite, vexe, frustre et humilie. Ce qui se passe dans la bande de Gaza actuellement, en toute objectivité, s’appelle : « agressions israéliennes contre des civils dans le cade d’une annexion de territoires par la guerre. » Il s’agit de crimes commis par une armée d’occupation contre une population civile sous blocus.

Le sixième message est un message de reconnaissance, adressé à tous les solidaires de bonne volonté partout dans le monde, pour leur mobilisation et pour leurs actions de soutien aux Palestiniens de Gaza, dans leurs pays et sur les réseaux sociaux. Ces solidaires de la cause palestinienne, ces Justes, ils ont suivi avec beaucoup d’attention les événements de cette marche historique dans la bande de Gaza, et ils ont montré leur colère et leur indignation face aux meurtres perpétrés contre les civils palestiniens. Ils ont renforcé leur solidarité avec cette région sous blocus, et ils ont confirmé que Gaza ne sera jamais oubliée.

Le septième et le dernier message est adressé à la population palestinienne elle-même, et aux Israéliens : le temps est venu pour que les Palestiniens de tout le pays de se soulever radicalement pour en finir avec l’occupation, afin de mettre la communauté internationale devant ses responsabilités et de pousser le gouvernement israélien dans ses ultimes retranchements de brutalité pour que les Israéliens eux-mêmes prennent conscience du caractère insupportable de la répression armée et obligent leurs dirigeants à respecter les droits humains et légaux du peuple palestinien.

Hélas, la résistance par la non-violence n’est pas le credo du Hamas, et elle n’est ni soutenue, ni encouragée par l’Autorité palestinienne présidée par le Fatah et Mahmoud Abbas (qui semble avoir choisi de faire carrière en se soumettant au pouvoir de l’occupant).

Outre les factions, néanmoins, la société civile pourrait développer des initiatives citoyennes avec engagement, organisation, une large mobilisation populaire, et une vraie stratégie.

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Il faudra attendre…

Attendre les jours qui viennent, pour savoir si se manifestera la capacité des Palestiniens à saisir cette occasion pour unifier leurs efforts.

Choisir une forme unique de résistance face au durcissement de l’occupation israélienne et du mépris du droit international, avec l’aval du président Trump, et les sourires narquois du président Macron et de ses homologues européens.

Et choisir d’avancer dans la réconciliation.

Le Fatah et le Hamas devraient profiter de cette vague populaire afin de renforcer leur position face à l’occupation israélienne et son allié américain, en engageant une mobilisation populaire plus large.

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Ziad Medoukh

Directeur du Département de langue française à l'Université Al-Aqsa de Gaza (Territoires Autonomes Palestiniens)

2 Comments

  1. Si Gaza est à bout et qu’il n’y a plus d’espoir, alors les femmes et les enfants doivent par dizaines de milliers quitter en cortège cette enfer, pacifiquement, solidaires dans leur souffrance, unis jusqu’au bout du chemin quelque soit l’avenir que Dieu leurs réservera… rien ne doit les arrêter. Par vagues successives, laissant derrières eux leurs martyrs aux soins de l’oppresseurs car Dieu reconnait les siens… et le monde ouvrira les yeux sur le ghetto qu’est devenu Gaza et l’inhumanité des geôliers.
    Un mouvement pacifiste guidé par la foi a une force extraordinaire qui impose le respect et la compassion et in fine fait taire les armes et met à nu les oppresseurs.
    La réconciliation entre les hommes de toutes confessions religieuses sur cette terre trois fois sainte est au bout de ce chemin de croix.
    Que Dieu bénisse les Gazaouis dans leur désir de paix et de réconciliation, entre eux et avec le reste du monde, y compris leurs oppresseurs d’aujourd’hui mais leurs frères de demain…

  2. Ne soyons pas Naïfs et trop crédules ! Les avions furtifs nexistent pas . Si un avion est furtif pour un type de radars il ne le serait pas pour dautres . A lère de lélectronique et du guidage par GPS et GLANOS tous les appareils sont contraints de communiquer leurs coordonnées pour évoluer dans les cieux . Le seul Hic dans le truc est la sincérité des instances militaires Russes ; leurs systèmes de pistage prennent -ils Les cibles aériennes Israéliennes pour des нашие ou противники

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