PALESTINE – Révolutions arabes : les Palestiniens attendent toujours !

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Le « Printemps arabe » fut, pour les Palestiniens, l’occasion d’un immense retour à l’espoir, après des décennies d’abandon par les peuples frères et la dégradation progressive d’une situation devenue sans issue face au grignotage systématique des terres palestiniennes par la politique de colonisation galopante mise en œuvre par le gouvernement israélien.

Ainsi, les despotes alliés soumis aux diktats de l’Occident renversés, l’émergence de démocraties arabes promettait aux Palestinien le retour d’une politique solidaire à leur égard.

Mais les révolutions arabes, qui se ont eu lieu au Maghreb comme au Machrek sous leurs formes multiples, ont-elles abouti à des résultats concrets et à un changement pour des populations arabes assoifées de liberté ? La vague de contestation radicale qui s’est levée dans plusieurs de ces pays contre l’injustice, pour la démocratie, pour un changement de pouvoir et de régime, et pour la justice sociale surtout, a-t-elle donné des fruits ou non ?

Cinq ans après le début du « Printemps arabe », dans quelques pays seulement, et malgré le départ de certains leaders corrompus et contestés, le système politique et économique a-t-il changé ?

Les jeunes, le mouvement national et les différents courants sociaux et politiques qui ont participé à des manifestations quotidiennes pour réclamer l’abolition d’un système autoritaire et répressif, d’un système qui, au pouvoir pendant de très, de trop nombreuses années, n’a jamais pris en considération leurs aspirations les plus élémentaires à vivre dans la dignité (économique et politique) et dans le respect de leurs droits de citoyens, à la liberté d’expression, à la liberté d’organisation et à une justice équitable… Ces jeunes et ces courants sociaux attendent toujours la disparition de tout un système qui continue à les priver de leur liberté et méprise leurs revendications.

Aussi, les Palestiniens attendent…

Ils attendent que les peuples arabes aillent jusqu’au bout de leurs révolutions, pour se débarrasser de leurs bourreaux, intérieurs et extérieurs, afin qu’ils puissent se réapproprier la dignité et les richesses qui leur ont été confisquées.

Les Palestiniens attendent, car leur sort dépendra de l’avenir de ces révolutions.

Les Palestiniens sont très attentifs à l’évolution de ce monde arabe, dont les régimes sont en train de s’effondrer.

Au cours de l’histoire de ces trente, voire quarante dernières années, entre ces régimes arabes et les représentants du peuple palestinien, ses institutions, tels l’Organisation de la Libération de la Palestine (OLP), l’Autorité palestinienne et les différents partis politiques, les relations ont été souvent tendues, du fait de l’alliance passée par ces régimes avec le gouvernement des États-Unis, soutien principal et permanent du gouvernement israélien et, indirectement, de sa politique d’occupation de la Palestine.

Citons comme exemple l’expulsion des Palestiniens du Koweït, après la première guerre du Golfe, lorsque l’OLP avait pris position en faveur de l’Irak ; ou les mauvais traitements subis par les Palestiniens en Irak, en Syrie et en Lybie…

Les Palestiniens attendent l’instauration de nouveaux pouvoirs dans ces pays, afin d’observer quelle sera leur position à l’égard de la cause palestinienne.

Dans cette perspective, l’opinion palestinienne se divise désormais ; deux points de vue s’opposent.

Le premier, optimiste, estime que ces événements sont positifs et rassurants pour la cause palestinienne : le changement va toucher tout un système, complice de Washington et Tel-Aviv ; les forces nationalistes et démocratiques qui vont prendre le pouvoir dans ces pays vont soutenir les Palestiniens, comme ce fut le cas par le passé, dans leur lutte légitime contre l’occupant et, ainsi, la Palestine trouvera de la part de peuple frères, longtemps contraints d’ignorer son attente, un soutien officiel et populaire.

Le second, majoritaire, est pessimiste et exprime l’inquiétude des Palestiniens qui craignent que les nouveaux pouvoirs dans ces pays mettent longtemps à organiser des élections libres… Ou bien, plus simplement, qu’ils seront aussi corrompus que les précédents. L’Égypte semble en être un exemple navrant. Ailleurs, le processus de démocratisation apparaît lent ; il ne pourra se faire du jour au lendemain et nécessitera beaucoup de temps et d’efforts, et, surtout, le nouveau pouvoir en place doit relever de nombreux défis, et ses priorités, principalement économiques et sécuritaires, relèguent la cause palestinienne au second rang de ses préoccupations.

Ces deux positions montrent, une fois de plus, combien les événements du monde arabe peuvent influencer l’évolution des choses en Palestine. Les Palestiniens, instigateurs de deux intifada courageuses, et d’un soulèvement populaire, sont néanmoins dans une situation d’encerclement ; et la colonisation israélienne avance, inexorablement et sans réaction tangible de la Communauté internationale. Les divisions inter-palestiniennes et les graves questions de leadership renforcent l’impuissance des Palestiniens à combattre ceux qui, en 1948, ont envahi leurs pays ; et l’absence de perspectives face à une situation d’oppression de plus en plus forte décourage une jeunesse désillusionnée.

Les conséquences dramatiques des révolutions arabes ont ruiné l’espoir : des milliers de morts, destruction massive en Libye, en Syrie, en Irak, au Yémen, intervention militaire extérieure, déstabilisation et, en fin de compte, pérennisation de l’injustice sociale et de la dictature.

L’espoir déçu se double d’une conséquence plus grave encore pour la cause palestinienne : les bouleversements immenses qui ont ébranlé plusieurs pays arabes et l’apparition de la vague islamiste a détourné l’attention pour la cause palestinienne, qui avait été un temps la cause centrale du monde arabe. La cause palestinienne était en effet le symbole de l’engagement de toute personne pour la liberté et la justice. La Palestine était la seule et unique boussole qui devait guider toute révolution arabe.

Certes, il y a encore beaucoup d’incertitude quant à l’avenir de ce « Printemps des peuples arabes » pour l’émancipation, la dignité et la justice -combat pour lequel tant de jeunes ont déjà donné leur vie !-, et il reste l’espoir que ces peuples, sur le long terme, ne se laisseront pas confisquer leur révolution et continueront leur combat.

En attendant, Palestiniens existent toujours ; ils n’ont pas disparu… Et, en attendant, il leur reste ce principe : « Résister à l’occupation, c’est déjà être libre ! »

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Ziad Medoukh

Directeur du Département de langue française à l'Université Al-Aqsa de Gaza (Territoires Autonomes Palestiniens)

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